On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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dimanche

La France d'Ancien régime : Généralités

Avec une population de vingt-six millions d'individus, la France de Louis XVI détient démographiquement la première place des pays européens. Le royaume ne recense que cinq millions sept-cent-mille citadins et les parisiens atteignent péniblement le nombre de six-cent-quinze mille âmes.
La France s'éveille à la mécanisation. À côté de ses manufactures et de ses arsenaux royaux apparaissent diverses industries que subventionnent d'importants seigneurs et d'opulents bourgeois. Cependant, de sérieux obstacles freinent l'essor des établissements nouveaux. D'abord, la rareté des banques, l'absence d'une Banque d'État analogue à celle fonctionnant outre-manche, et le défaut de papier monnaie. Ensuite, le traité d'Eden-Rayneval, signé en 1786 qui permet aux Britanniques d'inonder le marché de leurs marchandises. Mettant en parallèle les Bourbons et les souverains anglo-saxons beaucoup d'historiens dénoncent l'indifférence des Capétiens à l'évolution économique. La condamnation se nuance : il est indéniable que la politique de la Couronne dénote plus une vision particulière du monde qu'un manque de clairvoyance pratique.
L'Anglicanisme ne stigmatise pas le trafic d’argent ; mieux, il considère les fortunes issues de lui ainsi qu'une marque de prédestination divine. Le Catholicisme jette l'anathème sur les banquiers. Les Bourbons abordent précautionneusement l'ère du profit matériel. Ils s'affirment les gardiens attentifs des valeurs spiritualistes et chevaleresques.
La royauté française est absolue, mais les lois du roi sont révocables et réformables. Deux bornes les contiennent : « les Lois Fondamentales du Royaume », qui sont imprescriptibles, et « les Institutions Coutumières », qui règlent le quotidien des provinces, des cités, des corporations et des gens. Les Parlements et les États Provinciaux veillent au respect des antiques libertés. On dit les libertés comme on dit les peuples. C'est une conception positive, réaliste et organique.
La société d'Ancien Régime ignore la notion de classe. Ses membres jouissent d'une aisance différente suivant les services qu'ils rendent, les charges qu'ils occupent, les travaux qu'ils accomplissent, les talents qu'ils exploitent. Le service et la charge engendrent des privilèges le plus communément honorifiques, qui règlent la vie sociale des trois Ordres.

Le clergé comprend cent-trente mille personnes, réparties sur cent-trente-cinq diocèses. Les prélats affichent en majorité des idées philosophiques incompatibles avec leur sacerdoce. Les simples tonsurés voient quelquefois le bénéfice de leur cure les hisser de la misère à la pauvreté. Les vingt-mille moines et les quarante-mille religieuses subissent les diatribes des philosophes, les critiques des économistes. L'éclatante prospérité masque la précarité trésorière de l'« Église en France » qui frôle le déficit. La Dîme permet difficilement d'acquitter le « don gratuit » voté au roi tous les cinq ans.
Quatre-vingt-deux-mille familles constituent le deuxième ordre. La noblesse d'épée s'acquiert à l'exercice du métier des armes. La noblesse de robe s'obtient en remplissant une charge ou un office. La noblesse de cloche dérive de l'acceptation de responsabilités municipales majeures. La noblesse, qu'accule à la gêne les prohibitions professionnelles, réagit aux alentours de 1780. Cette « réaction nobiliaire » achève d'irriter le Haut-Tiers impatient de considérations et froisse le paysan. Les Droits féodaux, de faible rendement, humilient plus encore qu'ils ne blessent.
Les nobles se flattent entre eux de l'ancienneté de leur lignage, contrastent par leur train de maison. Les hobereaux, l'agriculture ne déchéant point, sèment, récoltent, partagent les conditions de vie des paysans dont ils sont les voisins.
Fondement d'un système social où le sacrifice prévaut sur l'or et l'égoïsme, la noblesse proclame son identité avec maladresse. Novatrice ? Conservatrice ? Elle est sourde aux grondements de l'orage qui approche.
Le Troisième Ordre regroupe les roturiers, inégalement nantis :
Dans les villes réside la Bourgeoisie, et distinguée d'elle la Plèbe des domestiques, manouvriers et indigents. Les hauts bourgeois s'adonnent à la finance ou à l’industrie ; ils traitent en leurs hôtels les écrivains et les artistes. La Bourgeoisie méprise conjointement la populace des rues et la paysannerie. Envieuse, elle aspire à évincer la noblesse des honneurs.
Les « manants » – du latin maneo : celui qui tient – se répartissent en quatre catégories : laboureurs, fermiers, métayers, valets et journaliers. Le campagnard est aussi cabaretier, bûcheron, sabotier, voiturier, maréchal-ferrant, colporteur, et concurrence les humbles qui peinent aux tâches indispensables à l'équilibre rural.
La paysannerie tient quarante pour cent du sol où la pénurie d'engrais motive l'usage de la jachère. Les villages conservent des biens communaux accessibles à chacun. Les progrès que préconisent les Intendants Provinciaux et les Physiocrates inquiètent : suppression de la jachère, prairies artificielles, partage des communaux, autant de changements dont on ne comprend guère la finalité.
Le roi, dépositaire des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, supervise conseils, bureaux et commissions. Mais, dans les provinces la loi se modifie. On ne peut faire un pas sans trouver des lois différentes, des privilèges de toutes espèces. La loi s'adapte aux particularismes des Pays d'État et des Pays d'Élection.
Dans les Pays d'État, les États Provinciaux se préoccupent de préserver la spécificité des traditions que deux-cent-quatre-vingt-cinq coutumes perpétuent au nord de la Loire.
Dans les Pays d'Élection huit Parlements, dont celui de Rouen, vérifient les lois, jugent en dernier ressort et rendent les arrêts d'administration publique.
Les circonscriptions administratives ne coïncident pas. Les six diocèses, les trois généralités de Normandie, les gouvernements militaires et les baillages se chevauchent. L'Intendant est roi dans sa province. Les Parlements, les États, le Lieutenant-général, rognent son omnipotence.
Le fisc prélève deux sortes d’impôts : l'impôt direct, sur le revenu et sur les biens. L'impôt indirect, les Aides, les Traites et la Gabelle. Le mode de perception de ces impôts varie selon la province. Le clergé est exonéré des impôts directs, la noblesse de la Taille. L'Intendant répartit l'impôt entre les paroisses. Les populations exècrent les agents de la Ferme et les préposés à la répression de la fraude : les gabelous suscitent des haines inexpiables.
Le bonheur français commence à se dégrader en 1778. Les trop belles moissons provoquent l'effondrement des cours. La libre circulation des grains n'enrayera pas la catastrophe céréalière. En 1785, la sécheresse fane les herbages. La détresse des campagnes se répercute sur l'industrie et les fabriques.
Afin qu'ils l'aident de leurs suggestions, le monarque convoque le 22 février 1787 cent quarante-quatre notables. Le 25 mai, les « sages » ne lui proposeront rien de concret. En 1789, Louis XVI, répondant aux souhaits des libéraux, convoque, le 1er mai, les États-généraux. Aussitôt le Tiers exige le doublement de sa députation, et le « vote par tête » à la place du coutumier « vote par Ordre ». Le 4 août, les États-généraux, devenus Assemblée nationale, abrogent les privilèges des provinces, jugés « féodaux ». L'Assemblée nationale morcelle la France en quatre-vingt-trois départements ... devenus égaux en droit mais surtout isolés devant la puissance de Paris qui s'arroge l'exclusivité du civisme.
Francois Delaunay

La révolution française en Normandie

Si la Normandie a semblé, aux heures riches de son histoire, être un acteur intellectuel, social et économique, force nous est d'admettre que ce n'est pas le cas de la période révolutionnaire, à ce titre il vaut mieux, effectivement, parler de révolution « française » que de révolution en Normandie.

En 1771, le chancelier Maupeou, parisien d'origine et de tradition, supprime les Parlements provinciaux. Celui de Rouen se trouve remplacé par deux « Conseils supérieurs » siégeant l'un à Bayeux et l'autre à Rouen. La Normandie se trouve coupée en deux par la volonté du pouvoir central, fidèle à l'adage « diviser pour régner ».
Le geste de Maupeou suscite une nuée de pamphlets. Le plus curieux, intitulé « Manifeste aux Normands » est indéniablement teinté d'autonomisme. L'auteur rappelle les privilèges de l'Échiquier, les dispositions du Coutumier et les engagements de la Charte aux Normands. Selon lui, il y a violation unilatérale du contrat qui unit la Normandie au royaume de France et il faut en tirer les conséquences. La riche Normandie dont parlaient les Encyclopédistes est touchée par la crise et Louis XVI décide de lui apporter le réconfort de sa personne en juin 1786. Notre province compte alors plus d'un million huit cent mille habitants et paye chaque année cinquante et un millions de livres d'impôts.
Trois mois après, en septembre 1786, est signé le traité d'Eden Rayneval entre la France et l'Angleterre. Les tarifs douaniers sont abaissés, mais la Grande Ile possède une avance technique qui ruine les manufactures textiles normandes. Les ouvriers, réduits au chômage, forment des bandes errantes. Cette crise industrielle s'accompagne d'une chute des prix agricoles en 1777 suivie d'une flambée des cours l'année suivante, succession d'un été trop pluvieux à un été trop sec.
Le roi réunit, en 1787, l'assemblée des grands notables du royaume. Les représentants normands, menés par le duc d'Harcourt, font état de la Charte aux Normands. Ils exigent son respect intégral et manifestent un esprit très particulariste devant toute tentative de solution absolutiste.
Les parlementaires, menacés par la réforme « Lamoignon » prennent le relais des grands privilégiés. Ils défendent leurs propres intérêts, mais réalisent un front uni d'opposition qui va des plus grands aux plus humbles. L'annonce, dès l'été 1788, de la convocation des États-généraux provoque un grand mouvement d'espoir. Les normands de toutes les classes sociales aspirent à de profondes réformes. La Normandie, tout entière, espère. La noblesse et le clergé rédigent des cahiers de doléances dans le cadre du baillage ; le tiers dans le cadre de la paroisse ou de la corporation. Très vite des divergences apparaissent entre les ordres, mais il est significatif que l'allusion à la Charte aux Normands et aux libertés provinciales se retrouve aussi bien chez les humbles que chez les nobles. Le tiers état, dans la paroisse de Saint Martin de Maromme, dans le baillage de Rouen, demande ainsi « que la province soit réintégrée dans ses droits qu'elle a droit de réclamer ; que les États provinciaux soient rétablis ; que la Charte normande soit respectée et exécutée en tout ce qu'il n'y aura point de contraire aux articles ci-après ».
Au printemps 1789, on voit apparaître des cahiers consacrés au quatrième ordre, celui des silencieux et des mal-nourris. Une brochure, datée du 29 avril 1789, « La mort du tiers-état », porte en sous titre « Plaintes que présentent au Roi les bourgeois de la ville de Rouen, au nom des malheureux de toute la province de Normandie ». Ces cahiers dénoncent les abus, les privilèges, les inégalités ... La cassure est profonde entre la bourgeoisie et le peuple qui s'adresse à « la sollicitude paternelle de notre auguste monarque ». La grande peur de l'été 89 atteint peu la Normandie, sauf dans les campagnes d'Alençon et de Falaise. Cette rupture va se traduire en émeutes au moment où le prix des grains devient insupportable : à Rouen, dans la nuit du 11 au 12 juillet, au Havre et à Caen le 15 juillet.
À Rouen, la bourgeoisie locale forme une municipalité nouvelle sous la direction du libéral marquis d'Herbouville. L'émotion populaire aboutit à la naissance d'un pouvoir bourgeois ... Mais, le 4 août, la municipalité demande au gouverneur de Normandie de réprimer de nouvelles émeutes.
Désormais tout va se décider à Paris. Les députés normands sont en général très désireux de profondes réformes, mais dans le calme et l'ordre. Les travaux de la Constituante vont marquer une rupture avec l'ancien ordre des choses et décevoir les tenants du particularisme de la Normandie. Avec les privilèges de la noblesse on va aussi abandonner, dans la nuit du 4 août, les libertés des provinces. La Normandie se voit morcelée en cinq départements et perd sur la rive droite de la Bresle deux douzaines de communes. Désormais, face à un pouvoir qui se voudra de plus en plus unificateur, l'esprit communal va remplacer l'esprit provincial. La résistance normande, face à l'autoritarisme et à la centralisation, se trouve émiettée, atomisée.
Le 12 juillet 1790, la constitution civile du clergé supprime les évêchés d'Avranches et de Lisieux. Le concordat impose au clergé de prêter serment de fidélité à la Nation. La division s'établit pour moitié entre prêtres constitutionnels et réfractaires.
Quand s'achève la première partie de cette révolution, les espérances normandes restent intactes. La bourgeoisie, enrichie par la vente des biens nationaux, semble la grande bénéficiaire de l'opération. Les normands sont satisfaits, tout c'est passé dans l'ordre et dans le calme.

d'après Jean MABIRE et Jean - Robert RAGACHE
HISTOIRE DE LA NORMANDIE, éditions FRANCE EMPIRE, 1986

Des batailles sans larmes

L'examen des cahiers de doléances révèle des préoccupations d'ordre, institutionnel pour moins de la moitié des thèmes, social pour le quart des thèmes, économique pour un cinquième, et se plaçaient sous la bienveillance paternelle du monarque, alors que les idées nouvelles accusaient la faible pénétration des doctrines, trois pour cent pour les droits de l'homme et contre l'arbitraire.
Garante de stabilité, d'ordre et d'apaisement social, l'assemblée législative plaît aux normands. Les représentants normands se veulent des hommes pondérés, à l'image de leur province, plus empreints de bon sens que d'idées réellement nouvelles. Ils n'ont rien compris aux doléances sur les libertés provinciales et la tourmente parisienne les distraira de la revendication normande.
Le 5 novembre 1791, quatre-vingt-quatre caennais, regroupés sous le nom de Coalition Normande, sont arrêtés pour complot anti révolutionnaire. Les autorités municipales demandent la grâce de tous ces inculpés. Entre l'accueil enthousiaste des États généraux et les princes de la révolution parisianiste c'est un premier déphasage. La tension monte et, le 20 avril 1792, pour minimiser les effets désastreux du marché noir qu'enrichit les spéculateurs, est déclarée « La Guerre contre tous les Tyrans » ; le 4 septembre, le duc de La Rochefoucauld est assassiné à Gisors ; c'est une version locale des massacres de septembre, la Normandie commence à s'inquiéter. Après la suspension du roi, on élit une nouvelle assemblée : la Convention. Montagnards et Girondins incarnent les vertus du jacobinisme et du fédéralisme. Provinces contre Paris, légalisme contre extrémisme, enracinement contre centralisme ; ici le débat qui sourd depuis Richelieu prend sa dimension contemporaine : « la Liberté ou la Mort », le slogan vaut dans les deux camps, la victoire de la vertu contre la vie du traître, l'idée paraît simple, elle ne cessera de s'imposer lors de tous les bouleversements à venir.
La mort de Louis XVI, votée par vingt-deux députés de Normandie sur soixante-quatre, ainsi que les directives parisiennes, contre le clergé entre autres, mécontentent les Normands qui ne comprennent plus la succession des événements que comme la confiscation croissante du pouvoir par les parisiens. Le refus de cette dictature conduit de la méfiance à une hostilité ouverte. Le conseil général du Calvados adresse à l'assemblée une pétition qui affirme que : « les citoyens n'ont pas applaudi à la chute d'un tyran pour ramper sous le despotisme municipal de Paris », et les jacobins de Caen rompent leurs relations avec ceux de la capitale. Les Amis de la Constitution de Saint-Lô reprochent aux Conventionnels de se laisser dominer par Paris et ses « brigands altérés de sang ». De Lisieux, on leur écrit : « Vous avez forcé, par vos principes anarchiques et liberticides, la majorité des patriotes à vous abandonner » Le trio Marat-Robespierre-Danton est attaqué : « La France n'est pas dans Paris ; elle est formée de quatre-vingt-quatre départements », et ouvertement menacé « c'est la Patrie en habit de deuil qui vous parle par notre voix ». Jusqu'alors les Normands se contentent de condamnations épistolaires, mais ils menacent de passer aux actes pour que la Convention retrouve sa liberté. Caen devient la capitale du mouvement fédéraliste. Mais dans le département les insurgés sont loin de faire l'unanimité et dans la Normandie reçoivent un soutien de principe ou un refus prudent. Au terme d'un mois de discussions, le mouvement fédéraliste n'arrive pas à se structurer, l'enthousiasme populaire est absent.
Face au mouvement la Convention réagit d'abord politiquement : décrets d'accusation, suspensions, transferts de chef-lieu de département, préludent à une lutte économique contre l'approvisionnement de la capitale que les conventionnels contreront par un embargo sur le grain et les farines vers la Normandie. Puis, une force armée, composée de parisiens, est complétée de gardes nationaux de Gaillon, Gisors, Vernon et des Andelys. Il est temps que le gouvernement réagisse car les insurgés sont enfin passés à l'action. Le 22 juin, une avant-garde fédéraliste quitte Caen pour rejoindre Pacy-sur-Eure le 1er juillet avant de rallier Vernon le 13 du même mois.

Jacques Louis David Portrait présumé de Jean-Baptiste-Robert Lindet, 1795
Successivement procureur-syndic, député à la Législative et à la Convention, chargé de la commission des Vingt et un, de rédiger un rapport sur les crimes imputés à Louis XVI ; il vota la mort sans appel et sans sursis. Membre du Comité de Salut Public, il montra une grande modération. Amnistié sous la Terreur ; acquitté à la suite de la conspiration de Babeuf, il mourut à Bernay en 1823.

À Vernon, la situation des républicains est loin d'être brillante: « Nous sommes sans chef, sans plan déterminé et sans pain » écrit Duroy à Lindet. Le combat se déroulera en fin de journée, avec quelques coups de canon et une débandade des deux côtés, à Brécourt. Cette bataille « sans larmes », car il n'y eut aucun mort, sonnera le glas du fédéralisme « normand ».
Pacifistes ou juristes ? Les fédéralistes, excellents « phraseurs », hommes de tribune, ont atteint leur seuil de compétence. Républicains, mais surtout modérés ils n'ont su assumer les conséquences de leurs premières décisions. Certains se prétendirent « dupes ». Mais de qui ? Des députés Girondins réfugiés en Normandie ? Des chefs militaires auxquels ils ne voulaient pas obéir ? En fait l'échec du fédéralisme s'explique par un manque d'enthousiasme populaire pour aller, même si c'est une marotte de républicains, mourir à la guerre.
Pourtant, ce même 13 juillet, une jeune Normande, Marie-Anne Charlotte de Corday d'Armont prouve, comme les antiques héroïnes de sagas, qu'une femme peut commettre une geste de vengeance et d'honneur. Elle a compris que les circonstances exceptionnelles exigent des mesures exceptionnelles. Mais son acte sera quand même dénoncé par un agent royaliste comme une erreur : Marat était trop nécessaire pour semer la division chez les républicains.
d'après gabriel DESERT
La révolution française en Normandie Bibliothèque Historique Privât

Chouans de Normandie

La chouannerie met en jeu les notions de révolution, d'évolution et de contre-révolution, dans un siècle ponctué de soulèvements populaires et de réactions. L'approche du phénomène « chouan » révèle deux composantes, l'une ethnologique, le chouan est un sauvage au sein d'un monde moderne, l'autre historique, les insurgés ont donné lieu à des interprétations divergentes et idéologiquement tendues de l'histoire.
Si la chouannerie a longtemps paru comme un phénomène marginal, donc peu susceptible d'intérêt pour l'historien sérieux, aujourd'hui l'histoire a découvert l'intérêt du minoritaire et du marginal.
L'importance de la révolution de 1789 n'est plus à démontrer. Qu'on la maudisse ou qu'on la magnifie, la Révolution française est une charnière incontournable de l'histoire de France, le pivot qui fait brutalement passer de la monarchie à la république, c'est une évidence, mais, et surtout, du privilège à la loi, de la diversité des coutumes au centralisme. La Révolution française est bien cela, et sèchement cela : française, donc abstraite. L'homme y tient une place presque accidentelle, et tous les penseurs de La Révolution, de Droite comme de Gauche, ont fait reposer leurs analyses sur des systèmes, jamais, ou presque sur ceux dont elle voulait faire le bonheur, même malgré eux. Mais, on l'oublie trop souvent, la révolution française n'a été qu'une affaire d'hommes, conscients ou non de l'importance des événements, qui ont agit et réagit en fonction de leur foi, leurs intérêts ou leur fidélité. Le fait le plus remarquable de la chouannerie est qu'elle ne se manifeste qu'en réaction à un ordre que représentent les envoyés des villes. La France du dix-huitième siècle est rurale et supporte mal ces nouveaux riches qui singent les grands tout en refusant de maintenir leurs manifestations de libéralisme débonnaire. Le bourgeois, qui a renié la terre, est ressenti comme un intrus, le commissaire-citoyen comme son obligé. C'est la levée en masse qui, causant les premières désertions, provoquera les premiers mouvements chouans : « Si c'est pour leur guerre, qu'ils y aillent » est une phrase qui est devenue une ritournelle. Et quitte à se battre, autan le faire chez soi qu'au loin. La Vendée qui prenant les armes et cherche désespérément ses chefs en est un exemple. Les nouveaux capitaines sortis du lit, comme Charette venu en Poitou mettre sa famille à l'abri des fureurs parisiennes, en sont la triste démonstration. Néanmoins, les chefs chouans apporteront, en plus des techniques militaires, le vernis idéologique à une vieille rancœur qui ne demandait de son côté qu'à s'assouvir.
Chouans,
d'après une vignette de propagande d'Action Française

Devenus « chasseurs du roi » dans une Grande Armée Catholique et Royale, les paysans du Bocage et des massifs forestiers s'affrontent contre les Bleus des villes dont l'uniforme n'est pas sans rappeler celui des gabelous détestés. En tant que sauvage, le chouan aurait dû être le « troisième larron », plus peuple que les républicains, plus passéistes que les monarchistes. Seulement les circonstances l'ont conduit sur le chemin de la rébellion. Les prés communaux ont été vendus comme Biens nationaux, les Biens nationaux ont profité aux bourgeois. Les rêves des cahiers de doléances se sont envolés devant les effets de manches des beaux parleurs des villes, et le curé de la paroisse, bien souvent né dans le canton, a été remplacé par l'intrus dont personne ne se sent familier.
En Normandie, plus particulièrement, les premières émotions notables ne se situent pas en 1793, mais connaissent leur apogée en 1796, sous les ordres du Comte de Frotté. Ce dernier, demeuré longtemps dans l'expectative, ne prend place dans la chouannerie qu'après que l'épopée vendéenne soit venue s'écraser sur les remparts de Granville. Il s'agit en fait d'un officier plus ou moins affilié à la franc-maçonnerie de l'époque et de surcroît protestant, qui incarnera les espoirs tardifs du combat catholique et monarchiste.
Nos gens sont longs à prendre parti, mais l'histoire des révoltes normandes explique plus que certainement l’attentisme : on agit lorsque qu'il n'y a plus d'autre alternative. Les réquisitions de chevaux, de main d'œuvre, les atteintes à la propriété collective des paroisses, mais aussi privée lorsque le cours du blé est fixé à vil prix, l'incompréhension de Paris et de ses représentants vis à vis de populations sur la défensive, auront fait plus pour développer la chouannerie, en définitive, que les changements de la révolution.
Jean HALOT

L’histoire de France, ou une mémoire mutilée

Ces années de « commémoration » des événements marquants qui illustrèrent la révolution française ramènent au jour, bien involontairement sans nul doute, un phénomène constant dans l'appréciation et l'interprétation de l'histoire événementielle « officielle ». En effet, les zélateurs de l'idée de la république-une-et-indivisible ou les tenants de l'héritage capétien de « droit divin », qui ne saurait donc être morcelé, se retrouvent sur ce point précis: l'histoire de la « nation française » est identique pour tous ses constituants actuels, ce qui signifie pour ceux-ci qu'un événement aurait donc eu la même répercussion d'un bout à l'autre du territoire, avec, comble d'ironie « effet rétroactif » pour les régions incorporées à l'Hexagone ultérieurement, telles que le Comté de Nice, peu concerné, à l'époque par le grand chambardement français, avant que les armées de la Convention ne viennent, fraternellement, lui apporter les lumières que ses habitants ne souhaitaient pas forcément recevoir !
Donc, la notion d'histoire régionale, fût-elle en réalité l'histoire d'authentiques nations aux racines parfois plus anciennes que celles du grand amalgame français, doit être niée, oubliée (Euzkadi, vous avez dit Euzkadi ? !) Ainsi le veut le dogme « officiel » et avec le soutien, ô combien actif ! du système éducatif, la complicité, active ou passive, des médias de toutes natures, à quelques trop rares exceptions près néanmoins telle que quelque radio locale à vocation d'éveil culturel ou quelque magazine associatif comme celui que vous lisez, les nuances et particularités sont une fois de plus niées : Blancs d'un côté, Bleus de l'autre, sur un territoire bien défini et bien entendu intangible. Ainsi, par exemple, la Bretagne fut blanche et la Normandie bleue ... Louis de Frotté, Normand, et de famille protestante, était-il plus bleu que le général révolutionnaire Moreau, né à Morlaix en 1763 – à moins que Morlaix ne soit pas en Bretagne ? A la trappe, aux oubliettes de l'histoire ces empêcheurs de pontifier en rond. Aussi continue l'on à enseigner et à affirmer à de braves gens qui n'en peuvent mais, une histoire qui n'est pas la leur, ou si peu, mais qui est celle que certains voudraient qu'elle fut, même au prix de quelques entorses et contrevérités.
L'histoire de France, la vraie, est finalement beaucoup plus nuancée que celle décrite dans nos livres d'école. Elle est le résultat d'une mosaïque d'événements qui marquèrent plus ou moins telle ou telle région. Omettre de le reconnaître et de l'enseigner est une façon de mutiler la mémoire des peuples de France.
Quel avenir peut-on prétendre bâtir sur une telle conception du passé et de l'information ?
Tant que l'histoire ne sera pas relue pour enfin donner une juste notion des choses aux citoyens, l'avenir des régions restera hypothéqué.
Mais cette révision nécessaire ne doit pas être une décision « venue d'en haut ». Il est possible, si la volonté existe, que chacun reprenne conscience de son véritable héritage et replace alors à leur juste mesure les événements que l'on commémore et en tire ainsi les réels enseignements qu'ils sont susceptibles de nous révéler.
Christian Camille

lundi

Paris-Normandie est toujours capable...

« La Normandie sans aucun rapport », du 1er juillet,

Jean-Charles Gate n'hésite pas à impliquer notre responsabilité dans des « affaires » qui ne sont pas les nôtres et étale sur 230 centimètres carré de bon papier aux actualités régionales de ... Mantes Val Fourré dont les déboires en matière de chauffage nous laissent froids, tant ils ne concernent que les comptes de l'Ile de France.
Courageux, dans le même article, J.-C. Gate persiste avec les trous financiers du golf de Mers-les-Bains, mais les trous normands ont beau être célèbres et appréciés mondialement, ils n'ont rien de commun avec les trous picards, fussent-ils sévèrement condamnés par la Cour des Comptes.

Dans la même veine, Véronique Baud bouleverse les frontières de la Normandie administrative et situe allègrement le département de l'Orne en haute-Normandie. Notre consœur aurait-elle eu une crise de régionalite ?

Pour terminer en beauté le mois d'août, collectivement Mesdames et Messieurs Jean-Charles Gate, J G, Jacky Guyon, V R et Véronique Baud consacrent 46% de la page « actualités régionales » à des événements ayant eu lieu dans les départements des Yvelines et d'Eure et Loir.
Auraient-ils oublié de nous aviser que la Normandie annexait de nouveau les territoires limitrophes ?

Avec une telle équipe il n'y aura jamais de trêve au palmarès des betteraves, à moins que, avant que tout se gâte, Paris-Normandie n'offre des cours de géographie à ses collaborateurs. Les organisateurs de stages pratiquent des réductions aux entreprises pour des cessions collectives.


… du pire.

mercredi

1204-1450

Ces deux dates sonnent comme un glas.
Elles résonnent à nos oreilles, comme en nos cœurs, aussi douloureusement que 1944.
Ces deux jalons posés sur le chemin de l'histoire de la Normandie marquent les moments de notre aliénation. Notre destin mérite-t-il encore le noble qualificatif de « normand » ? Et dans l'affirmative, s'il est toujours vrai qu'en politique le désespoir est une sottise absolue, quels moyens voulons-nous laisser à nos enfants pour décider de quel sceau ils veulent marquer leur page d'histoire normande ?
À l'heure où un nouveau gouvernement, dans l'indifférence quasi générale, tente de mettre en place « allegro ma non tropo » une réforme du code de la nationalité dont on peut s'interroger sur les conséquences réelles ou espérées, force nous est faite de constater que l'homme de la rue se préoccupe de tout autre chose, malgré toute la bonne volonté des organisations caritatives, syndicales ou politiques, quand ce ne sont pas des ministres d'État qui récusent les élus de la Nation. Vu de la rue, la réforme du code de la nationalité anime un débat politique houleux. Comme toujours, les mouvements du panier de crabes de l'Assemblée Nationale monopolisent tous les regards, alors que les relations de l'homme de la rue, si elles ne font pas la Loi, n'en sont pas moins dignes d'intérêt, et, il y a deux ans, à peine, un tel projet de Loi aurait déclenché une émeute.
Une cinquantaine d'organisations, partis politiques et syndicats ont appelé à une journée d'action le 11 mai à Paris. La manifestation a réuni quelques centaines de personnes. Nous sommes loin des milliers de manifestants descendus dans la rue pour « protester » contre la mort d'un voleur de moto, tué par la police au terme d'une course poursuite dans une banlieue chaude.
Car vu de la rue, la situation n'est jamais la même que celle vue par la presse ou du haut du perchoir de l'Assemblée Nationale.
Selon un sondage CSA/Le Parisien, soixante-seize pour cent des français approuvent la suppression de l'automaticité de l'attribution de la nationalité aux jeunes nés en France de parents étrangers.
Si cela reflète assez peu le malaise de bien des français de souche qui, au fil des années, ont vu la nation accueillir à bras ouverts les immigrés, et qui voient aujourd'hui ceux-ci ne pas répondre aux espoirs utopiques que nos divers dirigeants ont fait miroiter, cela reflète bien mieux que trois-quarts des français n'oublient pas que ceux qui gouvernent ont été élus avec l'argent de ceux qui ont profité de la colonisation avant de se servir de l'immigration. Que vingt-cinq pour cent de la population résidente en France soit d'origine extra-européenne joue, à notre avis, fort peu dans les préoccupations de l'homme de la rue, de toute évidence plus intéressé par la baisse de son pouvoir d'achat, sinon par la remise en cause de son gagne-pain. Il ne faut pas se leurrer : si la réforme du code de la nationalité provoque si peu de réaction, c'est qu'il y a eu depuis quelques années un profond changement de mentalité dans la rue
Car vu de la rue, ce ne sont pas les chiffres des statistiques qui font la réalité quotidienne. Lorsque le sentiment d'insécurité s'accroît, ce sont des faits et non des courbes abstraites qui font monter la tension, et rien n'indique une prochaine et notable amélioration. Sans que la presse ne fasse cas des états d'âme du bon peuple, celui-ci approche lentement du ras le bol. Le fameux seuil de tolérance d'il y a quelques années a été largement franchi.
Pour ce qui est de la Normandie, il nous faut admettre que, si comme partout ailleurs en Europe, l'immigration peut-être un exutoire à l'exaspération de nos concitoyens, cette situation n'est pas à mettre au seul crédit des trente dernières années, loin s'en faut. Nous nous plaisons à rappeler que l'espace normand est un carrefour de civilisations, et, à ce titre, une terre d'accueil depuis sa plus haute antiquité. Jamais nous ne pourrons oublier que l'accueil a aussi évolué à certaines heures sombres de notre histoire [Normande, ndlr] : l'immigré des uns, est aussi le colon parti d'ailleurs... 1204 vit le remplacement des élites civiles normandes par des horzains attirés par la richesse non défendue du premier État moderne européen. 1450 fut le début de la substitution de nos élites intellectuelles, c'est à dire principalement le clergé normand, à ces deux dates nous pouvons ajouter l'exode rural commencé par la révolution industrielle et les saignées de 1914-1918 et 1939-1944 où nos populations, pour des intérêts stratégiques discutables, ont pu civilement participer à l'effort de libération. L'œuvre continue jusqu'à nos jours, puisque voici un an l'État français décidait de la fermeture de l'école de notariat de Rouen. Chose de peu d'importance, sinon que cette institution était la dernière à enseigner le droit normand sur le continent !
La réforme du code de la nationalité n'est qu'une manifestation supplémentaire d'un jacobinisme, version frileuse. Car, si la République Une et Indivisible avait compris que sa richesse réside dans la diversité, elle aurait su faire la différence entre citoyenneté et nationalité, elle aurait conservé un hexagone hérissé de libertés, et la société civile moins anémiée aurait été plus à même de « lutter contre » un phénomène qui n'est dangereux que par l'état de faiblesse d'une institution sclérosée.
À l'évidence, la réforme du code de la nationalité vient trop tard, les politiques peuvent débattre, la presse en faire écho, vue de la rue, une nouvelle loi laisse indifférents des peuples qui ont trop longtemps attendu.
Gilbert CRESPIN

mardi

Les grandes oubliées de l’Europe

Lors de la campagne du Referendum sur le traité de Maastricht, beaucoup de voix se sont exprimées sur la place de la France dans une Europe aux pouvoirs politiques plus étendus. Quelques opinions ont évoqué le déficit démocratique des communautés face au citoyen. Mais nulle voix ne s’est élevée pour défendre la place de nos régions au sein d’une Europe toujours plus intégrée. Que l’on ait voté oui ou non, nous avons exprimé un Credo face à un texte ambigu qui deviendra ce qu’en fera la pratique. Dans ce cadre aux contours brumeux, un régionaliste bien né se doit de tenter d’extraire de ce contrat social européen les éléments susceptibles de donner plus de vigueur à nos provinces. C’est ce que nous tentons de découvrir dans les domaines de l’éducation, formation, culture et représentation des régions.

Éducation, formation professionnelle et jeunesse : le texte reconnait la pleine compétence des États membres dans l’enseignement et l’organisation du système éducatif. Le problème demeure entier, c’est aux régions de compter sur elles-mêmes pour harmoniser les compétences à la mesure de leur participation financière.

Culture : le Traité énonce le principe de l’épanouissement des cultures des États membres dans le respect de leurs diversités nationales et régionales dans le cadre d’un héritage culturel commun. C’est un deux-tiers de bon point, si les cultures « nationales » sont confirmées, les sous-cultures régionales sont reconnues sans restriction et l’Europe s’affirme, enfin, comme un espace culturel commun.

Comité des régions : il est consultatif, composé de représentants des collectivités régionales ou locales nommées sur proposition des États membres. Les représentants doivent exercer leur fonction « dans l’intérêts général de la communauté ». Ce Comité des régions auquel nous avions confié (naïvement ?) beaucoup d’espoirs, ne sera en fait qu’un super Conseil économique et social, coopté par le fait du prince, et non un Sénat des régions. Si la dimension européenne est logiquement mise en avant, les régions ne s’y retrouvent malheureusement pas reconnues. Dans ce contexte, c’est aux régions d’exiger de l’État la liberté du choix de leur représentant auprès de cette instance.

L’Europe sera ce que les régions lui apporteront.
Gilbert Crespin