On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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jeudi

La reconstruction de la ville du Hâvre

Fondée en 1517 par le roi François Ier, la ville du Hâvre s'est beaucoup développée au cours de la seconde moitié du XIXème siècle.

Aux vieux quartiers Saint François et Notre-Dame s'étaient ajoutés :
     -- le Centre Administratif et le Quartier des Affaires situés dans un périmètre délimité par la Gare, la sous-préfecture, la Bourse, le Bassin du Commerce et l'Hôtel de Ville,
     -- une partie commerçante et culturelle avec la rue de Paris, les musées, le Théâtre et le quartier des Halles Centrales,
     -- une partie résidentielle, quartier Saint Joseph, boulevard François Ier, boulevard Foch et Jardin Saint Roch.

La seconde guerre mondiale a été cruelle. Après de nombreux bombardements, allemands en mai-juin 1940 et alliés à partir de septembre 1940, le centre ville a été anéanti, le 5 septembre 1944, par des milliers de tonnes de bombes. Cent cinquante hectares étaient rasés. Seule la sauvegarde de l'église Notre-Dame pouvait être envisagée.

À soixante et onze ans, Auguste Perret, un des grands maîtres du béton armé, fut alors nommé Architecte en chef de la reconstruction. Autour de lui s'est constitué un atelier composé de dix-huit architectes choisis parmi ses disciples.
En septembre 1946, le plan d'urbanisme est adopté. La densité de différents quartiers est rééquilibrée. Le plan-masse est constitué d'Îlots implantés et construits selon une trame carrée de six mètres vingt-quatre.
Chaque îlot est étudié en fonction d'un ensoleillement maximal et d'une protection contre les vents dominants.
La réalisation a nécessité une politique nouvelle de remembrement et de copropriété. Les propriétaires sinistrés sont regroupés au sein de la Société Coopérative de Reconstruction François Ier.

 En mars 1947, commençait la construction des I.S.A.I. (Immeubles sans affectation individuelle) situés au Sud de l'Hôtel de Ville.
II s'agit d'un ensemble constitué d'immeubles bas et de six tours où Perret a mis en œuvre ses théories.
Construction d'une grande ordonnance de volumes sobres bien affirmés ayant la tenue et la sûreté des proportions d'une œuvre classique. Adoption de modules adaptés à l'échelle de la ville et des logements.

L'ossature, traitée en béton bouchardé, est agrémentée de colonnes avec chapiteaux très stylisés et de balcons continus harmonieusement répartis sur la hauteur.
Les remplissages sont constitués de cadres de baies et de plaques de béton colorées par des agrégats noyés dans la masse.
Avec l'Hôtel de Ville et sa tour de cinquante mètres de hauteur, achevé en 1958, quatre ans après la mort d'Auguste Perret, il y a création d'un grand ensemble harmonieux avec des bâtiments qui se découpent dans un ciel célèbre par ses coloris variés.
Les îlots de la rue de Paris, du front de mer Sud, de l'avenue Foch, et de la Porte Océane sont construits selon le même principe, mais sont marqués par la personnalité des différents architectes.
La tour de l'église Saint Joseph qui atteint cent six mètres de hauteur met un accent sur cette reconstruction exemplaire d'une grande unité, exempte de monotonie.

Pendant les travaux et après l'achèvement, en 1963, l’œuvre a fait l'objet de nombreuses publications. Des visiteurs français et étrangers sont venus pour admirer cette ville nouvelle considérée comme la plus grande réussite de la reconstruction française.
II fallait faire vivre cette œuvre harmonieuse, cartésienne, d'aspect un peu froid et austère, réalisée en quinze ans.
La ville n'a pas connu le développement espéré.
Depuis quelques années, des dispositions sont prises pour donner de l'animation.
Les abords de la place de l'Hôtel de Ville se transforment, la rigueur et l'unité disparaissent.

II y a un équilibre à trouver pour donner, sans le défigurer, de la chaleur à cet ensemble architectural qui est une réussite et qui doit servir de centre de développement de la cité magnifiquement située dans un cadre apprécié des artistes.
Jacques NEUVILLE

mardi

Cinquante ans de luttes

Si l'annexion des pays Baltes par l'Empire Soviétique fut un fait historique incontournable, sa valeur face aux principes du droit international n'en demeure pas moins contestable. Forte de la place qu’elle tient au Conseil de sécurité de l'O.N.U., l'U.R.S.S. a pu se préserver des sanctions qui auraient du accompagner cet acte illégal. Seule là volonté farouche de Nations conscientes de leur identité a permit aux États Baltes de faire valoir leur droit à exister souverainement.
Le partage d'un butin
La signature du Pacte Germano-Soviétique, le 23 août 1939, par Ribbentrop et Molotov avait comme vocation principale la ratification d'un accord de non-agression entre deux puissances régionales dont nous savons ce qu'il adviendra Mais pour asseoir ce principe, il fallait définir les zones d'influence respectives sur une région où les signataires étaient en concurrence. Ce sera l'objet d'un protocole, tenu secret, abandonnant l'Estonie et la Lettonie aux Russes et la Lituanie aux Allemands. C'est seulement le 28 septembre 1939 que la soviétisation de cette dernière sera acquise. Une nouvelle convention sera signée : l'Allemagne cède ses « droits » sur la Lituanie contre une rançon de 7,5 millions de dollars-or. II faut rappeler que les républiques Baltes étaient alors souveraines. Seuls les représentants de ces États avaient compétence pour engager, ou limiter, leur souveraineté. De plus cet accord – de par son effet relatif inhérent à toute convention – n'est opposable aux États non signataires. Les soviétiques ne pouvaient donc s'appuyer sur ce traité pour porter atteinte à l'existence de ses voisins. Pour ne pas choquer les pudeurs du droit international des « nations civilisées » il leur fallait donner une façade honorable à une conquête déjà acquise dans son principe.
De la soviétisation au rattachement à l'U.R.S.S.
Fin 1939, les Russes, après avoir obtenu des Baltes un traité d'assistance mutuelle face à la « menace nazie », obtiennent la possibilité de stationner leurs troupes chez les cosignataires En juin 1940, prétextant d'incidents mineurs, l'U.R.S.S. envahit les trois républiques Baltes. En fait d'assistance, il s'agit d'un acte de guerre. Moscou dissout les parlements, fait élire des députés pro-russes. Le 21 juillet, la Diète Lituanienne demande son rattachement à l'U.R.S.S. ; la Lettonie et l'Estonie suivront le même simulacre. La régularité de tels actes n'est pas fondée. D'éventuels « incidents » entre alliés ne peuvent justifier une invasion et ne peuvent constituer de « casus-belli ». Quant à la responsabilité des différents parlements, elle est, évidement, non avenue. L'efficacité de ces actes n'en sera pas moins assurée par la violence de l'occupation des pays et le silence gêné des démocraties occidentales face à leur allié de la seconde guerre mondiale.
Vers une souveraineté recouvrée
Ne pouvant compter sur les vertus du Droit international, les Nations baltes, fortes de leurs identités, profitent de la Glasnost et des faiblesses dialectiques de l'Union pour affirmer une indépendance à laquelle elles n'ont jamais renoncé. Le 16 novembre 1988, le Soviet suprême estonien proclame sa souveraineté et prévoit une procédure de contrôle des lois et actes normatifs de l'U.R.S.S.. Le 18 mai 1989 le Soviet suprême lituanien proclame, à son tour, sa souveraineté, mais allant jusqu'à considérer expressément l'U.R.S.S. comme un état tiers. Le 28 juillet c'est à la Lettonie d’emboîter le pas. Commence alors un formidable « bras de fer » avec Gorbatchev, partagé entre la volonté des Russes à maintenir l'Union et la nécessité des ne pas déplaire aux occidentaux qui redécouvrent les républiques baltes. Le 7 février 1990, le Soviet suprême de Lituanie réaffirme sa souveraineté en déclarant illégale la déclaration d'entrée dans l'Union du 22 juillet 1940.
Cette volonté sera récompensée après l'échec du putsch des « complexes militaro-industriels » d'août 1991 et l'émergence d'un nouveau courant représenté par Boris Eltsine.
Marc LESALIEN