On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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mardi

11ème centenaire de la Normandie

Ce mardi 17 mai [2011], fête nationale de la Norvège, nous avons assisté, narquois, à une pénible parodie d’hommage « de rattrapage » effectuée à la volée et sans trop de conviction de la part du Maire de Rouen. Madame le Maire de Rouen nous a entretenus de vagues manifestations « colorées » de viking pour cette année sans plus s’appesantir sur la vacuité de son programme culturel qui aurait du être une fête de la mémoire avant de nous rappeler que les liens entre la Norvège et la Normandie existaient toujours puisque Rouen importait encore du bois de Scandinavie !

Si les Norvégiens du Lycée Corneille de Rouen et de la Faculté n’étaient venus, ç’aurait été une maigre petite cinquantaine de participants que nous aurions pu compter... y compris les Normands des associations qui ont répondu présent à notre appel : la Vague normande et le Bloc Identitaire, le Parti de la France et le Front national, la Causerie normande, des sympathisants et votre serviteur, (soit une vingtaine de personnes et donc vingt pourcent de cette prestigieuse assemblée) et seuls a faire fièrement flotter nos drapeaux normands en amicale réponse aux étendards norvégiens !

Nous aurions aimé compter dans nos rangs le Mouvement normand mais son inamovible président ayant manifesté sa préférence auprès du premier magistrat de la cité pour la distribution de petits fours qui s’ensuivait nous nous sommes passé de son patronage. Comme le disait un certain chant très célèbre, dans un couplet il est vrai aujourd’hui très occulté : « nous n’oublierons pas que nos balles sont pour nos propres généraux » (surtout lorsqu’ils sont d’une telle farine) ; exit donc les contre soixante-huitards en peau de pantalons... retournée. Sans un regard pour nos drapeaux, Didier Patte, son militant rouennais et leurs épouses suivirent benoîtement les édiles rouennaises tout en ignorant avec superbe les vrais normands qui attendaient que la police de madame le Maire les autorise à rendre un véritable hommage au père fondateur de la Normandie.



GANGER HRÔLFR, Jarl, fils de Jarl, Aventurier, banni, toi qui a marqué pendant 300 ans notre terre de Normandie.

ROLF, intrépide, ombrageux et querelleur, barbare, païen, pillard, seigneur de Rouen, premier duc de Normandie, qui a pris cette terre à bras le corps pour la hisser au niveau des grandes puissances qui défient l'histoire.

ROLF, toi qui nous marque encore du fier nom de Normands.

Beaucoup dénoncent ta condition de pillard, peu savent que tu as été mieux que cela.

À l'automne de l'an 911, le roi des Francs te confirme la propriété de cette terre déjà normande. Dès lors se concrétise une lente imprégnation de 200 ans où celtes, saxons, vikings mais aussi germains et francs vont s'affirmer sous les effets du révélateur nordique qui caractérise si bien notre vieille Duché.

Loin d'être un païen primaire, ou un pillard assoiffé d'or et de sang, ROLF se révèle un puissant organisateur. S'il ne renie pas ses traditions, sa terre est partagée " au cordeau " entre ses fidèles, sa conversion au christianisme lui apporte le soutien de l'Église. L'ordre chrétien, l'armature féodale, l'audace scandinave, irriguent le tissu social du premier État moderne européen.

Sa volonté avouée d'instaurer l'ordre normand dans les pays réputés normands, sa position d'arbitre et de gardien des lois incite les scandinaves à venir le rejoindre en Normandie pour participer à son entreprise.

Guerrier et connaisseur du prix des combats, il gère avec une fougue sourcilleuse la sécurité des biens et des personnes. À l'intérieur de la Duché de Normandie, la paix du duc est une garantie de stabilité et de développement d'inspiration normande.

ROLF réussit le pari de transformer une aventure en destin. Mais quel destin ! Les Normands de la mer deviennent en 20 ans des Normands de la terre au moment où la Neustrie se transforme en Normandie.

Cette Normandie si féconde qu'elle enverra ses fils conquérir des royaumes en Sicile, en Angleterre, en Orient, aux Canaries et c..

ROLF, le reître, le soudard a su comprendre que sans une assise large et solide, l'aventure normande serait terminée 150 ans avant Hastings !

Honorer ROLF flatte notre orgueil !

Mais son exemple est politique, pratique et réaliste.

ROLF et ses compagnons ont conclu un marché avec l'histoire.

Leur adhésion au système carolingien est une formalité, ils ont gardé pour première religion la confiance dans leur propre pouvoir.

De 911 à la mort de ROLF, cette première génération de Normands a su créer cet élan dont le dynamisme ne tarira pas.

Marins et guerriers n'ont jamais cessé d'être paysans et marchands, aimant gagner dans tous les sens du terme.

Sages et fermes, les successeurs de ROLF ne déméritent pas tant qu'ils défendent qu'ils sont avant tout Normands, d'où qu'ils soient de Normandie.

Le destin, le génie des Normands ne sont jamais si grands que lorsque leurs chefs sont ambitieux pour leur peuple, leur terre.


Ceci a déjà été dit ici, à Rouen, le 15.04.1991 !


20 ans après… il faut bien le reconnaître, cette profession de foi reste une liste « à la Prévert » !

Où en sommes-nous ?

Alors que toute la Normandie fête son onzième centenaire, la ville-phare, enfin celle qui se revendique telle, reste en marge de la liesse qui devrait être unanime dans toute la Duché !

« Rouen, capitale de la Normandie », ne serait qu’une vaine velléité ?

Non ! Hélas… Cette cité autrefois orgueilleuse néglige de fêter Guillaume, « oublie » Corneille et ignore aujourd’hui le souvenir de sa fondation !

Ce n’est pas un simple signe de faiblesse, c’est l’affirmation silencieuse que, si notre terre normande intéresse certains pour des raisons qui nous répugnent, les normands sont devenus indésirables chez eux !

« On a les élus que l’on mérite », c’est le principe même du système dans lequel nous vivons, à nous tous d’en tirer les conclusions et les conséquences qui s’imposent.

Ces horzains infligent à l’agglomération « Belle au bois dormant » leurs volontés révisionnistes de notre histoire, mais aussi, et encore plus, négationnistes de notre existence. Et il ne s’agit pas que de festivités mémorielles ! Où sont les moyens qui autorisent les Normands à vivre et travailler en Normandie ? Quels sont leurs bilans ? Une normalisation de démocratie « populaire » insidieuse et silencieuse étouffe toute volonté d’exister à ceux qui ont hérité d’une histoire que bien des États nous envient. Nous ferons l’économie de la liste des faux amis, des vrais ennemis et des fossoyeurs de notre histoire normande. Comme l’aurait pu dire maitre Pierre (Corneille) « le flux les apporta, que le reflux les emporte ». Mais la question demeure : qu’ont-ils fait de notre héritage ?

La Normandie c’est onze siècles d’histoire : plus que la France ou l’Angleterre, par exemple.

La Normandie c’est une multitude d’hommes et de femmes qui ont contribué à la vie et au développement de notre histoire normande, française et européenne. Pas de cette Europe de bureaucrates auto-désignés pour des intérêts qui n’ont jamais été les nôtres, ni même un quelconque intérêt général européen. Mais de cette Europe de l’esprit et de l’intelligence, du travail et des batailles, des campagnes et des beaux-arts.

Parce que cette Europe, tout comme la France, tout comme la Normandie, puisque c’est de notre histoire propre qu’il devrait être question aujourd’hui, s’est patiemment construite sur l’intelligence, la volonté, le travail et la sueur de nos prédécesseurs.

Et c’est bien pourquoi ceux qui nous gouvernent aujourd’hui entendent ne pas fêter ce genre d’anniversaire : venus de partout et de nulle part ils n’ont pour seul but que de nier les causes de nos richesses accumulées par des années d’efforts afin d’en mieux profiter en nous en spoliant, tout comme ils nous confisquent les manifestations qui devraient rappeler à tous que ce travail est notre héritage normand.

Si nous nous contentons aujourd’hui de fêter ce onzième centenaire de la fondation de la Duché, ç’aura été une manifestation sympathique, certes, mais juste une aimable réunion du souvenir.

La Normandie est une patrie et c’est même celle que nous avons hérité de nos pères, c’est de notre identité en tant que peuple normand qu’il est question aujourd’hui.

La question est maintenant : que faisons-nous de notre héritage ?

Thor Aïe !

Rouen, le 17 mai 2011.


Un toast a été porté à la mémoire de notre premier « Duc de Normandie » avant qu’un appel à se retrouver ce samedi 21 mai, toujours dans ces Jardins de l’Hôtel de Ville de Rouen, entre la statue de Rollon et la pierre de Jellinge, pour un pique-nique informel et spontané, afin que tous ceux qui n’ont pu se libérer un jour de semaine, aux heures de travail pour la plupart, puissent célébrer ensemble cet anniversaire normand.

vendredi

L'O.D.I.N.-76 a dix ans !

La nature humaine aime à tirer des bilans lors d'événements remarquables. Fétichisme ou occasion, nous ne dérogerons pas à la règle. Si, en mars 1984, nous ne mesurions pas vraiment l'ampleur de ce qui nous attendait, les objectifs que nous nous étions fixés nous permirent d'en découvrir de nouveaux que nous n'avions pas envisagés et, de la défense candide d'une identité normande que nous ne pouvions nous résoudre à oublier, nous en sommes arrivés à l'affirmation de notre nationalité normande. Rien ne nous permet d'augurer où notre quête nous aura conduit dans dix ans, ni même dans cinq, chaque développement réserve des approches inattendues riches d'enseignement. De la défense de notre culture, nous en sommes venus à suppléer une formation régionale que d'autres n'assurent pas et nous y avons trouvé des volontés d'agir sur le terrain. Rien ne pouvait laisser prévoir une telle évolution et, tout en conservant le même but, il serait aventureux de pronostiquer où nous conduira notre volonté d'assurer la permanence de notre Exception Normande.

Dix ans c'est peu en regard de notre pluri-millénaire Normandie, c'est beaucoup si nous faisons le compte de tous ceux que nous avons rencontrés, et qui nous ont apporté autant que nous avons voulu apporter à nos compatriotes.

Rester nous - mêmes, maîtres de notre destin en tant qu'héritiers d'un territoire, d'une histoire, d'une volonté, c'est aussi accepter l'évolution parce qu'une tradition c'est quelque chose de vivant. Notre action se diversifie en même temps qu'elle s'amplifie. Depuis 1993 il nous a été difficile d'être présents sur tous les fronts où nous sommes engagés: chacun contribue à une action nouvelle, et tout en poursuivant le même but, nous nous spécialisons mais ne pouvons que peu renforcer l'existant. Nous avons pris des mesures, difficiles, en modifiant la parution de Runes qui devient trimestriel - tout en conservant le nombre de pages livrées -, en demandant aux équipes qui agissent sur le terrain de ne pas se polariser sur une seule activité extérieure pourtant nécessaire et fructueuse. La reconnaissance de notre action par la création de la Fédération du Grand Rouen du Mouvement Normand posera pendant quelque temps encore des problèmes d'harmonisation pour que tout puisse être fait comme on peut légitimement l'attendre. Dix ans c'est aussi l'occasion de prendre le temps de se retrouver :

– 18 juin : « CAUDRIOT »
Cette manifestation, à caractère interne O.D.I.N.-M.N., est préparée pour cinquante personnes, avec une participation de 50,- francs par adulte de plus de dix ans. Cette fête se doit de n'avoir d'autre raison que rassembler tous ceux qui sont proches de notre action et de notre pensée, c'est donc un temps fort où nous entendons célébrer la vitalité d'une équipe, de ses proches, familles et amis, donc l'esprit social qui nous est propre.

– 10, 17 juillet : l'ARMADA DE LA LIBERTE
L'O.D.I.N.-76 ne peut que se féliciter de pouvoir fêter ses dix ans devant plusieurs millions de personnes, et dans un même temps réaffirmer la vocation maritime de la Normandie, mais aussi de Rouen (ce qui est moins évident pour certains horzains). C'est aussi un double effort car, bien que nous participions avec le M.N. à ces journées, il nous faut gérer les aspects financiers et humains pour que notre prestation soit plus qu'une simple présence sous une tente. Vos dons, aides, soutiens sont donc les bienvenus ; la souscription et la boîte à idées sont ouvertes. Avec vous nous saurons faire mieux que bonne figure.

– 15 octobre : ROLLON/HASTINGS
Cette année nous prenons le temps de préparer à l'avance pour rompre avec l'aspect confidentiel de cette commémoration où nous réunissons Rollon et Guillaume. Un hommage est rendu dans les jardins de l'Abbatiale Saint Ouen de Rouen au père fondateur de la Duché et nous y associons la date phare d'Hastings qui marqua l'apogée de la lignée des Jarls de Rudhuborg.

Ceux qui souhaitent prolonger la réunion peuvent nous contacter pour qu'un repas puisse être correctement organisé : la recherche du meilleur compromis qualité/prix réclamant du temps en fonction du nombre de participants.

1994 est un anniversaire, faisons en sorte que cette année soit aussi celle de notre engagement solennel à maintenir notre spécificité.
O.D.I.N. 76

mardi

De la forêt en Normandie

L'histoire de la forêt est bien connue sous nos latitudes, et si il reste à éclaircir les raisons de sa présence en des lieux plutôt que d'autres, force est de reconnaître qu'il s'agit là d'une querelle d'école entre historiens et géographes. Car les uns tiennent à la nature et à la situation des sols, tandis que les autres justifient du labeur des hommes. La Normandie, où tout se note depuis fort longtemps, apporte sur le sujet un regard qu'il est intéressant de rappeler. C'est sous les divers mouvements de population que les limites des forêts de Normandie se sont développées, éteintes voire déplacées. Les facteurs humains, démographie, invasions, sociaux et politiques auront en définitive plus fait et défait la sylve Normande que les raisons géologiques et climatiques aux quelles nos ancêtres durent se plier. Il convient de noter que l'usage du mot « forêt » est différent au moyen-âge, et, comprend ce qui est en dehors « FORS» de l'usage commun ; à ce titre il existait donc des forêts d'arbres, d'eau, de pêche de poissons.
La première originalité de la forêt Normande tient à la protection du Parlement de Rouen qui réglemente jalousement ce capital que la nature avait offert à la Duché. Cette attention permit donc de préserver nos massifs forestiers à l'exception des forets de Bleu et de Bray victimes de leurs paroisses bordurières. La forêt étant comme nous le verrons source de profits pour l'économie médiévale, il convenait d'en spécifier les usages afin que la vie intense des clairières et sous-bois puisse permettre à l'ensemble de la collectivité, jusqu'à aujourd'hui, de jouir d'un bénéfice qui est malheureusement épuisable.

Dans une forêt, c'est une évidence, on trouve du bois. Longtemps ce matériau a été utilise comme l'équivalent de l'acier et du charbon. Ce double aspect aurait du suffire à expliquer la disparition des forêts, mais toute une série de coutumes et de lois ont concilié l'intérêt direct des usagers qui venaient y prélever pour satisfaire leurs besoins et celui, non moins louable et indirect, de ne pas voir dilapidée en une ou deux générations, ce capital renouvelable à long terme. Les populations avaient donc le loisir de prendre le bois sous certaines conditions restrictives, qualité des essences, bois de « caables » (chablis), ou arbres de mauvaise qualité. Ces usages se virent confirmés en 1315 - 1376 - 1402 - 1519. La délivrance de ces usages était soumise à l'appréciation des verdiers (forestiers) qui réglaient la coupe des essences nobles et veillaient à ce que la coutume ne devienne pas abusive voire mercantile.

La Normandie était province maritime et ses chantiers navals importants en nombre étaient gros consommateurs de chênes et de hêtres. Mais elle devait aussi fournir les bois de construction pour sa population contre privilège ou rémunération.
En milieu rural, réconciliant seigneurs et vilains sur la propriété des eaux et forêts, le coutumier légiférait sur la fourniture en bois pour la construction des haies, entretient et renouvellement des charrettes et gérait la fonction pastorale de la forêt avec une telle précision que leur superficie pouvait être estimée au nombre de porcs qu'elles pouvaient supporter. Ici encore, les animaux étaient soumis à des règlements différents selon les espèces. Certaines devaient être parquées d'autres marquées (stabulation libre). La forêt était donc utilisée comme complément de récolte et permettait de concilier culture et élevage.
L'usage sur les fruits était aussi apprécié, les vergers cultivés, ou vergers de plains, étant d'une pratique assez tardive, la récolte des pommes, poires, nèfles, prunelles, noix, fresnelle… était une pratique toute aussi courante que le fauchage des landes (lande = lündr = forêt), le ramassage des feuilles, de la marne ou de la tourbe des mares pour amender les terres.
La forêt du moyen-âge, par ses réserves de bois de construction, de combustible et par ses ressources fourragères et alimentaires jouait donc un rôle providentiel.
Mais la forêt était aussi le refuge des bêtes sauvages, ces fauves que les princes réservaient à leur exclusif plaisir constituaient un droit qui se renforça avec la réfaction du gibier, et généra nombre d'obligations pour les vassaux moyennant aides ou privilèges particuliers.
Parmi les animaux « sauvages », les abeilles, ou mouches à miel, faisaient l'objet d'une attention toute particulière. À l'époque où le miel était un produit alimentaire, thérapeutique et servait de base à la fabrication de l'hydromel et la cire produisait un éclairage de meilleure qualité que le suif, la possession d'un essaim était source de revenus qui eux-mêmes gêneraient dîmes et redevances.
Nous l'avons déjà dit : le rôle du bois était primordial pour la construction au moyen-âge, mais il était tout aussi important pour les professionnels. L'outillage des ruraux était prélevé dans les forêts ainsi que celui des boulangers, bouchers, tisserands et forgerons. Les forêts fixèrent aussi les communautés des verriers, forgerons, charpentiers qui trouvaient sur place la matière première dont ils avaient besoin. Au XVIIIème siècle l'Ouche, la Champagne et la Franche-Comté sont les trois grands centres sidérurgiques de France. En Normandie six barons « fossiers » représentent la maîtrise des « ferrons de Normandie » et tiennent leur siège à Glos-la-Ferrière (forêt de Breteuil). Les verriers trouvent, sur des terres délaissées par l'agriculture, bois, sable et fougères utiles à leur industrie, les potiers et tuiliers le bois et l'argile. Sur les arbres, tanneurs et cordiers prélèvent de l'écorce des chênes le tanin et avec celle des tilleuls les cordiers tressent. Les vanniers les apothicaires ne sont pas en reste.
De cette vie, l'administration ne reste pas en marge, les forêts sont administrées par l'Échiquier des Eaux et Forêts de Normandie à Rouen, les maîtres et enquêteurs des forêts représentent le pouvoir royal. En Normandie la coutume prime la loi et longue jouissance vaut droit ! Mais ces droits se monnayent : amendes, confiscations, redevances malgré leurs valeurs souvent dévaluées ou obsolètes – pains, œufs, harengs, fer à cheval ... – corvées de paysans, services et obligations des seigneurs, prières des religieux, rappellent que la forêt est une société régie par la loi des hommes autant que par leurs désirs. La forêt mystérieuse et romantique ne vit pas que dans les Contes de monsieur Perrault et les êtres surnaturels fées, elfes, gnomes font partie de l'imaginaire des normands avec les particularismes issus de nos coutumes, de notre histoire : Mesnie Hellequin, légende des bracelets de Rolf, légende du corps nu, culte des arbres guérisseurs, arbres noués et c...
La forêt sera lieu de refuge pour quelques marginaux, ponctuellement, lors d'évènements dont l'origine est bien souvent éloignée du seul bruissement du vent dans les feuilles.
Jean HALOT

vendredi

RUNES, Hiver 1991-92


Éditorial


... de Jean NAPOLEON

« Normands jusqu'à l'absurde »

La réunification de l'Allemagne, en train de s'accomplir et qui était inscrite dans le droit fil de l'Histoire, ou, si l'on préfère, dans le cours inéluctable des choses, m'a fait irrésistiblement penser à celle de la Normandie, qui, elle, attend toujours sa réalisation en dépit de l'évidente nécessité économique, politique et historique.

Les Allemands de l'Ouest et de l'Est disaient couramment, quand il y avait deux Allemagne : « Un seul peuple, deux États ». Nous pourrions dire à propos de notre patrie Normande : « Une seule province, deux régions ».

Les lecteurs habituels de cette revue, membres ou sympathisants de la Société Alfred Rossel, savent bien que, pour respecter leurs opinions politiques, philosophiques ou spirituelles, nous n'avons jamais publiquement pris parti pour telle ou telle thèse ou doctrine susceptible de nous diviser et que notre association ne prend jamais part à une manifestation de caractère politique.
Qu'il me soit néanmoins permis, sans choquer qui que ce soit et sans faillir à nos statuts, de proclamer notre « normandité » (le mot est de L. Sédar Senghor) et notre amour du pays qui nous a donné le jour, qui est celui de nos parents, ou que nous avons adopté pour nôtre.
Ne partageant pas l'outrance de Louis Beuve qui se voulait Normand avant d'être Français je ne saurais renier ma fierté d'être Français... en même temps que Normand. Il n'y a ni incompatibilité ni choix à faire. Par contre, je serais enclin à faire mienne l'affirmation d'Émile de La Bédollière selon laquelle « la Normandie est une Nation » si l'on donne à ce mot le sens de communauté humaine caractérisée par la conscience de son identité historique et culturelle. Oui, l'identité Normande existe, du Pays de Caux à l'Avranchin et de Cherbourg à Alençon. Elle n'est pas seulement dans les cœurs et les esprits. Elle est inscrite dans les mœurs et souvent sur le sol et contre cela le pragmatisme des politiques sera toujours inefficace. Elle découle de l'Histoire et cette identité Normande pourrait bien s'appeler « Unité ».
La personnalité Normande a été bâtie et façonnée par les Ducs successeurs de Rollon. Solide comme nos cathédrales – mais n'en ayant peut-être pas toujours eu la fierté, hélas ! – elle a défié les siècles et les tempêtes révolutionnaires ou guerrières. C'est pourquoi je suis pleinement d'accord avec le Mouvement normand qui lutte pour que les deux régions Normandes n'en fassent plus qu'une. Mais, dans nos cœurs l'Unité n'a jamais cessé d'exister. Plut au ciel qu'un jour prochain, en dépit d'oppositions aux motifs pas toujours avouables, elle se réalise dans les faits.
Certains technocrates ou aménageurs du territoire osent parler de « Grand Ouest » ou « d'Arc Atlantique », dans lequel serait imbriqué la « Basse » Normandie alors que la « Haute », elle, serait associée à la Picardie ou au Bassin de Paris. Ce serait l'horreur, la négation du « fait » Normand, alors qu'il serait si simple et naturel de reconstituer une véritable région Normande.
Nous sommes peut-être, aux yeux de ces gens-là de doux rêveurs irréalistes. Qu'importent pour eux l'Histoire et les sentiments ! Ernest Renan, qui n'était pourtant pas normand n'a-t-il pas écrit : « Les hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du Passé » ?
Que ceux qui nous gouvernent s'inspirent de cela et qu'ils aillent dans le bon sens – celui de l'Histoire – afin que la Normandie profonde soit enfin une réalité : une Grande Normandie conforme à son passé comme â son destin...

« LE BOUES JAUN »
4ème série n°13 « SAINT DENIS » 1990

samedi

Rollon

L'O.D.I.N.-76 REND HOMMAGE A ROLLON

Le 21 septembre à l’ombre de l’abbatiale SAINT OUEN de ROUEN, l'O.D.I.N. commémorait la fondation de la Normandie, à l'automne 911, par HRÔLFR le MARCHEUR, chef viking. Devant un public intéresse et sympathique, la cérémonie débuta par un discours du président de l'O.D.I.N., J.-F. BOLLENS : la saga de ROLF inaugura l’épopée Normande, Le dépôt d'une gerbe aux couleurs du Duché-Royaume clôt la cérémonie à laquelle une vingtaine de militants et sympathisants Normands participait sous le regard intrigué mais approbateur des boulistes. L'équipe de l’O.D.l.N., ainsi que les participants, espère voir un public chaque année plus nombreux et vous donne rendez-vous l’automne prochain.
Gilles LEFEVRE

IL Y A 1 080 ANS. HRÔLLFR GANGER FONDAIT LA DUCHÉ DE NORMANDIE

«GANGER HRôLFR" Jarl, fils de Jarl, aventurier, banni, toi qui a marqué pendant trois cents ans notre terre de Normandie.
HRôLFR, intrépide, ombrageux et querelleur, païen barbare, seigneur de ROUEN, premier Duc de Normandie, qui a pris cette terre pour la hisser au niveau des puissances qui défient l'histoire.
ROLF, toi qui nous a légué le fier nom de Normands.
Si beaucoup t'accusent d'avoir été un pillard, peu savent que tu as été mieux que cela.
À l’automne de l’an 911 le roi de Francs confirme la propriété de cette terre déjà Normande. C'est alors que se concrétise la lente imprégnation de deux cents ans où Celtes, Germains, Saxons, Francs, Vikings vont s'affirmer sous l’effet de ce révélateur Nordique qui caractérise si bien notre vieille nation.
Loin d'être un païen primaire, ou un pillard assoiffé d'or et de sang, ROLLON se révèle un puissant organisateur. Si il ne renie pas ses traditions, sa conversion au christianisme lui apporte le soutien de l'Église. L'audace scandinave, l’ordre chrétien, l’armature féodale irriguent le tissu social du premier État moderne européen.
Sa volonté avouée d'instaurer l'ordre Normand dans les pays réputés Normands, sa position d'arbitre et de gardien inflexible des lois incite les scandinaves à venir le rejoindre en Normandie pour participer â son entreprise.
Guerrier et connaisseur du prix des combats, il gére avec une fougue sourcilleuse la sécurité des biens et des personnes : à l'intérieur de la Duché de Normandie, la paix du Duc est une garantie de stabilité et de développement.
ROLLON réussit le pari de transformer une aventure en destin. Mais quel Destin, les Normands de ta Mer deviennent en vingt ans des Normands de la Terre : la Neustrie s'affirme Normande !
Cette Normandie si féconde qu'elle enverra ses fils conquérir des royaumes en Sicile, en Angleterre, en Orient, aux Canaries ...
ROLLON, le REÎTRE, le SOUDARD, a su comprendre que sans une assise large et solide, l'aventure Normande serait terminée cent cinquante ans avant HASTlNGS !
Honorer ROLLON flatte notre orgueil Mais son exemple est POLITIQUE, PRATIQUE et REALISTE.
ROLLON et ses compagnons ont conclu un marché avec l'histoire.
Leur adhésion au système carolingien est une formalité, ils ont gardé pour première religion leur confiance dans leur propre pouvoir.
De 911 a la mort de ROLLON en 932 cette première génération de Normands a su créer cet élan dont le dynamisme ne doit pas tarir.
Marins et guerriers n'ont jamais cessé d'être paysans et marchands, aimant gagner dans tous les sens du terme. Sages et fermes, les successeurs de ROLLON ne déméritent pas tant qu'ils défendent qu'ils sont avant tout Normands d'où qu'ils soient de Normandie.
Le destin, le génie des Normands ne sont jamais si grands que lorsque leurs chefs sont ambitieux pour leur peuple, leur nation.

ROUEN, jardins de SAINT OUEN,
le 21 septembre 1991,
Jean-François BOLLENS