On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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dimanche

Runes : novembre 1994


Le combat millénaire de la Normandie une véritable nation en lutte pour ses libertés et son identité

C'est sans hésiter que j'emploie le terme « Nation » à propos de la Normandie. Il y a cela plusieurs raisons.

La première, c'est qu'en dépit de la regrettable confusion créée par l'expression « État-Nation » consacrée en langue française – la nature de la Nation et celle de l'État sont différentes – je préfère, personnellement, la forme anglaise Nation-State, ou Nation-État, qui me paraît à la fois plus proche de la réalité et prêter moins à confusion.
C'est la Nation, société civile globale « parfaite » en sa complexité, qui est première. L'État, superstructure politique est second et de caractère subsidiaire.
La preuve en est que, si les deux concepts sont distincts, celui de Nation est dissociable de l'État alors que l'inverse ne l'est pas. On a vu et l'on voit toujours des Nations exister sans État ou écartelées entre plusieurs États : Israël, l'Irlande, la Pologne, la Nation basque, la Nation kurde pour ne citer que quelques exemples pris au hasard. Par contre, on ne connaît pas d'État sans le substrat d'une ou plusieurs Nations, à l'exception peut-être des États-Unis d'Amérique.

La seconde raison, particulière à la Normandie, c'est que son caractère de Nation distincte lui a toujours été reconnu et l'est toujours jusqu'à nos jours
[…]
Le sentiment de la spécificité Normande n'a pas disparu malgré le régime colonial interne institué au profit de Paris par la république française. Parti d'un mouvement qui affectait toutes les provinces de France – le régionalisme – ce sentiment national Normand s'affirma avec éclat dans le sillage du mouvement romantique d'une part et dans la contestation de l'État jacobin par un homme comme Arcisse de Caumont et les membres de l'Association Normande qu'il créa. Caumont est le premier sans doute à avoir compris le lien entre la réforme de l'État issu de la révolution et la restauration de ces Nations que sont les grandes provinces historiques. Il dépassait une réaction romantique quelque peu échevelée pour l'encadrer dans un projet politique et administratif radical. Caumont a également plus que pressenti le lien entre l'union de l'Europe, la réforme de l'État et la restauration des provinces historiques.

Le caractère de Nation de la Normandie éclate aux yeux de tous, Normands, concitoyens français et nombreux étrangers venus des pays Scandinaves, anglo-saxons et d'Italie du sud lors de l'extraordinaire Millénaire de la Normandie célébré avec un exceptionnel sens de la grandeur en 1911.

Enfin, la spécificité Normande est reconnue dans les temps modernes et de nos jours encore par les hommes politiques et des observateurs qui font autorité.
Dans les années 1950, d'abord André Siegfried, maître ès-sciences politiques et humaines incontesté, vaste esprit embrassant du regard la totalité du monde, qui donnait le 4 février 1955 à Rouen, à l'Association des Études Normandes une remarquable conférence sur la « Psychologie du Normand ».
Ensuite, Jean Dantain publia, toujours dans les Études, Normandes (4ème trimestre 1954) une étude sur « La mentalité Normande et les influences Nordiques ».
[…]
Enfin, en 1981, deux anthropologues, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd notaient dans « L'invention de la France » de nombreux caractères spécifiques de la Normandie... « Cette province, très proche des régions de plus dense peuplement celte, fut cependant colonisée tardivement par des Scandinaves, par des Normands dont Marc Bloch avait bien senti qu'ils n'étaient pas simplement une poignée de chefs, mais une communauté complexe et complète, incluant un grand nombre de paysans, capable de coloniser en profondeur une partie du territoire occupé. »

C'est Léopold Sedar Senghor, champion de la négritude et de la francophonie qui, en 1983 définit la « Normandité » comme un lyrisme lucide. Admirable définition de nos âmes de glace et de feu. Saluons la sûreté d'intuition de l'Africain enraciné dans sa culture et la finesse de l'analyse d'un grand lettré.
Paul-René ROUSSEL
L'Europe, La Nation Normande et la France
éditions de l'Esnèque, mai 1988

samedi

Régions à la coupe...

La décentralisation-régionalisation est vraiment le plus incroyable serpent de mer de la vie politique et administrative française. Depuis le célèbre « Paris et le désert français » que Jean-François Gravier publia dès 1947, la prise de conscience de cette question fondamentale a eu peu d'occasion de se concrétiser en prise de décision. Le serpent de mer grandit, nourri de toutes les fausses réformes et de tous les vrais atermoiements, du référendum avorté et détourné du général De Gaulle en avril 1969 aux velléités réformatrices de Georges Pompidou deux ans plus tard. Puis vinrent les socialistes. Certes, il y eut quelques sceptiques mais beaucoup crurent que cette fois là, les questions seraient examinées à fond tant leur programme et leurs déclarations étaient précis et clairs en la matière. Il était bien ancré dans l'esprit de tous que les socialistes étaient les meilleurs défenseurs de l'« idée régionale » face aux « horribles jacobins de droite » et étaient des hommes de terrain connaissant par coeur les incohérences et les aberrations de l'hyper-centralisation des administrations françaises.

Dès le mois qui suivit leur arrivée en masse à l'Assemblée Nationale, leurs députés « planchaient » sur ce qui allait devenir la Loi Relative aux Droits et Libertés des Communes, Départements et Régions, le 2 mars 1982. Une loi aux objectifs plus que louables : rapprocher les lieux de décision des administrés concernés, supprimer le contrôle a priori et la tutelle omniprésente du pouvoir central, créer un nouvel équilibre local. En bref, commencer à moderniser les structures administratives françaises en s'inspirant de celles qui fonctionnent correctement dans la plupart des pays occidentaux. De la part d'hommes politiques qui, dans un même temps, mettaient en place l'Assemblée Régionale Corse et promettaient des assemblées élues au suffrage universel dans toutes les régions de France, tous les espoirs étaient permis... L'optimisme et la naïveté faisaient bon ménage.

Gérard Landry
À côté du grand nombre de régions qui se satisfont de leurs limites (on va les persuader maintenant du contraire !), cela fait 20 ans que des pseudos régions, des régions-croupions ou des « sans-régions » bougent, râlent, pétitionnent, protestent sous l'œil indifférent des gouvernements successifs. Vingt ans que les Normands veulent leur réunification, que les Bretons réclament Nantes, leur deuxième capitale et que la Savoie, noyée dans « Ronalp » aspire à son autonomie. Seule la Corse a eu gain de cause, sans doute grâce à quelques bombes et à sa forte capacité de mobilisation. Que vont nous « pondre » les parisiens avec cette nouvelle réforme ? Sans doute quelques bonnes choses pour commencer, puisque monsieur Roccard a assuré que le gouvernement ne ferait plus d'opposition à de nouvelles limites réclamées par les élus (le cas le plus flagrant étant la Normandie). Mais on peut craindre aussi les surprises, les conglomérats nés de calculs électoraux. Car le but affiché est de créer de « grandes régions » qui « fassent le poids » vis à vis des autres régions européennes ; il faut donc regrouper les 22 régions pour aboutir à une dizaine (manifeste du P.S.).

La thèse est recevable ? Est-ce que les régions, pour être viables, pour avoir du poids, non seulement vis-à-vis des autres régions d'Europe mais surtout vis-à-vis de Paris (c'est là le gros problème français jamais abordé !). Regardons autour de nous : les 20 petites régions italiennes, les 17 « communautés autonomes » d'Espagne ont, malgré leur taille, des compétences étendues, bien plus que n'en auraient en France un « Grand Sud-Ouest » ou un « Grand Nord-Est » tels que le rêvent certains. La Sarre ou le Schleswig-Holstein, de dimensions réduites n'ont rien à envier à la puissante Bavière ou à la Rhénanie-Westphalie. Alors où est le problème ? Il est bien sûr dans le rôle que l'on veut faire jouer à ces régions. Ce n'est pas la préoccupation de la classe politique, qui se demande (Fabius) si en collant la « haute »-Normandie à la Picardie, cela lui ferait une majorité de « gauche » ou encore (Mauroy) si en collant le Nord à la Picardie, il n'aurait pas, lui, cette majorité.

Le rôle que nous voulons leur voir jouer n'est pas un rôle de figurant muet dans une tragédie moderne du théâtre parisien, mais un rôle actif qui renouerait avec l'Histoire. II faut pour cela deux conditions : une forte personnalité et un pouvoir étendu.

Cette réforme annoncée par les socialistes en 1982, puis délaissée, occultée dans le débat actuel, devrait régler les conflits de compétences entre départements, régions et administrations d'État, conflits coûteux humainement et financièrement. Cette réforme poserait la question du maintien du cadre départemental qui apparaît de plus en plus comme « de trop ».

Être prêt pour 93, rêve et cauchemar de la classe politique, ne se mesurera donc pas au nombre de régions mais à leur capacité de mobilisation (inversement proportionnelle à leur caractère artificiel) et à leur degré d'autonomie. Cette réforme est urgente.

Marc Wattiez
« Le courrier des Pays Bas Français » n°11 et 59

« Les promesses électorales n'engagent que ceux qui les écoutent »

Charles Pasqua, ministre de l'intérieur et au plan 1986-1988, 1991-...

Nous sommes tous des pêcheurs Normands

Depuis longtemps nous avons exprimé notre sympathie pour la cause de la pêche Normande. En 1980, nous participions à la grande manifestation des pêcheurs Normands à Paris où les drapeaux aux léopards ou à croix de saint Olaf flottèrent sur le pont de Bir-Hakeim. Nous garderons de ce jour là l'impérissable souvenir de la colère Normande s'exprimant face à l'indifférence de l'État central... Concernant la question des îles de la Manche, quelles soient sous souveraineté britannique ou sous domination française, elles sont toutes Normandes, elles font partie intégrante de la Grande Normandie !

La situation n'est pas sans rappeler la fameuse distinction maurrassienne entre le Pays Légal et le Pays Réel... Et c'est quand le Pays Légal ne prend pas en compte les problèmes du Pays Réel qu'alors se déchaînent les violences légitimes. Car le Pays Légal ne connaît et n'excuse que les violences abusives, sinon comment oublier les étranges impunités dont bénéficient les « casseurs » des banlieues ? Alors que, lorsque le Pays Réel a le sentiment que la coupe des avanies déborde, les violences légitimes auxquelles peuvent se livrer certaines populations désespérées sont sévèrement réprimées, tandis que les revendications les plus justifiées sont plus ou moins ridiculisées par la clique médiatique parisienne et les moralistes en chambre de la classe intellectuelle...

Être du côté de ceux qui, bien que travaillant dur, sont spoliés du fruit de leur labeur, est un devoir sacré, et quand on méprise certaines professions nous savons bien qu'on insulte tout ce qui fait la grandeur quotidienne du peuple Normand. Pour faire plaisir à des notables en quête de casquettes gratifiantes, on a arbitrairement divisé la Normandie en deux régions. La Normandie ne s'en remet pas. Ni la « haute », ni la « basse »-Normandie ne savent tirer leur épingle du jeu dans la grande partie de Monopoly que constitue l'Aménagement du Territoire et nos petits roitelets – présidents de régions-croupions – n'ont pas l'entregent suffisant pour exiger de l'État central une nouvelle prise en compte des problèmes de certaines de nos catégories sociales et professionnelles.

Veut-on un exemple ?
Comment a-t'on pu tolérer que l'État français ferme son consulat en l'île de Jersey alors que Madame le Consul, aux dires mêmes des représentants de la profession, avait toujours su défendre au mieux les intérêts de nos pêcheurs ?

Qu'a fait le président de la région de « basse »-Normandie devant cette dérobade étatique ? Et son collègue de « haute »-Normandie, qui n'a même pas du se sentir concerné ? Rien, bien évidemment ! Eussent-ils, d'ailleurs, protesté, qu'ils l'auraient fait de façon discordante et donc, inopérante. Voilà le résultat de la division Normande !

Rapportez cela au problème des routes, à celui du chemin de fer, aux investissements structurants et vous comprendrez alors pourquoi, aujourd'hui, en ce mois d'avril 1994, la Normandie se trouve dans une situation dramatique au plan économique et social, avec 200 000 demandeurs d'emploi officiellement recensés, le triste record de France de l'endettement des ménages et un retard scandaleux en matière de communications.

Dans l'affaire des archipels des Minquiers et des Ecrehous, il est navrant que ces îlots soient interdits à nos marins-pêcheurs et que six à sept cents familles pâtissent de cette forme d'exclusion de la part de nos compatriotes Normands des îles de la Manche qui ne font pas partie de l'Europe communautaire. C'est bien la raison pour laquelle ils peuvent s'opposer à l'accès des eaux de l'archipel Normand, puisqu'elles ne sont pas communautaires...

Il est étonnant que le gouvernement français ait accepté l'entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun sans exiger que les îles de la Manche fussent concernées... Là est la vraie question.

Et cette question date de 1204. C'est a dire de l'annexion par un royaume continental d'esprit d'une Normandie maritime par essence... Paris a « oublié » les îles en 1204, parce que les français ignoraient la réalité maritime. La France a perdu devant le Tribunal International de La Haye en ce qui concerne les Minquiers et les Ecrehous parce que ses juristes, notoirement insuffisants en matière de droit maritime, ont été surclassés par les spécialistes en Droit Normand que les britanniques ont eu l'intelligence de mettre en avant !

Oui le jugement de la Cour de La Haye est inique.
Mais à qui la faute ?
Grugés à La Haye, évincés des Minquiers et des Ecrehous, les Normands du continent sont en plus méprisés par Paris.
Voilà la réalité ! Et tant que nous n'exigerons pas que la Normandie soit réunifiée et puisse, de ce fait, prendre en mains son destin, nous connaîtrons des désastres.

Prenons-nous le chemin d'un réveil de la Normandie ?
Nos régions, puisqu'il faut parler au pluriel, sont-elles à même, de profiter de l'émergence du pouvoir régional, depuis les fameuses Lois Déferre de 1982 ?
La réponse est non !
Et ce pour deux raisons :
– les responsables régionaux, depuis 1982, n'ont pas su, ou n'ont pas voulu coordonner leur action. Les contrats de plan État-Région qui ont été signés l'ont été sans concertation entre l'Abbaye aux Dames et la Caserne Jeanne d'Arc. Cette situation est déplorable. Elle livre la Normandie aux appétits boulimiques du Grand Bassin Parisien qui, dans son contrat de plan inter régional inclus intégralement la Normandie.
– la première mouture du projet de loi sur l'aménagement du territoire est une régression de vingt ans. La région, dont les français pensent que c'est l'échelon où doit s'organiser l'aménagement du territoire, se voit dépouillée de ses prérogatives et, surtout, de ses moyens financiers qui sont transférés aux départements.

Voilà la grande réforme Pasqua !

Croyez-vous qu'avec cela la Normandie va redevenir la communauté vivante, dynamique que nous appelons de nos vœux ?

Croyez-vous que les Normands seront mieux défendus par de petits chefs de chefs-lieux de canton n'ayant d'autre ambition que leur réélection, d'autre action que l'assistanat social intéressé, d'autre vision d'ensemble que celle de l'arrondissement sur lequel régnera un sous-préfet aux ordres ?

La réforme Pasqua, c'est la revanche du corps préfectoral et de la multitude des petits potentats qui laissent l'État totalitaire gérer les vraies affaires. Pouvons-nous nous satisfaire de la manière dont l'État central a su défendre les intérêts Normands en générai, des marins-pêcheurs en particulier ?
Didier Patte

vendredi

Charlemagne

La télévision française programme Charlemagne.
Ça regarde les français, même si les Bretons, Basques ou Normands regardent cet hymne puant de jacobinisme « européen ».
Nous avions quelque sympathie, à titre personnel, pour le sieur JULLIAN; ces trois épisodes, forgés des plus vils mensonges, nous font abandonner ce sentiment.
Charles, dit le grand, mais ce sont les ayatollahs dont on nous fait l'apologie en nous le présentant comme mythe fondateur !
Fleurie ou pas, que la figure de ce fossoyeur de l'Europe serve de réfèrent historique aux chantres agréés de la nomenklatura bruxelloise nous navre, le cœur et le portefeuille.
L'Europe du fric n'intéresse finalement que le capitalisme international du G.A.T.T., l'Europe sociale accouche péniblement de souris, l'Europe culturelle achoppe sur son vieux phantasme universaliste et fait le malheur des peuples qui la composent.
Nous avons subi le deuxième épisode de cette série désespérante où l'empereur obtient la conversion de Viduking, chef des Saxons idolâtres.
A priori, nous aurions préféré l'énoncé lapidaire de l'Encyclopédie Universalis qui rapporte que, pour des raisons politiques et religieuses, un bâtard du prince très chrétien extermina les Saxons de l'Elbe tandis que son empereur de père attendait Roland au nord des Pyrénées.
Pour ce qui est d'une vision plus partisane, nous vous renvoyons au premier chapitre du « Vikings à travers le monde » de Jean Mabire, où il nous est rappelé que l'Elbe fut teintée pendant trois jour du sang des Saxons : guerriers et pasteurs, femmes et enfants; que Viduking, seul épargné, s'en fut de cour en cour dénoncer l'intransigeance et l'intolérance des francs félons à leurs frères.
Dix ans plus tard ce fut Lindisfarme et la litanie des « A furore Normannorum ... », tardive et irrésolue qui ouvrit l'ère des réparations.
François Delaunay

Jeunesse et politique

Un certain nombre d'idées claires sont indispensables lorsqu'on engage un combat politique. Même si elles sont violemment non conformistes, apparemment contradictoires et provisoirement irrécusables. La jeunesse de nos pays est fatiguée des politiciens sans imagination qui lui proposent l'aménagement confortable d'une démocratie amortie.

La jeunesse qui est la seule classe sociale qui nous intéresse parce que c'est la seule classe de nos pays qui n'est pas encore une classe bourgeoise, la jeunesse a besoin d'idées neuves et nous sommes les seuls à avoir des idées neuves au milieu de tous les rafistolages poussiéreux.

Une jeunesse saine, virile, enthousiaste ne peut que se détourner de l'ignominie qui préside à l'accouplement de ces deux vieillards libidineux qui sont en Europe le communisme embourgeoisé et la finance internationale. Nous dépassons ici la politique pour atteindre la morale. Les solutions politiques de rafistolage vaguement social, timidement européen, ont fait faillite. Et on ne pourra plus enfermer éternellement la jeunesse de notre pays dans une ambiance morale d'hypocrisie et de lâcheté, d'égoïsme et de conformisme. Le vieux cadre moral doit craquer comme doit craquer le vieux cadre politique. La ferveur européenne doit triompher de la béatitude hexagonale.

Il y a aujourd'hui dans la population de nos pays européens une aspiration à l'unité européenne. Il y a chez les meilleurs un courant de révolte contre la civilisation de l'argent. Au sein de ces peuples qui sombrent dans le sommeil, dans la béatitude irréelle des encycliques et des téléviseurs, de jeunes hommes en colère refusent le confortable cercueil que leur proposent les Prisunic du monde moderne. Ils croient qu'il n'y a pas d'action révolutionnaire sans idées révolutionnaires.

décembre 1963

Aujourd'hui, la jeunesse des partis politiques ne joue plus à ce curieux mélange de scoutisme, d'université populaire et de police supplétive qui fut la tragique passion de ses aînés. Les partis politiques n'ont plus de jeunesse. Et il n'y a même plus de partis politiques.

Un monde de plus en plus standardisé est lentement conduit vers la civilisation universelle et le gouvernement planétaire. Cela grince un tout petit peu pour savoir si ce directoire unique sera celui des épiciers en gros, des commissaires politiques ou des curés de choc. Tous ceux qui veulent entreprendre la moindre action politique, la moindre action culturelle, la moindre action sportive, la moindre action religieuse, se trouvent devant le même problème de l'apathie profonde. Un peuple de plus en plus étourdi et de plus en plus fatigué, de plus en plus riche et de plus en plus pauvre ne pense qu'à l'argent et à la mode. Croyant vivre à l'échelle mondiale, les gens méprisent où ignorent ce qui les concerne directement. De plus en plus informés ils sont de plus en plus indifférents à la vraie politique, c'est à dire à la vie de leur Cité.

Qu'il soit d'abord bien entendu que tout homme qui lutte pour l'idée même de patrie, c'est à dire pour une tradition, un enracinement, une réalité populaire, celui-là est notre camarade de combat contre les tenants du « progrès », de l’universalisme, du mirage indifférencié. Que l'on se batte pour la Vendée, pour la France ou pour l'Europe (petite ou grande) n'est qu'une question de degré et non pas de nature.

Ce qui nous rassemble ici ce n'est pas un pointillé sur une carte, une tache rosé sur un Atlas, ce n'est pas l'image d'un hexagone plus ou moins régulier, c'est d'abord une réaction de refus et de fierté.

À une heure où il était difficile de savoir où se trouvait la patrie et encore plus où était la Nation, des chevaliers Normands continuaient à se battre au Mont Saint Michel, dernier îlot d'un pays entièrement submergé par la marée anglaise. Leur chef, le gouverneur Guillaume d'Estouteville, ne leur parla pas d'un royaume terrestre et du pré carré de quelque couronne. Il leur rappela, en guise de réponse, qu'il avait choisi une devise dont chaque terme peut encore servir de mot d'ordre au sortir de notre nuit :

- « Là où est l'honneur, là où est la fidélité, là, seulement, est la patrie »

Toussaint 1964
Jean Mabire

dimanche

Idées reçues sur La Révolution

En Europe, il existe autant de monarchies que de républiques. Les partisans de l'idée monarchique, tout comme leurs détracteurs, idéalisent un type de société qui ne vaut que parce que nous sommes prêts à lui sacrifier. Mais cela suffit-il pour remettre en cause tant d'espoirs et de peines placés dans des lendemains que l'on espère toujours meilleurs ? Le principe à ne jamais oublier est que tout repose sur l'homme, sa culture, sa civilisation. Mais, plus la vie quotidienne des peuples s'imprègne de rigueur technique, plus leur vie intérieure sacrifie à l'irrationnel. L'effondrement des structures traditionnelles d'encadrement moral accentue encore ce phénomène. Ainsi aux meilleurs temps de la révolution française, avant que la corruption ne souille la vertu, assister aux débats de l'Assemblée nationale nécessitait un billet de tribune que l'on devait acheter trois livres ! Par contre, Charlotte Corday pouvait approcher Marat sans qu'un cordon de police lui rende la tâche impossible ... Combien de Conventionnels ont sombré dans l'affairisme ? Combien d'entre eux ont accepté les titres ronflants de l'aristocratie impériale ?
On est loin de la vertu intransigeante que l'on affichait avec ostentation en juin 1789.
Le 21 janvier 1793, la France a signé son acte de décès. La fin voulue d'une dynastie est une volonté de rupture dont les conséquences dépassent le seul geste contre une personne. Les Conventionnels, qui ont refusé que la déchéance de la monarchie soit soumise au peuple, savaient que ce sacrifice, même et surtout symbolique, était une nécessité pour que leur « sens de l'histoire » poursuivre son cours.
Ce sens de l'histoire prend racine au siècle de Louis XIV, dans l'organisation d'un État où un seul cristallise l'ensemble des aspirations des peuples regroupés dans un espace géographiquement contrôlé. Ce centralisme s'appuyant sur une vision romaine de l'État conduira, trois souverains plus tard, à la confiscation des libertés communales et provinciales.
Le Roi, même absolu, représentait un lien charnel avec l'ensemble des communautés. Les premiers républicains ont tenté d'imposer le visage d'une femme pour personnifier la mère patrie. Malgré celte intention louable, ce visage aura été double : la mère qui console et qui rassure, celle qui fait prendre les armes pour assurer sa survie. L'image du clocher justifiée par celle des lointains champs de bataille, vaut celles de la continuité dans le changement et de la force tranquille. La république assume tant bien que mal cette volonté de stabilité d'une société que ses élans de générosité déstabilisent. Écartelée entre les aspirations de liberté et l'urgence de maintenir la cohérence de l'ensemble, le système ne cesse d'osciller entre des phases de permissivité et de recentrage qui froissent les aspirations à la reconnaissance des collectivités.
Parler de révolution, même française, n'est jamais chose aisée : il faut réussir à quitter le prêt à penser, guetter avec intransigeance les préjugés hérités, pour tenter de comprendre et de dégager une opinion sur ces journées qui ne firent que confirmer la France que nous connaissons, avec ses contradictions et ses « maladresses ». Il faut savoir accepter le poids de l’histoire : nous ne fûmes pas fameux, pas plus que nous le sommes redevenus. La Normandie, originale depuis 911, s'est vue dépassée par des événements qui montraient que notre décadence était bien avancée. Est-ce une raison pour éradiquer deux siècles d'une histoire Jacobine que de toute façon nous aurions subie ?
Gilbert Crespin

Deux siècles après ... faudra- t- il reprendre la Bastille ?

On ne dira jamais combien le pouvoir central a maltraité les Normands. Le quart des impôts du royaume et la soldatesque à la moindre récrimination, sous l'Ancien Régime, et les propos haineux des « parisiens » de fraîche date, impuissants à comprendre que, si les idées nouvelles peuvent plaire en Normandie, le chaos des années de révolution satisfont peu les Normands. En Normandie, la confiance s'accorde plus à des hommes qu'à des principes, et lorsque ces principes vont à rencontre des intérêts et des revendications particularistes, l'attitude des normands ne laisse pas d'être surprenante...
La période révolutionnaire a vu, tout comme les autres époques de notre histoire, des personnes agissant plus en fonction de leurs convictions propres, que dans le sens de l'intérêt général ; la Normandie ne manque pas, ici non plus, d'apporter son lot de grandes figures : tout le monde connaît Marianne Charlotte Corday, quelques uns se rappellent le nom de Jean-Baptiste Le Carpentier, Normand de la Manche et farouche représentant en mission qui sut galvaniser les énergies républicaines lors de la bataille de Granville. Combien, hors du département de l'Eure, savent qu'il y eut deux Lindet, dont un curé, et qui, bien que Montagnards acharnés, firent preuve d'indulgence et de dévouement pour leurs frères Normands ? Pour un Frotté, si brillant et romantique général d'une Armée Catholique et Royale d'insurgés qu'il fut, dont la littérature fait une apologie tapageuse, combien de pages sur le marquis de la Londe qui organisa un réseau contre révolutionnaire aux portes de Rouen ? Et qui se souvient encore de Lebrun ... et de tant d'autres ? Pour une population toute entière qui lutta à Granville, contre les « hordes chouannes » qui terrorisaient la république, pas un éloge dans les manuels, alors qu'elle sauva la Convention !
On ne le répètera jamais assez : les députés de la Convention qui ont voté la mort du roi étaient des produits des écoles et des universités de la monarchie. Pour soixante-quatre normands à la Convention, vingt-deux ont volé la mort, toutes nuances d'infliger la peine confondues. C'est peu, mais c'est déjà trop sachant ce que tous devaient au régime qu'ils venaient de renverser. Mais en agissant ainsi, ils se soumettaient à l'hystérie des manifestations parisiennes et non pas à la volonté des populations qui les avaient mandatés pour réformer une société. Les cahiers de doléances traduisaient, outre un malaise social et économique, une volonté d'autonomie que les députés ont vite oublié. L'alençonnais Hébert, alias Père Duchesne, sous ses flots de propos injurieux et orduriers, n'était que la partie avouée des normands qui « trahirent » la Normandie une certaine nuit d'août 1789.
Au-delà de la mystique révolutionnaire, qui déforme les mots et leur sens, c'est un renforcement du pouvoir parisien que les Normands du dix-huitième siècle ont subi. Une dépossession contre laquelle ils ne se sont que mollement défendus au moment même où, à l'occasion d'un profond remaniement social, ils auraient pu voir réappliquée la formule « Normands sires de seï ». Au lieu de cela, ils n'ont su trouver l'énergie nécessaire pour réaliser ce qu'ils réclamaient. Les Nations d'Ancien régime se sont vues interdire cette définition, et imposer l'unicité et l'indivisibilité d'une seule Nation « française ». Au-delà de cette modification, anodine dans le feu de l'enthousiasme révolutionnaire, c'est une nouvelle ouverture pour l'ingérence française dans nos affaires ; les mandatés, tout juristes et phraseurs qu'ils étaient, n'y prirent pas garde, mais les normands en comprirent très vite l'importance et, paradoxalement, se désintéressèrent des événements alors qu'à Lyon les fédéralistes luttaient contre les jacobins avec l'énergie du désespoir, et qu'ailleurs en Europe d'autres réclamaient, armes à la main, leur rattachement à la jeune république.
L'hégémonie parisienne a vu son action renforcée par les notables qui donneront naissance au localisme. Ces fidèles supporteurs du nouveau régime endosseront leurs nouvelles responsabilités avec d'autan plus de dévouement qu'ils avaient compris combien l'éloignement relatif du pouvoir pouvait leur être profitable. Enrichis par les produits et les ventes de biens nationaux, ils contribueront par leur collaboration servile à l'effacement de la province Normande. La Normandie n'est plus qu'une partie de La Province que l'on exploite ; Province, terme générique que l'on oppose à Paris, Capitale, où tout doit être décidé, d'où tout doit être initié et imité.
L'esprit du jacobinisme n'est pas mort, et il continuera de rayonner après que la France ait existé, comme il éclaire l'Europe et guide la conclusion des grands accords internationaux. Qu'importent, alors, les intérêts vitaux des populations authentiques face aux grands principes rendus d'autant plus intangibles qu'ils échappent, chaque jour un peu plus, à l'entendement du peuple au nom duquel on parle sans plus se soucier de son existence.
Jean-François Bollens

lundi

GATT : Reprise de dialogue sur ton de guerre économique.

Les États-Unis, gendarme du Monde, veulent désormais régler l'ensemble des activités de la planète à visage découvert. Si leur méthode est aussi bonne que celle utilisée en Somalie, ils n'ont pas fini de regretter leurs exploits Indochinois. Mais, n'est pas somalien qui veut, et l'Europe cherche toujours, sinon des capitaines, des chefs, éventuellement pugnaces, puisque la mode est au style « correspondant de guerre ».

Notre propos de juin sur le sous-développement des U.S.A. n'était donc pas dénué de bon sens.

Le premier ministre du gouvernement français a haussé le ton en juin de cette année. Édouard Balladur a osé mettre en préalable à la réunion des « sept grands » « la levée des sanctions unilatérales prises par les Américains, notamment sur l'acier », refusant de nous soumettre « à une loi nationale qui n'est pas le respect d'une loi internationale ».
Agréer le préaccord de Blair House, « signé » entre la Communauté Européenne et les américains, en n'utilisant pas le droit de veto reviendrait, de la part des représentants français, à un acte de conciliation indécente, pour ne pas écrire : de soumission déguisée. Outre le fait que nous bradons notre indépendance alimentaire durement acquise au prix d'une restructuration agricole, dont l'empirisme a eu des effets négatifs tant pour le monde agricole que pour la qualité de notre environnement, c'est négocier un deal avec des gens dont les intérêts sont d'aboutir à la mainmise sur l'économie mondiale. Comme si les velléités théâtrales d'une république canonnière pouvaient auréoler les américains d'une quelconque autorité morale. Les États-Unis n'ont pas plus de morale que ceux qui compromettront leur signature sur un préaccord qui n'a existé qu'après qu'on en ait abreuvé abusivement l'opinion publique. Si nous n'en n'étions qu'à vouloir sacrifier l'agriculture sur l'autel de la bienveillance de l'oncle Sam ce serait déjà une trahison. Mais, au-delà des cultures agraires, ce sont les Cultures identitaires des peuples d'Europe et du Tiers Monde que nous offririons au lavage de mémoire. Sous le parc Eurodisney pointe le symbole de cet abandon lâche et criminel qui devrait interdire à certain homme politique de prodiguer ses avis, surtout quand on sait les discours faits en Amérique Centrale et les ponts d'or offerts pour geler les terres franciliennes sous la manifestation d'une culture impérialiste. Le donneur de leçons Lang servira-t-il de modèle de compromission à Édouard Balladur ?

Dans un premier temps le GATT semblait ne s'intéresser qu'à l'agriculture, soit une minorité d'actifs. Puis, ce furent les industries, dans lesquelles nous montrions notre compétitivité, qui furent l'objet de mesures restrictives et protectionnistes. Aujourd'hui, c'est l'essence même de nos peuples que l'on veut remettre en cause, car la culture « de masse » est un marché où l'hégémonie libertarienne doit pouvoir, là aussi, s'affirmer.
Les paysans nous ont montré la voie. Les pays du Tiers-Monde résistent eux aussi. Les peuples de l'est de l'Europe, déçus des espoirs qu'ils avaient placé en nous, confient de nouveau leur destin à ceux qu'avant hier ils avaient destitué. Seule la Russie, pour qui les aides continuent d'arriver, semble ne pas regretter l'« Ancien Régime », mais pour combien de temps ?

Devrons-nous, sous prétexte d'une solidarité contre un danger que l'on ne veut pas plus nommer que combattre, devenir les artisans de notre futur esclavage ?

François Delaunay

mercredi

Runes, été 1993


Éditorial

... Riccardo Petrella


Que nous le voulions ou non, nous subissons des définitions. Nous utilisons des mots qui sont le plus souvent ambigus, donc imprécis. Le mot « région » en est un. Son ambiguïté est due au fait qu'il est utilisé pour définir des réalités vécues comme extrêmement hétérogènes.

Ainsi, nombreux sont les Catalans, les Basques, les Écossais, les Gallois, parmi quelques exemples, qui sont vivement opposés à l'usage du terme « région » pour désigner la communauté à laquelle ils appartiennent. Pour eux, « région » est un terme réducteur, car il renvoie à celui de « nation » : d'où il y aurait des nations (celles qui se caractérisent par un État) et des régions (parties d'un État), alors que – disent-ils – la Catalogne, les Pays Basques, l'Écosse, etc., sont des nations sans État

Le mot « nation » revient chez d'autres populations, au sein desquelles des groupes parlent de plus en plus fréquemment de nation bretonne, alsacienne, corse, sarde ... Les réactions négatives que soulève une telle appropriation du mot nation sont dues – disent-ils – au fait que l'on a systématiquement et délibérément confondu nationalité et citoyenneté, nation et État-nation. Alors que la nation est un groupe relativement stable et de formation récente en Europe, qui constitue, à l'heure actuelle, l'une des formes de la vie collective associée, l'État-nation a prétendu réduire au niveau du fait étatique (l'État) le fait national, en essayant (souvent avec succès) d'éliminer la multiplicité des nationalités.

Il a rendu identique dans les principes et dans la pratique ce que d'autres États n'ont pas rendu identique : d'une part, la nationalité (par exemple slovène, macédonienne, ukrainienne, etc.) et, d'autre part, la citoyenneté (yougoslave, soviétique, etc.).

Bien que la conscience d'être une nation ne paraisse pas, pour l'instant du moins, être aussi manifestement ressentie par l'ensemble des populations mentionnées ci-dessus, il n'en est pas moins vrai que, parmi les habitants de ces « régions », il existe une conscience diffuse d'appartenir à un espace humain, culturel et historique distinct.

Chaque époque, chaque génération écrit son histoire et produit l'image qu'elle se fait de son passé. En ce sens, elle réinterprète l'histoire écrite par les générations précédentes. Réinterpréter l'histoire ce n'est pas seulement le fait d'historiens professionnels qui apportent de nouveaux éclairages. C’est aussi le fait de groupes qui prennent conscience de leur histoire et, soucieux de leur avenir, jettent de nouveaux regards sur le passé.

Ainsi, on assiste ces dernières années à un regain d'actualité du débat sur l'identité, l'unité et la diversité culturelle de l'Europe.

Pour les uns, l'Europe est une civilisation, un Kulturkreis (espace culturel) fait d'héritages sans cesse repris et sans cesse réadaptés, tels que les libertés primitives celtiques, germaniques et slaves ; l'ordre juridique romain ; l'apport grec dans l'art, le théâtre, la poésie, la science, la philosophie, la théologie ; la religion judéo-chrétienne.

D'autres nient l'existence d'une unité culturelle et d'un espace européens. Certains parce que, pour aux, les seuls espaces qui peuvent être reconnus sont les espaces nationaux. Selon eux, le fait national est celui qui, dans l'histoire de l'Europe, a eu la seule dynamique de développement évidente, permanente : c'est le fait qui resterait permanent dans l'avenir. En outre, opérant une grave confusion entre le fait national et le fait État-nation, ce courant d'opinion estime que la cristallisation de patries et d'États nationaux est le phénomène dominant de l'histoire de l'Europe. À ceux qui objectent que l'histoire nationale et, à plus forte raison, l'histoire de l'État-nation demeurent incapables d'expliquer les faits culturels de l'Europe, car pour juger et comprendre ces faits, c'est toujours au-delà et en deçà de la nation et de l'État-nation qu'il faut faire appel, ils rétorquent que ces faits culturels ont été spécifiés, précisés, au niveau de la nation et de l'État-nation.

D'autres, encore nient cette unité parce que ce qui leur parait évident, c'est l'existence de plusieurs Europes, dont les liens et les interrelations ne sont pas de nature à permettre de considérer ces différentes Europes comme parties intégrantes d'un tout.

Dès lors, plutôt que de chercher l'unité culturelle de l'Europe, il importe davantage d'essayer de comprendre comment sont nés et se sont développés les différenciations et les rapports inégaux entre régions ; en fonction de quels mécanismes les États-nations se sont constitués, pour donner à l'Europe l'histoire que l'on connait; et pourquoi on assiste à l'heure actuelle à cette explosion de conflits et d'oppositions au sein des États-nations entre la périphérie et le centre.
La renaissance des cultures régionales en Europe
Éditions Entente 1978

Les U.S.A. en voie de sous-développement.

Les accords du G.A.T.T. prévoient, outre la promotion des règles du libéralisme et l'expansion du commerce international, un code de bonne conduite.
C’est ainsi que l'accord entérine les préférences douanières entres les territoires ou pays en vigueur au moment de sa signature (i.e. le COMMONWEALTH) il est interdit d'en créer de nouvelles.

Cet accord institue le principe de non discrimination, et interdit aux pays contractants :
– de percevoir sur les produits étrangers des taxes intérieures plus élevées que celles perçues sur les produits nationaux ;
– de soumettre les produits étrangers à des lois, réglementations ou prescriptions affectant la vente, l'achat, le transport, la distribution, l'utilisation de ces produits, plus restrictives que celles applicables aux produits similaires nationaux.
Les deux cents pour cent de taxes et autres mesures vexatoires sont donc hors la loi, à moins que les négociateurs américains se prévalent de l'article XVIII et veuillent préserver les intérêts économiques de leur pays sous-développé.
Le F.M.I. et la Grande Presse Internationale n'ont, semble-t-il, pas été mis au courant de cette nouvelle donne. Et cela n'empêche pas nos ardents défenseurs de l'Europe de réclamer l'intervention U.S. dans les affaires de l'ex-Yougoslavie. Comme si l'exemple du Traité de Versailles, en 1919, ne servait à rien.
François DELAUNAY

mardi

Les grandes oubliées de l’Europe

Lors de la campagne du Referendum sur le traité de Maastricht, beaucoup de voix se sont exprimées sur la place de la France dans une Europe aux pouvoirs politiques plus étendus. Quelques opinions ont évoqué le déficit démocratique des communautés face au citoyen. Mais nulle voix ne s’est élevée pour défendre la place de nos régions au sein d’une Europe toujours plus intégrée. Que l’on ait voté oui ou non, nous avons exprimé un Credo face à un texte ambigu qui deviendra ce qu’en fera la pratique. Dans ce cadre aux contours brumeux, un régionaliste bien né se doit de tenter d’extraire de ce contrat social européen les éléments susceptibles de donner plus de vigueur à nos provinces. C’est ce que nous tentons de découvrir dans les domaines de l’éducation, formation, culture et représentation des régions.

Éducation, formation professionnelle et jeunesse : le texte reconnait la pleine compétence des États membres dans l’enseignement et l’organisation du système éducatif. Le problème demeure entier, c’est aux régions de compter sur elles-mêmes pour harmoniser les compétences à la mesure de leur participation financière.

Culture : le Traité énonce le principe de l’épanouissement des cultures des États membres dans le respect de leurs diversités nationales et régionales dans le cadre d’un héritage culturel commun. C’est un deux-tiers de bon point, si les cultures « nationales » sont confirmées, les sous-cultures régionales sont reconnues sans restriction et l’Europe s’affirme, enfin, comme un espace culturel commun.

Comité des régions : il est consultatif, composé de représentants des collectivités régionales ou locales nommées sur proposition des États membres. Les représentants doivent exercer leur fonction « dans l’intérêts général de la communauté ». Ce Comité des régions auquel nous avions confié (naïvement ?) beaucoup d’espoirs, ne sera en fait qu’un super Conseil économique et social, coopté par le fait du prince, et non un Sénat des régions. Si la dimension européenne est logiquement mise en avant, les régions ne s’y retrouvent malheureusement pas reconnues. Dans ce contexte, c’est aux régions d’exiger de l’État la liberté du choix de leur représentant auprès de cette instance.

L’Europe sera ce que les régions lui apporteront.
Gilbert Crespin

T.O.M., D.O.M., régions et C.E.E.

Les Territoires d’outre-mer ont obtenu le pouvoir de déroger au principe de non discrimination entre citoyens en faveur de leurs propres ressortissants. Les départements d’outre-mer bénéficient d’un budget de plus de six milliards de francs jusqu’à la fin 1993, soit 2% des concours de la communauté européenne pour 0,5% de la population de l’Europe, pour alléger la fiscalité du rhum traditionnel. Pour faire bonne mesure, le Conseil régional de la Martinique et le Conseil général de la Réunion seront représentés auprès de la Commission de Bruxelles.

Il est temps que nos élus réclament le statuts de D.O.M./T.O.M. pour qu’en Normandie on puisse exercer une préférence régionale de l’emploi, encourager les bouilleurs de cru et avoir sept représentants auprès du Comité des régions promis par le Traité de Maastricht.
G.C.

mercredi

Runes, Hiver 1992-93



Editorial

... du Comte de Paris


Il est actuel de disserter sur l'aliénation de la souveraineté nationale à des organismes allant des Hautes Autorités à quelque assemblée européenne, Atlantique ou mondiale. Certains se complaisent à ces perspectives, d'autres s'en irritent ou s'en offusquent (...) fréquemment (aussi) ces comportements tiennent soit au désir inavoué de faire résoudre par quelque instance supérieure les difficultés que ne peuvent plus affronter les États nationaux, soit au souci de défendre des intérêts particuliers menacés par les dispositions internationales nouvelles.

Aussi n'est- il pas superflu de creuser ce concept de souveraineté soit disant intégrale et intangible des nations ! N'est- elle pas déjà hypothéquée de cent manières avant même qu'on y porte atteinte par un contrat quelconque d'association. N'est- elle pas aliénée en fait ici et là, c'est- elle pas lésée dans de nombreux pays dont le nôtre, par la désagrégation de ses propres fondements ?

Si l'on entend par souveraineté nationale l'autorité suprême et sans contrôle de la nation sur elle-même, la libre capacité d'agir d'un État à l'intérieur de ses propres frontières, alors une mesure comme le Pool charbon-acier est révolutionnaire et crée une véritable solution de continuité historique.

Mais ne faudrait-il pas réviser cette conception formelle et juridique de la souveraineté à la lueur de l'évolution historique ? L'exercice de cette souveraineté ne doit- il pas nous préoccuper davantage que la souveraineté elle- même ?

La souveraineté nationale m'apparaît réelle et concrète seulement lorsque les conditions de son exercice sont remplies, c'est-à-dire lorsque dans un pays, les volontés de tous sont unies pour réaliser l'idéal moral, intellectuel et matériel que la notion c'est défini (...)

Si ces conditions n'existent pas, la souveraineté, même lorsqu'elle est fondée en Droit n'est plus qu'une coquille vide.

La souveraineté nationale repose donc autant que sur l'indépendance de droit à l'égard de autres nations, sur l'indépendance de fait et celle-ci tient à l'équilibre harmonieux et à l'exploitation de toutes les forces composant une nation en vue de la réalisation de son bien commun.

L'essentiel ne m'apparaît pas être la gravité des entorses légales à l'autorité suprême au profit de quelque organisme supranational, mais les atteintes insidieuses que font déjà peser sur la souveraineté la surpuissance des deux grandes nations antagonistes, aggravées par la désarticulation du pays.

Nous ne pouvons rien changer au fait que deux nations comptent 200 et 156 millions d'habitants, au fait que la seconde possède une capacité de production égale à la moitié de la production mondiale.

Nous pouvons par contre agir sur les conditions d'efficacité de notre souveraineté. La Suède, la Suisse, la Grande-Bretagne, vivent dans le même univers que la France, sont exposées aux mêmes tiraillements aux mêmes attractions, aux mêmes pressions, et pourtant ces pays qu'ils soient neutres ou associés à la politique atlantique, sauvegardent leur indépendance.

L'Histoire assigne à la France dans un délai réduit une mission et des obligations (...) La mission est d'inventer les formes de fusion ou de dépassement des souverainetés qui éviteront aux nations d'Europe l'absorption ou la colonisation ; l’obligation c'est de refaire rapidement la cohésion et l'unité du pays, de forger la volonté de vivre, car pour être à même de sacrifier tel fragment de souveraineté il faut d'abord la posséder toute entière.

Bulletin du 27 septembre 1952

G.A.T.T. against Europa

Doublement de la jachère, taxation exorbitante des produits bruts et manufacturés jusqu'à deux cents pour cent, les négociateurs U.S. ne reculent devant aucun sacrifice à nous imposer.
Faire de l'Europe un vaste marché où écouler des surplus qui font de nous de gentils petits mickeys aux oreilles frétillantes devant le premier Macdonald, avant de nous subjuguer, devrait nous faire réfléchir. « Règlement de compte à Sarajevo Corral » plus que de la science-fiction relève des prochains « prime time » qui distrairont les amateurs de reality-shows made in C.N.N. Ce qui est grave c'est que ce mauvais scénario est signé par les ministres des douze. Nos hommes forts, en paroles, ont confessé devant les caméras de télévision et étalé dans les journaux les états de ce qui leur tient lieu d'âme, et ont demandé que les cent mille G.I. qui occupent notre continent, depuis cinquante ans que la guerre est terminée, interviennent là où leurs yeux n'osent se porter : en Yougoslavie !
De l'imbécilité des lâches sachons tirer les enseignements avant que chirurgicalement les Marines ne viennent à bout de notre prétendue européanité.
F. D.

Croatie : une guerre oubliée

Dès que la Yougoslavie a commencé à se dissoudre, en 1991, dès la proclamation de l’indépendance de la Slovénie, puis de la Croatie, Serbes et Croates se sont affrontés.
Cependant, les situations des deux républiques sont différentes.
Dans une Croatie encore composante de la Yougoslavie, les postes-clés étaient occupés par des Serbes essentiellement dans le domaine judiciaire. Les policiers et les gardiens de prison de Croatie étaient à majorité Serbe (75% dans la police, 50% de la police politique). Pourtant, en 1991, la population de Croatie se composait de 75% de Croates contre 10% de Serbes, vivant essentiellement dans la Krajina.
La Serbie a toujours été (même sous Tito) le leader de la Yougoslavie. Si les ne peut parler de minorité Croate de Serbie (25%).
La C.E.E., en 1991, avait refusé de prendre parti dans le conflit Serbo-Croate.
Quand, en 1992, le conflit s’est généralisé, a gagné la Bosnie, la presse internationale, les U.S.A., la C.E.E., se sont émus. Est-ce par ce qu’une des composantes bosniaque est musulmane ? Ce n’est pas notre problème.
Mais nous nous étonnons que la Croatie soit oubliée, alors que l’intégrité de son territoire n’est pas recouvrée.
Nous nous étonnons que les Croates de Bosnie soient présentés comme les dépeceurs de la Bosnie.
Nous nous étonnons, encore, que dans un tel conflit, dont le déroulement nous rappelle celui des Balkans à l’aube du vingtième siècle, ou de l’Europe centrale dans les années trente, l’opinion publique soit incitée à ne voir que des loups ou de pauvres agneaux…

Nous voulons simplement rafraîchir la mémoire des Normands sur des évènements pourtant si frais…

Vous souvenez-vous du bombardement de Dubrovnik ?
Gilles Lefèvre

ndlr : lorsque ce billet a été rédigé, l’armée Croate n’avait pas encore lancé la reconquête de la Krajina. Mais nous pouvons constater, une fois de plus, que, quand la presse internationale dénonçait une incroyable politique de viols par les miliciens Serbes, les « grands » tergiversaient. Mais en huit jours d’offensive Croate, les mêmes lancent ultimatum sur ultimatum, notamment la Russie et la France, qui sont restés alliés de la Serbie…
Il convient de rappeler que les Serbes, majoritaires dans la Krajina, sont les descendants de ceux qui ont fuit l’Empire Ottoman pour se réfugier en Croatie, nation de l’empire Austro-hongrois. On peut toujours se demander si dans l’« esprit » des princes qui nous gouvernent, l’Autriche ne reste pas, par réflexe acquis, l’ennemie irréductible.

Lituanie

L’automne 1992 aura vu l’Europe de l’Est hoqueter. Nous savions la Bulgarie, la Roumanie, la (petite) Yougoslavie dirigées par des crypto-ex-néo-communistes, croyions les républiques de la C.E.I. indépendantes.
Mais nous étions surs que la Lituanie avait définitivement tourné le dos à l’U.R.S.S., pardon la Russie, et à fortiori, au communisme. Nous voyions la société de marché triomphante, un Tiers-monde à la recherche de son identité économique et politique… Qui ferait contrepoids aux U.S.A ?
L’information fut très discrète. Au soir du premier tour des élections législatives en Lituanie, la presse annonça rapidement que les ex-communistes étaient en tête des résultats, totalisant contre toute attente entre quarante et cinquante pour cent des suffrages.
Certains tenants de la mort du communisme, et de l’U.R.S.S. ont du en avaler leur dentier. Mais ce verdict est moral, parce que le modèle libéral est un miroir aux alouettes. Contrairement aux Allemands de l’Est, les Baltes se sont montrés sages.

Foi de Normand !

Lev Efellergis

ndlr : Que ce résultat électoral soit moral ou non, ce qui importe c’est que nous, européens, n’ayons pas su proposer d’autre alternative à ces deux totalitarismes, l’un libéral, l’autre doctrinaire, tous les deux trop essentiellement matérialistes pour une nation toujours jeune, où l’homme puisse être l’alpha et l’oméga de la société.

vendredi

Maastricht : la Normandie dit non !

Pour la première fais dans son histoire, la Normandie infirme l'analyse d'André Siegfried (La France de l'Ouest) et se prononce contre le pouvoir en place, contre l'appareil politicien ...

Calvados :
inscrits 420614 ; abstentions 124244 ; OUI 146396 ; NON 146974.
Manche :
inscrits 340961 ; abstentions 100407 ; OUI 115190 ; NON 125364.
Orne :
inscrits 209403 ; abstentions 59701 ; OUI 72450 ; NON 77252.
Eure :
inscrits 345343 ; abstentions 100354 ; OUI 106006 ; NON 138993.
Seine-Maritime :
inscrits 804903 ; abstentions 244700 ; OUI 255513 ; NON 304590.
Ensemble de la Normandie :
inscrits 2121234 ; abstentions 632406 ; OUI 695655 ; NON 793173

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« L'Europe ne se construira pas sur un magma de culture uniformisées... elle a besoin de se nourrir de la diversité et de la richesse de ses traditions.

« Les régions constituent des interlocuteurs privilégies, appelés à se concentrer sur leurs missions essentielles. L'espace européen qui n'est pas homogène appelle en effet des traitements différenciés.

« Certes, dans la compétition à laquelle nous ne pouvons échapper, la Normandie serait mieux armée si elle réunissait enfin les cinq départements qui la composent. »

Pierre Albertini
Conseiller Régional de Normandie

Twingo génération Mac Do ?

Décidément, il doit être dur le souvenir du discours de Mexico dans la tête du dirigeant politique qui voulait défendre « notre culture » contre l'impérialisme U.S.

La Régie Renault (d'État) adopte le slogan publicitaire le plus idéologiquement suicidaire du siècle en associant la production d'une automobile française au symbole le plus virulent de l'invasion alimentaire, ambassadeur du monde le plus capitaliste (mais le gouvernement français est-il encore socialiste ?) d'une entreprise manifestement impérialiste et américaine (Cuba, Che Guevara ont- ils existé ?).

Pour l'État qui se veut le fer de lance de l'européisme cela nous promet des lendemains qui (dé)chantent.

lundi

Les régions de France désagrégées

Jamais les nations françaises n'auront été autant menacées dans leurs identités. Passage de l'État centralisateur à l'État providence, désagrégation orchestrée des liens communautaires hérités de nos traditions respectives, mondialisation de la production des biens et uniformisation des standards de consommation, constitution de ghettos échappant à la souveraineté de l'État sans que les collectivités locales ou territoriales puissent contrôler effectivement le développement et l'occupation de leurs territoires. Tout concourt à la désintégration des nations qui fondaient, hier encore, la puissance de la France.
Après que l'Allemagne ait recouvré son intégrité territoriale, que les pays de l'Est abandonnent le joug d'une tyrannie idéologique sans précèdent avec ce que l'histoire nous enseigne, le cadre institutionnel français perd son contenu : les identités françaises disparaissent sous les coups redoublés des médias vecteurs d'un universalisme de pacotille et des corps sociaux initialement chargés de transmettre nos cultures.
Les schémas familiaux, éducatifs, sociaux, qui assuraient il y a trente ans encore, la pérennité d'un système de valeurs qui, s'il ne répondait pas immédiatement à nos convictions, défendait une théorie de l'homme, se sont effondrés victimes d'une implosion liée à la mise en place d'un nouveau modèle « libéral » où règne en mal absolu le seul primat économique. Nouveau Janus, l'homo-économicus, est ravalé au double rôle de consommateur-producteur, chaque partie décérébrée de l'autre. Aujourd'hui les mutations professionnelles séparent les familles, déportent les individus hors de leurs cadres naturels, les responsables scolaires, quand ils ne dénigrent pas les régions et les traditions locales – symboles d'archaïsme – prônent l'équivalence des modes de vie. Les provinces de France subissent la loi des technocrates dé-civilisateurs pour, dès que les conséquences de leurs actions destructrices leur ont fait perdre leur masse critique, économique et démographique, se fondre dans la grisaille des banlieues mondialisées ; l'économique dénie tout droit d'existence aux collectivités qui ne sont pas reconnues « potentialisables » en organisant la fuite des sièges sociaux à la faveur de regroupements capitalistiques internationaux.
Ainsi vidées de leur substance, de leur capacité d'action, sinon de réaction, les nations authentiques, enracinées, qui constituent encore des communautés de destin, sont conduites à subir toujours plus les contraintes imposées de l'extérieur. La plus visible, et non moins dangereuse, réside dans l'afflux de populations dont la qualité, autant que le nombre, laisse augurer de l'avenir des provinces. Leur affaiblissement préalable par une volonté nivelatrice n'est qu'un premier pas vers leur dilution dans un cosmopolitisme dont nous pouvons goûter toute l'amertume lorsque les effets du discours s'estompent pour tenir leurs tristes promesses.
À la lumière de la « vie » dans les quartiers de la « Big Apple » (N-Y : prononcez Enn'ouaïe pour faire plus vrai) nous pouvons déjà apprécier quelles seront nos conditions de vie lorsque se seront apaisées les dernières nuits chaudes des quartiers socialement défavorisés. La juxtaposition d'ethnies différentes, sans système de références communes, sur un même territoire, conjuguée des effets de la crise sociale actuelle, conduisent à un déclin qu'un ministre de l'intérieur Belge comparait avec la chute de l'Empire Romain sous les assauts de la Barbarie. Belle perspective d'avenir à l'heure des accords de Maastricht ou de la signature de l'Acte Unique Européen !
Bien que défendant le droit à la différence, il convient de souligner que nous entendons rester particuliers au sein d'un même ensemble social et culturel. Les migrations de populations ont toujours entraîné, instinct grégaire, le regroupement d'originaires, la recréation de micro sociétés, régionales, nationales ou ethniques. Aujourd'hui, dans les grandes agglomérations, mais à terme, encouragées par les décideurs soucieux de résoudre leurs problèmes immédiats en refusant de prendre leurs responsabilités morales, ces regroupements seront incités à occuper d'autres espaces plus disponibles, de la périphérie de Paris aux villes nouvelles, nouveaux échecs d'urbanisme, puis dans les cantons désertifiés. Si c'est une façon statistique de résoudre le problème rural, il serait vain d'oser croire que cette forme de repeuplement ne s'accompagnera pas un jour d'une revendication territoriale de type tribal qu'accompagnera une révolte des « paupers » des « limes » contre les « riches » de l'« urbs » et dont l'exemple yougoslave pourrait-être la dernière répétition avant la générale.
II est paradoxal que dans notre société seuls les indiens d'Amérique, les Juifs, les Palestiniens et, depuis peu, les populations des anciens pays du bloc de l'Est, aient le droit de manifester, avec notre sympathie émue, leur volonté d'avoir pour développer leur identité un territoire reconnu, alors qu'ailleurs on impose aux populations des changements radicaux dans leur composition. Nous ne voulons pas que l'on détruise ce qui composait hier notre particularité. Nous ne voulons pas devenir les « Mickeys » d'un Disneyworld où l'insécurité permanente des personnes accompagnerait la disparition de leurs modes de vie ancestraux. Nos traditions « régionales » sont toutes aussi dignes d'intérêt que celles de ces déracinés que l'on exhibe tout autour du monde pour de pseudo motifs humanitaires. Nous ne voulons pas que le travail de nos pères, leurs modes de vie, soient remplacés par une culture au rabais que l'on irait glaner dans les gondoles des super marchés, nouveaux luna-parks. Nous ne voulons pas d'une société où la certitude de ne pas mourir de vieillesse s'échange contre l'assurance de notre disparition en tant que peuple.
À l'heure où tant de grandes âmes et de belles consciences s'émeuvent de ce que certains chefs d'État aient pu organiser de façon systématique la déportation de populations entières hors de leurs territoires naturels, pouf les remplacer par des colons disciplinés (cf. les Baltes, Roumains, Cambodgiens, ...) on est en droit de se demander si, à l'abri du paravent libéral, les mêmes idéologues ne continueraient pas la même sinistre besogne pour d'autres causes toutes aussi inavouables. Devant l'incapacité de l'État, les collectivités territoriales devront-elles assumer, devant leurs résidents, la responsabilité de situations dont elles ne sont pas les initiatrices et pour lesquelles aucun pouvoir ne leur semble devoir être conféré, sinon celui d'enregistrer les conséquences da la « soft idéologie » ?
L'identité de notre province se nourrit des souvenirs et des références qu'elle partage avec la France, dans la continuité des générations qui ont fait notre commune grandeur. Cette continuité est interrompue, et tout porte à croire que cette interruption est une fatalité. Si la culture est la nature de l'homme, les transformations des populations régionales induiront d'importantes modifications psychiques et culturelles, rendront aléatoires la transmission d'un patrimoine devenu sans signification.
Notre but particulier étant de pouvoir mieux participer à l'ensemble culturel français et européen, il est primordial que nous garantissions la pérennité dynamique de notre particularisme. Nous ne pouvons admettre que l'on change, pour quelque type de satisfaction idéologique ou marchande, les composantes essentielles de notre nation Normande.
Jean Halot

Préserver l'identité Française


La France et ses provinces sont trahies par l'idéologue et le politicien. Moralement touchées par un dénigrement systématique de leur passé elles doivent rapidement mettre un terme à l'auto-culpabilisation que l'on leur a instillé, en valorisant leurs identités et leurs histoires propres. Ici sont les véritables racines de la manifestation du « génie français ».

Comment défendre et promouvoir l'identité Normande aujourd'hui ?

Poser cette question appelle une réponse qui pourrait ne pas avoir de fin tant l'étendue du sujet est vaste, mais nous pouvons de façon lapidaire annoncer que l'identité ne décrète pas, elle s'affirme.

Tout semble fait pour étouffer notre identité. Qu'il s'agisse des hommes, de la mémoire, du territoire ou des paysages, de la culture, du patrimoine vécu, il est urgent de mettre un terme au processus d'aliénation et d'altération que subit notre pays.

Qui est Normand ? Qui peut le devenir ?
Celui qui hérite de cette chance et ne la défend pas ?
Celui qui vient y vivre et dénigre la Normandie ?

Comment peut-il être encore question de liens du sang, ou même de patriotisme Normand, tant les volontés se sont acharnées à réduire cet espace mental et géographique qui faisait écrire à R. Allen Brown « ... the Normans were not merely the Romans of their world, but also the Greeks »(1). Car à l'instar des modèles auxquels on les compare ici, on peut leur appliquer aussi la formule : « La Normandie n'est plus en Normandie, elle est partout où sont passé ses fils » (2).

« Car une nation c'est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage que l'on a reçu indivis (...) Le chant spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie. (…) Une Nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a fait et de ceux que l'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer (3) la vie commune. L'existence d'une Nation est (...) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence d'un individu est une affirmation perpétuelle de vie». Cette longue citation d'Ernest Renan résume tout notre sentiment enraciné et s'y applique avec une telle véracité qu'elle renforce notre conviction identitaire Normande.

Comme d'autres Nations, l'identité de la Normandie s'affirme au travers de la gloire de ses constructions, invention de l'architecture religieuse et militaire, mais à l'ombre des dentelles de pierre le génie intellectuel s'en est montré digne dans tous les domaines, beaux-arts, organisation sociale, mathématiques, pures ou appliquées : Corneille, Boieldieu, Sorel, Le Verrier, Fresnel, ne sont pas des connus du seul panthéon Normand, non plus des gloires de seconde zone, pour ceux qui savent les intégrer parmi les gloires « françaises », au-delà des platitudes égalitaristes ou tiers-mondistes.

Les budgets de l'enseignement dépendent de plus en plus des prébendes des collectivités territoriales, c'est à ces dernières d'exiger qu'à la pseudo culture « de masse » soit substitué l'enseignement de notre patrimoine sous ses aspects Normands les plus multiples. De même que les présidents de régions, au lieu de gausser sur le mauvais emploi des fonds des F.R.A.C. (4) seraient bien inspirés de contrôler la qualité des dépenses dont ils demeurent les principaux responsables. II n'est pas tout d'affirmer que Géricault par ci, Boudin par là ... Les Normands attendent que l'on encourage leur culture dans toutes les manifestations de son génie, mais ils attendent surtout que cette culture leur renvoie, sinon l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, au moins un message dont la qualité abandonne enfin le canular mondain.

Les grands commis, l'in-intelligentsia, s'abandonnent avec délices aux modes étrangères, exotiques, à toutes les pantalonnades. Depuis 1981 on a reconnu aux régions un rôle de collectivité intermédiaire, on est en droit de penser que le législateur avait voulu instaurer un contre-pouvoir dont elles n'ont pas saisi l'étendue des possibilités.

Face aux élites acculturées, décadentes, c'est aux régions, héritières d'histoires et de passés souvent prestigieux, d'assurer la défense intellectuelle et morale de leurs populations, donc des Nations dont elles ont la charge.
O.D.I.N.-76

1 Les Normands ne furent pas purement et simplement les romains de leur monde, mais aussi les grecs.
2 Paul René Roussel (Y-I.M.).
3 (n.d.l.r.) c'est nous qui soulignons !
4 Fonds Régionaux d'Aide à la Création.