On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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mardi

11ème centenaire de la Normandie

Ce mardi 17 mai [2011], fête nationale de la Norvège, nous avons assisté, narquois, à une pénible parodie d’hommage « de rattrapage » effectuée à la volée et sans trop de conviction de la part du Maire de Rouen. Madame le Maire de Rouen nous a entretenus de vagues manifestations « colorées » de viking pour cette année sans plus s’appesantir sur la vacuité de son programme culturel qui aurait du être une fête de la mémoire avant de nous rappeler que les liens entre la Norvège et la Normandie existaient toujours puisque Rouen importait encore du bois de Scandinavie !

Si les Norvégiens du Lycée Corneille de Rouen et de la Faculté n’étaient venus, ç’aurait été une maigre petite cinquantaine de participants que nous aurions pu compter... y compris les Normands des associations qui ont répondu présent à notre appel : la Vague normande et le Bloc Identitaire, le Parti de la France et le Front national, la Causerie normande, des sympathisants et votre serviteur, (soit une vingtaine de personnes et donc vingt pourcent de cette prestigieuse assemblée) et seuls a faire fièrement flotter nos drapeaux normands en amicale réponse aux étendards norvégiens !

Nous aurions aimé compter dans nos rangs le Mouvement normand mais son inamovible président ayant manifesté sa préférence auprès du premier magistrat de la cité pour la distribution de petits fours qui s’ensuivait nous nous sommes passé de son patronage. Comme le disait un certain chant très célèbre, dans un couplet il est vrai aujourd’hui très occulté : « nous n’oublierons pas que nos balles sont pour nos propres généraux » (surtout lorsqu’ils sont d’une telle farine) ; exit donc les contre soixante-huitards en peau de pantalons... retournée. Sans un regard pour nos drapeaux, Didier Patte, son militant rouennais et leurs épouses suivirent benoîtement les édiles rouennaises tout en ignorant avec superbe les vrais normands qui attendaient que la police de madame le Maire les autorise à rendre un véritable hommage au père fondateur de la Normandie.



GANGER HRÔLFR, Jarl, fils de Jarl, Aventurier, banni, toi qui a marqué pendant 300 ans notre terre de Normandie.

ROLF, intrépide, ombrageux et querelleur, barbare, païen, pillard, seigneur de Rouen, premier duc de Normandie, qui a pris cette terre à bras le corps pour la hisser au niveau des grandes puissances qui défient l'histoire.

ROLF, toi qui nous marque encore du fier nom de Normands.

Beaucoup dénoncent ta condition de pillard, peu savent que tu as été mieux que cela.

À l'automne de l'an 911, le roi des Francs te confirme la propriété de cette terre déjà normande. Dès lors se concrétise une lente imprégnation de 200 ans où celtes, saxons, vikings mais aussi germains et francs vont s'affirmer sous les effets du révélateur nordique qui caractérise si bien notre vieille Duché.

Loin d'être un païen primaire, ou un pillard assoiffé d'or et de sang, ROLF se révèle un puissant organisateur. S'il ne renie pas ses traditions, sa terre est partagée " au cordeau " entre ses fidèles, sa conversion au christianisme lui apporte le soutien de l'Église. L'ordre chrétien, l'armature féodale, l'audace scandinave, irriguent le tissu social du premier État moderne européen.

Sa volonté avouée d'instaurer l'ordre normand dans les pays réputés normands, sa position d'arbitre et de gardien des lois incite les scandinaves à venir le rejoindre en Normandie pour participer à son entreprise.

Guerrier et connaisseur du prix des combats, il gère avec une fougue sourcilleuse la sécurité des biens et des personnes. À l'intérieur de la Duché de Normandie, la paix du duc est une garantie de stabilité et de développement d'inspiration normande.

ROLF réussit le pari de transformer une aventure en destin. Mais quel destin ! Les Normands de la mer deviennent en 20 ans des Normands de la terre au moment où la Neustrie se transforme en Normandie.

Cette Normandie si féconde qu'elle enverra ses fils conquérir des royaumes en Sicile, en Angleterre, en Orient, aux Canaries et c..

ROLF, le reître, le soudard a su comprendre que sans une assise large et solide, l'aventure normande serait terminée 150 ans avant Hastings !

Honorer ROLF flatte notre orgueil !

Mais son exemple est politique, pratique et réaliste.

ROLF et ses compagnons ont conclu un marché avec l'histoire.

Leur adhésion au système carolingien est une formalité, ils ont gardé pour première religion la confiance dans leur propre pouvoir.

De 911 à la mort de ROLF, cette première génération de Normands a su créer cet élan dont le dynamisme ne tarira pas.

Marins et guerriers n'ont jamais cessé d'être paysans et marchands, aimant gagner dans tous les sens du terme.

Sages et fermes, les successeurs de ROLF ne déméritent pas tant qu'ils défendent qu'ils sont avant tout Normands, d'où qu'ils soient de Normandie.

Le destin, le génie des Normands ne sont jamais si grands que lorsque leurs chefs sont ambitieux pour leur peuple, leur terre.


Ceci a déjà été dit ici, à Rouen, le 15.04.1991 !


20 ans après… il faut bien le reconnaître, cette profession de foi reste une liste « à la Prévert » !

Où en sommes-nous ?

Alors que toute la Normandie fête son onzième centenaire, la ville-phare, enfin celle qui se revendique telle, reste en marge de la liesse qui devrait être unanime dans toute la Duché !

« Rouen, capitale de la Normandie », ne serait qu’une vaine velléité ?

Non ! Hélas… Cette cité autrefois orgueilleuse néglige de fêter Guillaume, « oublie » Corneille et ignore aujourd’hui le souvenir de sa fondation !

Ce n’est pas un simple signe de faiblesse, c’est l’affirmation silencieuse que, si notre terre normande intéresse certains pour des raisons qui nous répugnent, les normands sont devenus indésirables chez eux !

« On a les élus que l’on mérite », c’est le principe même du système dans lequel nous vivons, à nous tous d’en tirer les conclusions et les conséquences qui s’imposent.

Ces horzains infligent à l’agglomération « Belle au bois dormant » leurs volontés révisionnistes de notre histoire, mais aussi, et encore plus, négationnistes de notre existence. Et il ne s’agit pas que de festivités mémorielles ! Où sont les moyens qui autorisent les Normands à vivre et travailler en Normandie ? Quels sont leurs bilans ? Une normalisation de démocratie « populaire » insidieuse et silencieuse étouffe toute volonté d’exister à ceux qui ont hérité d’une histoire que bien des États nous envient. Nous ferons l’économie de la liste des faux amis, des vrais ennemis et des fossoyeurs de notre histoire normande. Comme l’aurait pu dire maitre Pierre (Corneille) « le flux les apporta, que le reflux les emporte ». Mais la question demeure : qu’ont-ils fait de notre héritage ?

La Normandie c’est onze siècles d’histoire : plus que la France ou l’Angleterre, par exemple.

La Normandie c’est une multitude d’hommes et de femmes qui ont contribué à la vie et au développement de notre histoire normande, française et européenne. Pas de cette Europe de bureaucrates auto-désignés pour des intérêts qui n’ont jamais été les nôtres, ni même un quelconque intérêt général européen. Mais de cette Europe de l’esprit et de l’intelligence, du travail et des batailles, des campagnes et des beaux-arts.

Parce que cette Europe, tout comme la France, tout comme la Normandie, puisque c’est de notre histoire propre qu’il devrait être question aujourd’hui, s’est patiemment construite sur l’intelligence, la volonté, le travail et la sueur de nos prédécesseurs.

Et c’est bien pourquoi ceux qui nous gouvernent aujourd’hui entendent ne pas fêter ce genre d’anniversaire : venus de partout et de nulle part ils n’ont pour seul but que de nier les causes de nos richesses accumulées par des années d’efforts afin d’en mieux profiter en nous en spoliant, tout comme ils nous confisquent les manifestations qui devraient rappeler à tous que ce travail est notre héritage normand.

Si nous nous contentons aujourd’hui de fêter ce onzième centenaire de la fondation de la Duché, ç’aura été une manifestation sympathique, certes, mais juste une aimable réunion du souvenir.

La Normandie est une patrie et c’est même celle que nous avons hérité de nos pères, c’est de notre identité en tant que peuple normand qu’il est question aujourd’hui.

La question est maintenant : que faisons-nous de notre héritage ?

Thor Aïe !

Rouen, le 17 mai 2011.


Un toast a été porté à la mémoire de notre premier « Duc de Normandie » avant qu’un appel à se retrouver ce samedi 21 mai, toujours dans ces Jardins de l’Hôtel de Ville de Rouen, entre la statue de Rollon et la pierre de Jellinge, pour un pique-nique informel et spontané, afin que tous ceux qui n’ont pu se libérer un jour de semaine, aux heures de travail pour la plupart, puissent célébrer ensemble cet anniversaire normand.

samedi

Rendre le pouvoir au peuple ?

Comment fonctionne, aujourd'hui, en France, la démocratie ? La volonté du peuple peut-elle vraiment s’exprimer ? Le peuple exerce-t-il effectivement le pouvoir ? En réalité, de plus en plus, la volonté du peuple se trouve morcelée, son pouvoir confisqué, et son intérêt masqué. Les corps des classes intermédiaires évoluent comme l'aristocratie sous l'Ancien Régime : elles passent des services aux privilèges, et des privilèges aux prétentions. Elles se coupent ainsi progressivement du peuple. Conservatrices de leur propre pouvoir, elles freinent le progrès, notamment social, de la nation.

« Par définition, dit Yvan Blot, l'ensemble des consommateurs n'a pas de compétence particulière. Et pourtant il assure, par ses choix, une régulation de l'économie très supérieure à celle des planificateurs de l'État. En effet, le mécanisme expérimental des essais et erreurs façonné par l'évolution historique et appliqué à des millions d'êtres humains permet d'accumuler une connaissance des réalités bien supérieure à celle que peut obtenir un bureau centralisé à l'aide de statistiques ».

L'Occident n'a atteint son degré de civilisation que parce qu'il a toujours su admettre la remise en cause des données scientifiques acquises et la remise en cause des pouvoirs acquis.

Nous sommes tous des pêcheurs Normands

Depuis longtemps nous avons exprimé notre sympathie pour la cause de la pêche Normande. En 1980, nous participions à la grande manifestation des pêcheurs Normands à Paris où les drapeaux aux léopards ou à croix de saint Olaf flottèrent sur le pont de Bir-Hakeim. Nous garderons de ce jour là l'impérissable souvenir de la colère Normande s'exprimant face à l'indifférence de l'État central... Concernant la question des îles de la Manche, quelles soient sous souveraineté britannique ou sous domination française, elles sont toutes Normandes, elles font partie intégrante de la Grande Normandie !

La situation n'est pas sans rappeler la fameuse distinction maurrassienne entre le Pays Légal et le Pays Réel... Et c'est quand le Pays Légal ne prend pas en compte les problèmes du Pays Réel qu'alors se déchaînent les violences légitimes. Car le Pays Légal ne connaît et n'excuse que les violences abusives, sinon comment oublier les étranges impunités dont bénéficient les « casseurs » des banlieues ? Alors que, lorsque le Pays Réel a le sentiment que la coupe des avanies déborde, les violences légitimes auxquelles peuvent se livrer certaines populations désespérées sont sévèrement réprimées, tandis que les revendications les plus justifiées sont plus ou moins ridiculisées par la clique médiatique parisienne et les moralistes en chambre de la classe intellectuelle...

Être du côté de ceux qui, bien que travaillant dur, sont spoliés du fruit de leur labeur, est un devoir sacré, et quand on méprise certaines professions nous savons bien qu'on insulte tout ce qui fait la grandeur quotidienne du peuple Normand. Pour faire plaisir à des notables en quête de casquettes gratifiantes, on a arbitrairement divisé la Normandie en deux régions. La Normandie ne s'en remet pas. Ni la « haute », ni la « basse »-Normandie ne savent tirer leur épingle du jeu dans la grande partie de Monopoly que constitue l'Aménagement du Territoire et nos petits roitelets – présidents de régions-croupions – n'ont pas l'entregent suffisant pour exiger de l'État central une nouvelle prise en compte des problèmes de certaines de nos catégories sociales et professionnelles.

Veut-on un exemple ?
Comment a-t'on pu tolérer que l'État français ferme son consulat en l'île de Jersey alors que Madame le Consul, aux dires mêmes des représentants de la profession, avait toujours su défendre au mieux les intérêts de nos pêcheurs ?

Qu'a fait le président de la région de « basse »-Normandie devant cette dérobade étatique ? Et son collègue de « haute »-Normandie, qui n'a même pas du se sentir concerné ? Rien, bien évidemment ! Eussent-ils, d'ailleurs, protesté, qu'ils l'auraient fait de façon discordante et donc, inopérante. Voilà le résultat de la division Normande !

Rapportez cela au problème des routes, à celui du chemin de fer, aux investissements structurants et vous comprendrez alors pourquoi, aujourd'hui, en ce mois d'avril 1994, la Normandie se trouve dans une situation dramatique au plan économique et social, avec 200 000 demandeurs d'emploi officiellement recensés, le triste record de France de l'endettement des ménages et un retard scandaleux en matière de communications.

Dans l'affaire des archipels des Minquiers et des Ecrehous, il est navrant que ces îlots soient interdits à nos marins-pêcheurs et que six à sept cents familles pâtissent de cette forme d'exclusion de la part de nos compatriotes Normands des îles de la Manche qui ne font pas partie de l'Europe communautaire. C'est bien la raison pour laquelle ils peuvent s'opposer à l'accès des eaux de l'archipel Normand, puisqu'elles ne sont pas communautaires...

Il est étonnant que le gouvernement français ait accepté l'entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun sans exiger que les îles de la Manche fussent concernées... Là est la vraie question.

Et cette question date de 1204. C'est a dire de l'annexion par un royaume continental d'esprit d'une Normandie maritime par essence... Paris a « oublié » les îles en 1204, parce que les français ignoraient la réalité maritime. La France a perdu devant le Tribunal International de La Haye en ce qui concerne les Minquiers et les Ecrehous parce que ses juristes, notoirement insuffisants en matière de droit maritime, ont été surclassés par les spécialistes en Droit Normand que les britanniques ont eu l'intelligence de mettre en avant !

Oui le jugement de la Cour de La Haye est inique.
Mais à qui la faute ?
Grugés à La Haye, évincés des Minquiers et des Ecrehous, les Normands du continent sont en plus méprisés par Paris.
Voilà la réalité ! Et tant que nous n'exigerons pas que la Normandie soit réunifiée et puisse, de ce fait, prendre en mains son destin, nous connaîtrons des désastres.

Prenons-nous le chemin d'un réveil de la Normandie ?
Nos régions, puisqu'il faut parler au pluriel, sont-elles à même, de profiter de l'émergence du pouvoir régional, depuis les fameuses Lois Déferre de 1982 ?
La réponse est non !
Et ce pour deux raisons :
– les responsables régionaux, depuis 1982, n'ont pas su, ou n'ont pas voulu coordonner leur action. Les contrats de plan État-Région qui ont été signés l'ont été sans concertation entre l'Abbaye aux Dames et la Caserne Jeanne d'Arc. Cette situation est déplorable. Elle livre la Normandie aux appétits boulimiques du Grand Bassin Parisien qui, dans son contrat de plan inter régional inclus intégralement la Normandie.
– la première mouture du projet de loi sur l'aménagement du territoire est une régression de vingt ans. La région, dont les français pensent que c'est l'échelon où doit s'organiser l'aménagement du territoire, se voit dépouillée de ses prérogatives et, surtout, de ses moyens financiers qui sont transférés aux départements.

Voilà la grande réforme Pasqua !

Croyez-vous qu'avec cela la Normandie va redevenir la communauté vivante, dynamique que nous appelons de nos vœux ?

Croyez-vous que les Normands seront mieux défendus par de petits chefs de chefs-lieux de canton n'ayant d'autre ambition que leur réélection, d'autre action que l'assistanat social intéressé, d'autre vision d'ensemble que celle de l'arrondissement sur lequel régnera un sous-préfet aux ordres ?

La réforme Pasqua, c'est la revanche du corps préfectoral et de la multitude des petits potentats qui laissent l'État totalitaire gérer les vraies affaires. Pouvons-nous nous satisfaire de la manière dont l'État central a su défendre les intérêts Normands en générai, des marins-pêcheurs en particulier ?
Didier Patte

vendredi

Métropoles, régions, Etat ...

De scandales politiques en scandales financiers, de fausses factures en vraies affaires, c'est à l'essence même de nos peuples que les politiciens s'attaquent en glissant sur un pas de corruption. Du Palais Bourbon à l'Élysée, un seul mot d’ordre : « un pour tous, tous pourris ! »

L'agriculture sacrifiée sur l'autel du GATT pour sauver une hypothétique vente d'Airbus ; la pêche vendue aux intérêts des groupes alimentaires multinationaux ; le patrimoine culturel sacrifié, comme à Rennes, pour effacer quelques dossiers douteux dont on espère que si des doubles existent, on saura tout aussi bien trouver quelque vice de forme salutaire ... Les vraies-fausses valeurs de notre fin de siècle, défendues par de petits maîtres à penser, laissent remonter un goût amer dans la bouche du citoyen honnête qui aimerait pouvoir encore croire au système, malgré deux cent mille chômeurs en Normandie, et combien d'autres demandeurs d'emploi, de stages de conversion, de SIVP, TUC, CES et autres cache-misère ?

Avec un Déménagement du Territoire qui rattache Caen à Nantes, Rouen à Lille, la haute Normandie aux Hauts-de-Seine et refuse définitivement la vocation maritime de notre région, le cavalier Destouches pouvait répéter que l'histoire ne repasse pas les plats : colonisée, spoliée, niée depuis Philippe Auguste, la Normandie est l'exception qui confirme cette règle. L'on nous dira que les assemblées régionales de basse et de haute Normandie ont pensé des MATHILDE et des PRAT qui ont pour mérite de laisser béats ceux qui les ont élaborés. Beaux projets non complémentaires, donc incomplets et vides de sens. Belle démonstration de jacobinisme de village : hors de Caen et de Rouen point de salut ! La Normandie est malade du SIDA centralisateur, ses symptômes sont : chômage, récession, surendettement des ménages et des entreprises, problèmes de banlieues.

Alors signer un onzième plan, oui mais pour quoi faire ?
Avoir une vision d'ensemble de ce que veut le Grand Bassin Parisien cornaqué par l'Ile de France ? Le G.B.P. ne sait toujours pas dire ce qu'il veut.
Signer des avenants aux programmes de communication que le dixième plan n'a pas réalisé ? Obtenir que la région continue de payer ce que l'État ne peut plus honorer : un milliard pour une université qui fera des demandeurs d'emploi de niveau bac + 2 sachant mieux calculer leur quatre-vingts pour cent de « SMIC jeune(s) » ? Nous ne voulons pas que les composantes essentielles de notre Normandie soient tripatouillées au profit de petits messieurs qui font passer leurs préférences énarchistes avant de se consacrer optionnellement au « bien public ».

Si leur problème est de savoir comment durer, le nôtre est de réussir à être et à faire reconnaître ce que nous voulons être.

Rouen - Caen - Le Havre, c'est Normandie Métropole, et si l’essai semble timide ne nous aveuglons pas en le comparant aux poudres aux yeux électoralistes : l'idée est bonne et nous nous réjouirons encore plus lorsqu'elle aura abouti !
Déjà, Southampton, Poole, Bournemouth et Portsmouth se constituent en réseau de villes et c'est le South Coast Métropole, pendant naturel de l'initiative normande, qui vient constituer un Axe de la Manche culturellement incontournable. Bien qu'il s'agisse encore d'aménagement du territoire, ceci est d'une autre portée que la gestion médiocre d'intérêts parisiens : c'est la reconquête d'un espace privilégié entre communautés jumelles ! Nous laissons bien volontiers aux spécialistes la conduite de ce développement, notre combat étant depuis toujours celui de l'affirmation de la persistance d'un tempérament normand qui nous est spécifique. La Normandie est fille de la mer, et tout ce qui saura nous ancrer dans notre réalité sera bienvenu. Mais sachons aussi montrer notre volonté d'être et d'affirmer ce que nous sommes et, surtout, ce que nous ne voulons plus tolérer :

– les compromissions, les attentismes, vis à vis d'une Ile de France qui nous méconnaît autant qu'elle méprise l'idée que nous puissions encore exister !
– les faux semblants de richesses, hérités des meilleures périodes de notre asservissement aux intérêts alimentaires de la capitale ! Si nos élus oublient ces exigences, à nous de leur montrer comment nous considérons leur veulerie.

Nous n'oublions pas que c'est à nous, Normands, de défendre les valeurs essentielles qui caractérisent notre peuple.
Gilbert Crespin

dimanche

Les Normands et leurs révoltes

Peu portée à la violence, la Normandie ne présente guère de terre traditionnelle de révolte que le Bocage. Encore s'agit-il de bien saisir le caractère de ces flambées de violence et de cette protestation populaire : ces réactions spontanées et brutales tendent à la défense de situations et de privilèges menacés par une modernité qui dérange. Jamais elles ne s'appuient sur un idéal progressiste. La Normandie sera une terre d'élection pour la chouannerie.
L'examen des mouvements populaires, urbains et ruraux en « haute » Normandie conduit à peu près aux mêmes appréciations. On y a trouvé de l'irrévérence, de la fronde, des violences à caractère folklorique, mais rien qui ne soit de nature à troubler l'ordre public établi.
– 996, les paysans s'organisent, élisent des délégués pour contester les nouveaux droits féodaux et la suppression des droits traditionnels.
– 1258, rédaction du « Grand Coutumier de Normandie », qui est une compilation du droit local Normand.
– 1276, 1292, émeutes antifiscales.
– 1315, établissement de la « Charte aux Normands ».
– 1337, des représentants de la noblesse, du clergé et des communes se réunissent à Pont-Audemer, constituant les États de Normandie.
– 1339, refus du Subside, l'impôt ne peut plus être levé s'il n'a pas été voté par les États Provinciaux.
– 1351, compte tenu de l'état désastreux de la Normandie la perception du Subside entraîne des émeutes à Rouen. Sur le plan politique, pendant cette « Guerre de Cent ans », les Normands ne prennent position ni pour les français, ni pour les anglais.
– 1356, en janvier, Geoffroy d'Harcourt refuse le serment vassalique au Dauphin Charles, tant que la « Charte » ne sera pas solennellement confirmée.
, en février, la noblesse Normande refuse la levée de l'impôt sur ses domaines. Capturés, lors d'un banquet au château de Rouen, Jean d'Harcourt, les sires de Granville et de Mainemare sont décapités et leurs corps pendus au gibet.
– 1382, la clameur de Haro est lancée contre les aides extraordinaires, c'est la Harelle contre la politique de la régence qui ne respecte pas ses engagements envers la « Charte », et les officiers royaux qui se conduisent comme en pays conquis.
– 1435, 1447-50, brigandages anti-godon dans les forêts, le Bocage, au sud de Caen, le Pays de Caux et alentours de Bayeux, le Pays de Lyons et l'Avranchin.
Pourtant l'« expérience anglaise » a renforcé le particularisme Normand en rétablissant l'Échiquier à Rouen et en instituant l'Université de Caen.
– 1461, Ligue du « Bien Public », – nobles contre l'autorité royale.
– 1530, la Normandie est une « terre de Réforme », autant par réaction sociale que pour manifester son particularisme. Malgré les Guerres de Religion, le seizième siècle marque une apogée économique. La population s'accroît malgré la récession et la peste.
– 1540, le Parlement de Rouen se réfugie à Bayeux et refuse d'enregistrer l'édit de Villers-Cotterêts qui impose le parler d'Ile de France. Parallèlement, la révolte des « Nu-pieds » confirme l'hostilité croissante des populations contre les horsains.

Le Cardinal-duc de Richelieu se méfiait
des Normands qui
« ont tendance à porter haut
et à se souvenir d’avoir eu un Duc. »

– 1635-38, l'augmentation de la Taille, l'institution d'« Emprunts obligatoires » causent des troubles sanglants à Avranches, Bayeux, Vire, Coutances, Tinchebray, Caen, Mortain, Rouen, Saint-Lô ; noblesse, clergé, communes, tous les corps sociaux Normands s'associent à la clameur de Haro. L'Échiquier donne raison à la Normandie contre l'administration.
– 1639, la Normandie, pays de « franc salé », se voit soumise à la juridiction des pays de « grande gabelle », ce qui entraîne la révolte des « Nu-pieds » ; l'accroissement des taxes sur les teintures et les cuirs cause des émotions populaires à Rouen et à Caen. La suppression du Parlement de Rouen sera la conséquence de ces révoltes contre la présence française.
– 1666, la Normandie adhère à la Fronde, en représailles la « Charte » sera supprimée et la Duché divisée en trois Généralités.
– 1685, révocation de l'Édit de Tolérance.
En supprimant les États Provinciaux de Normandie et en révoquant l'Édit de Nantes, Louis XIV a démantelé toute la vie politique et économique de la Normandie ; la natalité est en baisse et la spéculation sur le grain entraîne la spéculation foncière.
– 1762, création du JOURNAL DE ROUEN. Boulainvillers, pour qui la noblesse est d'origine franke et saxonne, déclare : « Le roi n'est que le premier, chacun des seigneurs reste maître de ses terres, comme il est maître de lui – même ».
– 1771, à la faveur de la réforme Maupeou, suppression du Parlement de Rouen.
– 1786, le Traité de Versailles est signé avec l'Angleterre, ce qui est une bonne chose pour la marine en est une autre pour l'industrie et ... la contrebande avec les Iles Normandes qui fait vivre une frange de la population au Sud de la Normandie.
– 1788, révoltes à Cherbourg, contre la cherté des grains et la suffisance de ce que l'on appellera bientôt fonctionnaires.
– 1789, Alençon, pétition en faveur de réunions périodiques d'États Provinciaux.
Nombre de paroisses demandent « que la Province soit réintégrée dans les droits qu'elle a droit de réclamer : que les États Provinciaux soient rétablis ; que la Charte normande soit respectée et exécutée », comme à Saint Martin de Maromme, baillage de Rouen.
Les cahiers de doléances, montrent, ici aussi, le souci de s'affirmer différents. Que l'on tienne pour les anciennes institutions, ou pour les idées nouvelles, la permanence du particularisme normand a été un élément décisif dans l'adhésion de la Duché aux « principes de 89 », et ce en réaction aux effets d'un centralisme croissant. Seulement, c'est une constante, les normands sont légalistes. Les débordements des mouvements parisiens et l'appropriation exclusive de la chose publique par les jacobins ont, plus que dérangé les normands, créé un sentiment de frustration en s'ingérant dans les affaires de la Normandie. Ce sera la cause de la désaffection de la majorité des normands. Si l'on a pu voir quelques figures se distinguer dans les différents camps, ce furent plus celles de défenseurs intéressés d'institutions que d'idéologues. La Normandie marque, ici encore, de son lyrisme lucide des idées, des rêves tous empreints d'une patiente détermination.
Francois DELAUNAY

La révolution française en Normandie

Si la Normandie a semblé, aux heures riches de son histoire, être un acteur intellectuel, social et économique, force nous est d'admettre que ce n'est pas le cas de la période révolutionnaire, à ce titre il vaut mieux, effectivement, parler de révolution « française » que de révolution en Normandie.

En 1771, le chancelier Maupeou, parisien d'origine et de tradition, supprime les Parlements provinciaux. Celui de Rouen se trouve remplacé par deux « Conseils supérieurs » siégeant l'un à Bayeux et l'autre à Rouen. La Normandie se trouve coupée en deux par la volonté du pouvoir central, fidèle à l'adage « diviser pour régner ».
Le geste de Maupeou suscite une nuée de pamphlets. Le plus curieux, intitulé « Manifeste aux Normands » est indéniablement teinté d'autonomisme. L'auteur rappelle les privilèges de l'Échiquier, les dispositions du Coutumier et les engagements de la Charte aux Normands. Selon lui, il y a violation unilatérale du contrat qui unit la Normandie au royaume de France et il faut en tirer les conséquences. La riche Normandie dont parlaient les Encyclopédistes est touchée par la crise et Louis XVI décide de lui apporter le réconfort de sa personne en juin 1786. Notre province compte alors plus d'un million huit cent mille habitants et paye chaque année cinquante et un millions de livres d'impôts.
Trois mois après, en septembre 1786, est signé le traité d'Eden Rayneval entre la France et l'Angleterre. Les tarifs douaniers sont abaissés, mais la Grande Ile possède une avance technique qui ruine les manufactures textiles normandes. Les ouvriers, réduits au chômage, forment des bandes errantes. Cette crise industrielle s'accompagne d'une chute des prix agricoles en 1777 suivie d'une flambée des cours l'année suivante, succession d'un été trop pluvieux à un été trop sec.
Le roi réunit, en 1787, l'assemblée des grands notables du royaume. Les représentants normands, menés par le duc d'Harcourt, font état de la Charte aux Normands. Ils exigent son respect intégral et manifestent un esprit très particulariste devant toute tentative de solution absolutiste.
Les parlementaires, menacés par la réforme « Lamoignon » prennent le relais des grands privilégiés. Ils défendent leurs propres intérêts, mais réalisent un front uni d'opposition qui va des plus grands aux plus humbles. L'annonce, dès l'été 1788, de la convocation des États-généraux provoque un grand mouvement d'espoir. Les normands de toutes les classes sociales aspirent à de profondes réformes. La Normandie, tout entière, espère. La noblesse et le clergé rédigent des cahiers de doléances dans le cadre du baillage ; le tiers dans le cadre de la paroisse ou de la corporation. Très vite des divergences apparaissent entre les ordres, mais il est significatif que l'allusion à la Charte aux Normands et aux libertés provinciales se retrouve aussi bien chez les humbles que chez les nobles. Le tiers état, dans la paroisse de Saint Martin de Maromme, dans le baillage de Rouen, demande ainsi « que la province soit réintégrée dans ses droits qu'elle a droit de réclamer ; que les États provinciaux soient rétablis ; que la Charte normande soit respectée et exécutée en tout ce qu'il n'y aura point de contraire aux articles ci-après ».
Au printemps 1789, on voit apparaître des cahiers consacrés au quatrième ordre, celui des silencieux et des mal-nourris. Une brochure, datée du 29 avril 1789, « La mort du tiers-état », porte en sous titre « Plaintes que présentent au Roi les bourgeois de la ville de Rouen, au nom des malheureux de toute la province de Normandie ». Ces cahiers dénoncent les abus, les privilèges, les inégalités ... La cassure est profonde entre la bourgeoisie et le peuple qui s'adresse à « la sollicitude paternelle de notre auguste monarque ». La grande peur de l'été 89 atteint peu la Normandie, sauf dans les campagnes d'Alençon et de Falaise. Cette rupture va se traduire en émeutes au moment où le prix des grains devient insupportable : à Rouen, dans la nuit du 11 au 12 juillet, au Havre et à Caen le 15 juillet.
À Rouen, la bourgeoisie locale forme une municipalité nouvelle sous la direction du libéral marquis d'Herbouville. L'émotion populaire aboutit à la naissance d'un pouvoir bourgeois ... Mais, le 4 août, la municipalité demande au gouverneur de Normandie de réprimer de nouvelles émeutes.
Désormais tout va se décider à Paris. Les députés normands sont en général très désireux de profondes réformes, mais dans le calme et l'ordre. Les travaux de la Constituante vont marquer une rupture avec l'ancien ordre des choses et décevoir les tenants du particularisme de la Normandie. Avec les privilèges de la noblesse on va aussi abandonner, dans la nuit du 4 août, les libertés des provinces. La Normandie se voit morcelée en cinq départements et perd sur la rive droite de la Bresle deux douzaines de communes. Désormais, face à un pouvoir qui se voudra de plus en plus unificateur, l'esprit communal va remplacer l'esprit provincial. La résistance normande, face à l'autoritarisme et à la centralisation, se trouve émiettée, atomisée.
Le 12 juillet 1790, la constitution civile du clergé supprime les évêchés d'Avranches et de Lisieux. Le concordat impose au clergé de prêter serment de fidélité à la Nation. La division s'établit pour moitié entre prêtres constitutionnels et réfractaires.
Quand s'achève la première partie de cette révolution, les espérances normandes restent intactes. La bourgeoisie, enrichie par la vente des biens nationaux, semble la grande bénéficiaire de l'opération. Les normands sont satisfaits, tout c'est passé dans l'ordre et dans le calme.

d'après Jean MABIRE et Jean - Robert RAGACHE
HISTOIRE DE LA NORMANDIE, éditions FRANCE EMPIRE, 1986

Des batailles sans larmes

L'examen des cahiers de doléances révèle des préoccupations d'ordre, institutionnel pour moins de la moitié des thèmes, social pour le quart des thèmes, économique pour un cinquième, et se plaçaient sous la bienveillance paternelle du monarque, alors que les idées nouvelles accusaient la faible pénétration des doctrines, trois pour cent pour les droits de l'homme et contre l'arbitraire.
Garante de stabilité, d'ordre et d'apaisement social, l'assemblée législative plaît aux normands. Les représentants normands se veulent des hommes pondérés, à l'image de leur province, plus empreints de bon sens que d'idées réellement nouvelles. Ils n'ont rien compris aux doléances sur les libertés provinciales et la tourmente parisienne les distraira de la revendication normande.
Le 5 novembre 1791, quatre-vingt-quatre caennais, regroupés sous le nom de Coalition Normande, sont arrêtés pour complot anti révolutionnaire. Les autorités municipales demandent la grâce de tous ces inculpés. Entre l'accueil enthousiaste des États généraux et les princes de la révolution parisianiste c'est un premier déphasage. La tension monte et, le 20 avril 1792, pour minimiser les effets désastreux du marché noir qu'enrichit les spéculateurs, est déclarée « La Guerre contre tous les Tyrans » ; le 4 septembre, le duc de La Rochefoucauld est assassiné à Gisors ; c'est une version locale des massacres de septembre, la Normandie commence à s'inquiéter. Après la suspension du roi, on élit une nouvelle assemblée : la Convention. Montagnards et Girondins incarnent les vertus du jacobinisme et du fédéralisme. Provinces contre Paris, légalisme contre extrémisme, enracinement contre centralisme ; ici le débat qui sourd depuis Richelieu prend sa dimension contemporaine : « la Liberté ou la Mort », le slogan vaut dans les deux camps, la victoire de la vertu contre la vie du traître, l'idée paraît simple, elle ne cessera de s'imposer lors de tous les bouleversements à venir.
La mort de Louis XVI, votée par vingt-deux députés de Normandie sur soixante-quatre, ainsi que les directives parisiennes, contre le clergé entre autres, mécontentent les Normands qui ne comprennent plus la succession des événements que comme la confiscation croissante du pouvoir par les parisiens. Le refus de cette dictature conduit de la méfiance à une hostilité ouverte. Le conseil général du Calvados adresse à l'assemblée une pétition qui affirme que : « les citoyens n'ont pas applaudi à la chute d'un tyran pour ramper sous le despotisme municipal de Paris », et les jacobins de Caen rompent leurs relations avec ceux de la capitale. Les Amis de la Constitution de Saint-Lô reprochent aux Conventionnels de se laisser dominer par Paris et ses « brigands altérés de sang ». De Lisieux, on leur écrit : « Vous avez forcé, par vos principes anarchiques et liberticides, la majorité des patriotes à vous abandonner » Le trio Marat-Robespierre-Danton est attaqué : « La France n'est pas dans Paris ; elle est formée de quatre-vingt-quatre départements », et ouvertement menacé « c'est la Patrie en habit de deuil qui vous parle par notre voix ». Jusqu'alors les Normands se contentent de condamnations épistolaires, mais ils menacent de passer aux actes pour que la Convention retrouve sa liberté. Caen devient la capitale du mouvement fédéraliste. Mais dans le département les insurgés sont loin de faire l'unanimité et dans la Normandie reçoivent un soutien de principe ou un refus prudent. Au terme d'un mois de discussions, le mouvement fédéraliste n'arrive pas à se structurer, l'enthousiasme populaire est absent.
Face au mouvement la Convention réagit d'abord politiquement : décrets d'accusation, suspensions, transferts de chef-lieu de département, préludent à une lutte économique contre l'approvisionnement de la capitale que les conventionnels contreront par un embargo sur le grain et les farines vers la Normandie. Puis, une force armée, composée de parisiens, est complétée de gardes nationaux de Gaillon, Gisors, Vernon et des Andelys. Il est temps que le gouvernement réagisse car les insurgés sont enfin passés à l'action. Le 22 juin, une avant-garde fédéraliste quitte Caen pour rejoindre Pacy-sur-Eure le 1er juillet avant de rallier Vernon le 13 du même mois.

Jacques Louis David Portrait présumé de Jean-Baptiste-Robert Lindet, 1795
Successivement procureur-syndic, député à la Législative et à la Convention, chargé de la commission des Vingt et un, de rédiger un rapport sur les crimes imputés à Louis XVI ; il vota la mort sans appel et sans sursis. Membre du Comité de Salut Public, il montra une grande modération. Amnistié sous la Terreur ; acquitté à la suite de la conspiration de Babeuf, il mourut à Bernay en 1823.

À Vernon, la situation des républicains est loin d'être brillante: « Nous sommes sans chef, sans plan déterminé et sans pain » écrit Duroy à Lindet. Le combat se déroulera en fin de journée, avec quelques coups de canon et une débandade des deux côtés, à Brécourt. Cette bataille « sans larmes », car il n'y eut aucun mort, sonnera le glas du fédéralisme « normand ».
Pacifistes ou juristes ? Les fédéralistes, excellents « phraseurs », hommes de tribune, ont atteint leur seuil de compétence. Républicains, mais surtout modérés ils n'ont su assumer les conséquences de leurs premières décisions. Certains se prétendirent « dupes ». Mais de qui ? Des députés Girondins réfugiés en Normandie ? Des chefs militaires auxquels ils ne voulaient pas obéir ? En fait l'échec du fédéralisme s'explique par un manque d'enthousiasme populaire pour aller, même si c'est une marotte de républicains, mourir à la guerre.
Pourtant, ce même 13 juillet, une jeune Normande, Marie-Anne Charlotte de Corday d'Armont prouve, comme les antiques héroïnes de sagas, qu'une femme peut commettre une geste de vengeance et d'honneur. Elle a compris que les circonstances exceptionnelles exigent des mesures exceptionnelles. Mais son acte sera quand même dénoncé par un agent royaliste comme une erreur : Marat était trop nécessaire pour semer la division chez les républicains.
d'après gabriel DESERT
La révolution française en Normandie Bibliothèque Historique Privât

mardi

Runes - Hors-série 1/1993 Irlande

POBLACHT NA EIREANN



Le gouvernement provisoire de la République d'Irlande au peuple d'Irlande.

Irlandais et Irlandaises, Au Nom de Dieu et des générations passées de qui elle reçoit sa vieille tradition de Nation, l'Irlande, à travers nous, appelle ses enfants à lutter sous sa bannière pour sa liberté.

Après avoir organisé et entraidé ses militants dans notre organisation secrète, la Fraternité des Républicains Irlandais, et dans l'Armée des Citoyens Irlandais, après avoir opiniâtrement perfectionné sa discipline et avoir attendu avec résolution le meilleur moment de nous révéler dans l'action, nous saisissons maintenant l'opportunité et, avec le soutien de nos exilés en Amérique et le soutien moral de nos alliés européens, bien que ne comptant d'abord que sur notre seule force, nous combattons avec toute notre Foi en la Victoire.

Nous déclarons le Droit du Peuple d'Irlande à l'auto-détermination et au contrôle sans entraves des destinées de l'Irlande souveraine et inaliénable. La longue usurpation de ce droit par un peuple étranger et son gouvernement n'a pu abolir ce droit qui ne le sera que par la destruction du peuple irlandais. À chaque génération le peuple irlandais a affirmé son droit à une liberté nationale souveraine ; à six reprises durant les trois derniers siècles il l'a affirmé avec les armes. À cet instant, armes à la main, nous affirmons de nouveau ce droit fondamental au monde, nous proclamons pour cette raison que la République irlandaise est un état Souverain Indépendant et nous engageons nos vies et celles de nos frères d'armes dans la défense de sa liberté, de sa prospérité et pour sa reconnaissance par les autres nations.

La République d'Irlande appelle, pour ces raisons fondamentales, le soutien de tous les Irlandais et Irlandaises. La République garanti les libertés civiles et religieuses, l'égalité des droits et des devoirs de tous ses citoyens et affirme sa volonté de réaliser le bonheur et la prospérité de la Nation toute entière, de prendre soin équitablement de tous les enfants de la Nation, et d'ignorer les différences encouragées volontairement par un gouvernement étranger qui a créé les divisions par le passé entre minorité er majorité.

Seules nos armes sauront apporter les conditions idéales pour l'instauration d'un gouvernement national permanent représentatif de l'ensemble du peuple irlandais, et élu par le suffrage de tous les hommes et les femmes. Le gouvernement provisoire constitué dans ce but administrera les affaires civiles et militaires dans l'intérêt du peuple.

Nous plaçons la cause de la République d'Irlande sous la protection du Père Très Haut, nous le prions de bénir nos armes, comme nous prions qu'aucun de ceux qui servent notre cause ne la déshonore par sa lâcheté, son inhumanité ou ses pillages.

En cette heure suprême la Nation Irlandaise doit par sa valeur et sa discipline, par l'empressement de ses enfants à se sacrifier eux-mêmes pour le bien commun, prouver elle-même l'honorabilité de l'auguste destin auquel elle est appelée.

Signé Sur la Foi du gouvernement provisoire
THOMAS J. CLARKE
SEAN Mac DIARMADA - THOMAS Mac DONAGH
S.H. PEARSE - EAMON CLEANNT
JAMES CONNOLLLY - JOSEPH PLUNKETT

" Je suis d'Irlande
'' Sainte Terre d'Irlande.
'' Et le temps presse."

W. B. YEATS

Runes, Printemps 1993


Editorial ...

De BERNARD CHANTEBOUT


La Nation

Le mot lui-même est ancien : on le trouve chez Rutebeuf en 1270 ; et à l'université de Paris, comme d'ailleurs à celle de Londres, les étudiants étaient organisés en quatre nations. C'est au cours de la seconde moitié du dix-huitième siècle seulement qu'il apparaît dans le vocabulaire politique comme désignant une communauté ayant vocation à l'exercice d'un pouvoir souverain. Les premiers à l'utiliser dans ce sens sont, semble-t'il, les membres des Parlements – c'est-à-dire des Cours de Justice de l'Ancien Régime. Ils s'en servent pour légitimer leur fronde contre le pouvoir monarchique.

Ainsi, initialement, l'idée de nation est un brûlot lancé contre l'absolutisme monarchique. Mais très vite, la bourgeoisie prend le pouvoir, construit un État nouveau, et l'idée de nation va devenir un instrument au service de l'absolutisme de cette classe et de cet État.

L'idée nationale a, pour la bourgeoisie, une double fonction idéologique. La première fonction de l'idée de nation est de constituer le peuple comme nouveau titulaire de la souveraineté, pour abroger le principe de souveraineté de droit divin qui puisait sa force dans une tradition presque millénaire et dans le sentiment religieux, il fallait lui trouver un substitut crédible, ce ne pouvait être que la souveraineté du peuple.

Mais l'idée nationale avait, pour la bourgeoisie, un autre avantage, plus substantiel à terme, qui était de la mettre à l'abri d'une revendication du pouvoir par le peuple réel.

L'idée de souveraineté nationale permettait de conjurer ce péril. Avec elle, le peuple est bien souverain : mais il l'est en tant que nation. La souveraineté n'appartient pas aux individus qui la composent, mais à un être fictif, la nation, qui les réunit tous. La nation est une personne morale : en tant que telle, elle a des intérêts propres, qui peuvent être distincts de ceux des citoyens considérés isolément

Ainsi, l'aboutissement concret de la théorie de la souveraineté nationale, – en tant que nation – reste bien le titulaire théorique de la souveraineté, celle-ci est exercée par une petite élite – la classe politique – qui ne peut guère, en pratique à l’époque, se recruter que parmi les bourgeois et qui saura promouvoir les intérêts de cette classe.

Au moment où Sieyès rédige « Qu'est-ce que de le Tiers-état ? » La nation française – au sens moderne du terme – n'existe pas encore. La France n'est toujours, selon le mot de Mirabeau, qu'« un agglomérat inconstitué de provinces désunies ». Pour donner du corps à sa doctrine, la Révolution va devoir s’employer à créer la nation ; et elle le fait très activement : le 14 juillet 1790, les provinces abdiquent leur privilèges et leurs particularismes pour se fondre dans un cops unique. Le découpage du pays en départements aux dimensions égales et au statut uniforme vient entériner cette fusion. Les jacobins l'emportent, et leur nom devient pour toujours synonyme de « centralisateurs ». Lorsque, le 25 septembre 1792, la Convention proclame la République, elle ne dit pas que la France est une république ; elle proclame : « la République est une et indivisible ». Ces deux qualités apparaissent ainsi d'emblée comme consubstantielles à l’idée de république…

La première conséquence de cette politique est un fantastique renforcement de l’État : à partir du moment où la nation, ainsi créée par une volonté systématique, existe réellement, un lien nouveau se forge entre les gouvernés et le pouvoir. La nation constitue le concept intermédiaire, le terme moyen, d’un nouveau syllogisme : – 1) le peuple 2) État = nation, 3) donc État = peuple – qui est à inscrire parmi les plus belles escroqueries politiques de ce temps.

Aujourd’hui l’idée d’État-nation, cause de tant et tant de morts en Europe, poursuit sa ronde funèbre à travers le monde. Partout les peuples s’entre-exterminent parce qu’ils coexistent au sein d’un même État, et que l’Europe leur a expliqué que cela ne se faisait pas, et qu’à chaque État ne pouvait correspondre qu’une seule et unique nation. Devant tant de ravages, peut-être serait-il temps de s’interroger sérieusement sur le concept même de nation.

La nation c’est donc la communauté de tous ceux qui sont favorables – ou au contraire définitivement hostiles – à l’État dont ils sont les sujets. Il en résulte que lorsque l’État se dit au service de la nation, il ‘est en fait au service que de lui-même : une politique « nationale », c’est une politique qui permet à l’État de tirer de la collectivité qu’il domine le maximum de ressources en vue d’accroître sa puissance. À cette politique, on voit aisément ce que gagnent les gouvernants : ceux qui les gênent ne sont plus seulement des adversaires politiques, ce sont des traîtres à la nation ; et les crimes que le pouvoir commet contre ses propres ressortissants échappent à toute censure au nom du principe de souveraineté et de non-immixtion : toujours du sang et des larmes ; si elle perd, la ruine ; si elle gagne et obtient le rattachement à son État de quelques territoires étrangers, son particularisme, qui est en principe sa raison d’être, s’en trouve menacé.

mercredi

Runes, Hiver 1992-93



Editorial

... du Comte de Paris


Il est actuel de disserter sur l'aliénation de la souveraineté nationale à des organismes allant des Hautes Autorités à quelque assemblée européenne, Atlantique ou mondiale. Certains se complaisent à ces perspectives, d'autres s'en irritent ou s'en offusquent (...) fréquemment (aussi) ces comportements tiennent soit au désir inavoué de faire résoudre par quelque instance supérieure les difficultés que ne peuvent plus affronter les États nationaux, soit au souci de défendre des intérêts particuliers menacés par les dispositions internationales nouvelles.

Aussi n'est- il pas superflu de creuser ce concept de souveraineté soit disant intégrale et intangible des nations ! N'est- elle pas déjà hypothéquée de cent manières avant même qu'on y porte atteinte par un contrat quelconque d'association. N'est- elle pas aliénée en fait ici et là, c'est- elle pas lésée dans de nombreux pays dont le nôtre, par la désagrégation de ses propres fondements ?

Si l'on entend par souveraineté nationale l'autorité suprême et sans contrôle de la nation sur elle-même, la libre capacité d'agir d'un État à l'intérieur de ses propres frontières, alors une mesure comme le Pool charbon-acier est révolutionnaire et crée une véritable solution de continuité historique.

Mais ne faudrait-il pas réviser cette conception formelle et juridique de la souveraineté à la lueur de l'évolution historique ? L'exercice de cette souveraineté ne doit- il pas nous préoccuper davantage que la souveraineté elle- même ?

La souveraineté nationale m'apparaît réelle et concrète seulement lorsque les conditions de son exercice sont remplies, c'est-à-dire lorsque dans un pays, les volontés de tous sont unies pour réaliser l'idéal moral, intellectuel et matériel que la notion c'est défini (...)

Si ces conditions n'existent pas, la souveraineté, même lorsqu'elle est fondée en Droit n'est plus qu'une coquille vide.

La souveraineté nationale repose donc autant que sur l'indépendance de droit à l'égard de autres nations, sur l'indépendance de fait et celle-ci tient à l'équilibre harmonieux et à l'exploitation de toutes les forces composant une nation en vue de la réalisation de son bien commun.

L'essentiel ne m'apparaît pas être la gravité des entorses légales à l'autorité suprême au profit de quelque organisme supranational, mais les atteintes insidieuses que font déjà peser sur la souveraineté la surpuissance des deux grandes nations antagonistes, aggravées par la désarticulation du pays.

Nous ne pouvons rien changer au fait que deux nations comptent 200 et 156 millions d'habitants, au fait que la seconde possède une capacité de production égale à la moitié de la production mondiale.

Nous pouvons par contre agir sur les conditions d'efficacité de notre souveraineté. La Suède, la Suisse, la Grande-Bretagne, vivent dans le même univers que la France, sont exposées aux mêmes tiraillements aux mêmes attractions, aux mêmes pressions, et pourtant ces pays qu'ils soient neutres ou associés à la politique atlantique, sauvegardent leur indépendance.

L'Histoire assigne à la France dans un délai réduit une mission et des obligations (...) La mission est d'inventer les formes de fusion ou de dépassement des souverainetés qui éviteront aux nations d'Europe l'absorption ou la colonisation ; l’obligation c'est de refaire rapidement la cohésion et l'unité du pays, de forger la volonté de vivre, car pour être à même de sacrifier tel fragment de souveraineté il faut d'abord la posséder toute entière.

Bulletin du 27 septembre 1952

Pas d’autre vote que Normand !

Les élections législatives ne nous concernent pas, notre vocation Normande ne se satisfait que des seules consultations locales, régionales et européennes.

Nous ne rejetons et ne soutenons aucune tendance, mais réaffirmons que le seul vote utile est celui qui se porte sur la valeur personnelle des candidats, toutes tendances confondues, leurs positions, actes et volonté d'agir en qualité d'élus du peuple Normand.
Nous refusons donc tout monolithisme, chaque opinion est respectable, seuls les individus peuvent manquer de respect à leur fonction et à ceux qui les ont soutenus. Nous demandons que les candidats au suffrage des Normands se présentent en authentiques défenseurs des intérêts Normands.

La réunification

Les deux régions de programme, haute et basse Normandie, n'offrent que des solutions médiocres, à la mesure de leurs possibilités restreintes, leur résoudre les problèmes auxquels les Normands sont confrontés :

- Chômage.

- Image de marque incertaine,

- Incohérence des infrastructures,

- Incapacité à établir des relations avec Paris, Bruxelles ou les autres régions de France et d'Europe.

La réunification est la question en suspens depuis vingt-cinq ans, le personnel politique a montré son incompétence pour réaliser La condition de notre réussite.
Le principe de l'Unité normande doit être réaffirmé et un calendrier de rapprochement entre les deux régions administratives, qui perpétuent l'insupportable division de la Normandie est la seule base crédible leur toute profession de foi ou déclaration d'intention.

L'aménagement et l'équilibre du territoire

La division de la Normandie accentue les déséquilibres, que ce soit :

- Entre les villes et les campagnes, la Normandie et l'Ile de France,

- En matière démographique, à l'intérieur des villes, entre villes et campagnes, par les migrations journalières entre la Normandie et l'Ile de France, par la fuite des diplômés, et ce jusqu'à compromettre les résultats des formations scolaires, professionnelles et universitaires.

- Dans le domaine des infrastructures routières, ferroviaires, insuffisantes qui enclavent la Normandie et la relègue au rang de banlieue sous desservie.

- Pour l’environnement : pollutions atmosphériques, pollution des eaux, gestion des ressources : pas de politique Normande des eaux, pillage des gravières et des ballastières.

Mais, pire encore, cette division accentue de façon dramatique l'importance de l'Ile de France dans les décisions qui nous revient de prendre.
La Normandie doit-elle être maîtresse de ses choix ou vassale des intérêts parisiens ?

L’affirmation de l’identité culturelle Normande

Nous nous opposons à toute conception mondialiste de la culture : l’identité et la culture de chaque peuple étant un élément irremplaçable du patrimoine humain qu’il serait criminel de condamner.
Nous refusons l’obligation du cosmopolitisme et l’adoption du modèle « américain ».
De notre passé nous faisons le point de départ de notre réflexion culturelle et il est donc prioritaire d’affirmer et de promouvoir notre spécificité culturelle Normande :

- Enseignement et sauvegarde du patrimoine Normand,

- Révision des parts de budget culturels hexagonaux et régionaux,

- Politique culturelle, touristique et de loisirs régionale,

- Politique médiatique, indépendance des journaux locaux, développement des radios d’intérêt régional, autonomie des directions des télévisions régionales.

L’extension du pouvoir des régions

Les régions, dont la Normandie, détiennent une part de légitimité nationale.

Mais il reste beaucoup à faire pour que cette légitimité puisse valablement s’exprimer.
Notamment, après le referendum sur le traité de Maastricht que le gouvernement a soutenu, il convient de redéfinir les domaines qui reviennent aux régions, ceux qui restent à l’État central avant de remettre aux organismes communautaires la part qui leur revient.
De même, il convient de donner aux régions la représentation au Conseil des régions qui leur revient auprès de la Communauté européenne.
Qui dit pouvoir, dit moyens, aussi il faut redéfinir les prérogatives des communes et des départements, harmoniser les budgets des régions et de l’État, confirmer aux régions leur rôle dans les domaines de l’éducation, de la formation, de la culture, de l’aménagement du territoire et de l’environnement.
Nous demandons que les candidats au suffrage des Normands se présentent en authentiques défenseurs des intérêts Normands.
Il est évident que la défaite de chaque adversaire de la Normandie sera pour nous une source de satisfaction morale et politique

Croatie : une guerre oubliée

Dès que la Yougoslavie a commencé à se dissoudre, en 1991, dès la proclamation de l’indépendance de la Slovénie, puis de la Croatie, Serbes et Croates se sont affrontés.
Cependant, les situations des deux républiques sont différentes.
Dans une Croatie encore composante de la Yougoslavie, les postes-clés étaient occupés par des Serbes essentiellement dans le domaine judiciaire. Les policiers et les gardiens de prison de Croatie étaient à majorité Serbe (75% dans la police, 50% de la police politique). Pourtant, en 1991, la population de Croatie se composait de 75% de Croates contre 10% de Serbes, vivant essentiellement dans la Krajina.
La Serbie a toujours été (même sous Tito) le leader de la Yougoslavie. Si les ne peut parler de minorité Croate de Serbie (25%).
La C.E.E., en 1991, avait refusé de prendre parti dans le conflit Serbo-Croate.
Quand, en 1992, le conflit s’est généralisé, a gagné la Bosnie, la presse internationale, les U.S.A., la C.E.E., se sont émus. Est-ce par ce qu’une des composantes bosniaque est musulmane ? Ce n’est pas notre problème.
Mais nous nous étonnons que la Croatie soit oubliée, alors que l’intégrité de son territoire n’est pas recouvrée.
Nous nous étonnons que les Croates de Bosnie soient présentés comme les dépeceurs de la Bosnie.
Nous nous étonnons, encore, que dans un tel conflit, dont le déroulement nous rappelle celui des Balkans à l’aube du vingtième siècle, ou de l’Europe centrale dans les années trente, l’opinion publique soit incitée à ne voir que des loups ou de pauvres agneaux…

Nous voulons simplement rafraîchir la mémoire des Normands sur des évènements pourtant si frais…

Vous souvenez-vous du bombardement de Dubrovnik ?
Gilles Lefèvre

ndlr : lorsque ce billet a été rédigé, l’armée Croate n’avait pas encore lancé la reconquête de la Krajina. Mais nous pouvons constater, une fois de plus, que, quand la presse internationale dénonçait une incroyable politique de viols par les miliciens Serbes, les « grands » tergiversaient. Mais en huit jours d’offensive Croate, les mêmes lancent ultimatum sur ultimatum, notamment la Russie et la France, qui sont restés alliés de la Serbie…
Il convient de rappeler que les Serbes, majoritaires dans la Krajina, sont les descendants de ceux qui ont fuit l’Empire Ottoman pour se réfugier en Croatie, nation de l’empire Austro-hongrois. On peut toujours se demander si dans l’« esprit » des princes qui nous gouvernent, l’Autriche ne reste pas, par réflexe acquis, l’ennemie irréductible.

vendredi

Runes, hors série n°4 1992


Éditorial

... Jean MABIRE

Tout mythe National s'enracine dans l'histoire pour la transfigurer et susciter une véritable « relance » d'un sentiment qui se transforme à son tour en événement. L'avenir s'enchaîne sur le passé. Il en privilégie certains aspects et donne un éclairage qui devient parfois contrainte, exaltant et réduisant tour à four. Le mythe devient fait.

Ainsi ce que l'on nommera un jour l'idée Nordique est-elle devenue, au fil des ans, inséparable de la réalité Normande. Elle a peu a peu conquis le régionalisme, jusqu'à s'identifier avec lui. L'originalité fondatrice de la Normandie se réclame d'abord de sa source scandinave.

C'est l'histoire de celle prise de conscience septentrionale que l'on voudrait évoquer ici. Qu'il soit bien entendu qu'il ne s'agit point d'un travail d'érudition qui prétendrait ne rien laisser dans l'ombre parmi tant d'efforts méconnus, mais bien plutôt d'une promenade sentimentale, au hasard des souvenirs, des partis pris et des injustices ... Il ne s'agit pas d'érudition, mais d'hommage à ceux qui, avant nous, selon la formule de Charles Théophile Féret, ont préféré servir la Normandie plutôt que de s'en servir. Jusqu'au début du XIXème siècle, la conscience des origines n'était pas à la mode. Certes, les historiens Normands ne manquaient pas de rappeler le rôle des scandinaves dans la constitution de l'antique duché, devenue avec Guillaume royaume Anglo-normand, mais cela était un fait tellement évident qu'il ne suscitait pas de réaction particulière.

Seuls quelques érudits isolés peuvent insister sur celte continuité de l'histoire Normande, qui fait d'une province annexée dès le début du XIIIème siècle, une Nation encore consciente de son fait et attachée à soin droit.

L'Ancien Régime avait connu la longue résistance silencieuse et sceptique des Normands. On garde la mémoire des récits des chroniqueurs latins, Dudon de Saint Quentin, Odéric Vital, Guillaume de Jumièges, Benoît de Saint-More, on fonde un véritable nationalisme sur l'œuvre de maître Robert Wace, le poète patriote de Guernesey, qui explique l'origine même du nom de Normands et conclut par ce qui va devenir l'acte de foi essentiel de tous ceux qui se reconnaissent dans Rolf et les siens :

« En North allons, de North venon
   En North fum nez, en North manon.»

Les Vikings en Normandie
Éditions COPERNIC, 1979

La bataille décisive du Val-ès-Dunes 1047

Les péripéties en ont été retracées par Michel de Boüard, dans son Guillaume le Conquérant, d'une façon qui semble définitive. C'est par un autre aspect qu'elle mérite un nouvel et sérieux examen car il semble qu'il est possible d'en tirer des conclusions qui vont à l'encontre des idées jusqu'à présent admises sur la fondation de la féodalité normande.
Pour l'ensemble des historiens, et de M. de Boüard à qui il faut toujours revenir en ce domaine, la bataille du Val-ès-Dunes opposa Guillaume le Bâtard, soutenu par son suzerain le roi de France Henri 1er, ses vassaux révoltés du Bessin et du Cotentin. « Le duc, écrit-il, attaqué par ses vassaux normands...(1) et dans son dernier ouvrage (2) précise... Guy de Brionne, poussé par une ambition exacerbée n'hésita pas « fouler aux pieds le lien de parenté... le devoir de gratitude... sans parler de la fidélité due par le vassal à son seigneur ». Ayant souligné auparavant que « tous les protagonistes de ce complot (de 1047) sont des seigneurs et des officiers ducaux » (Grimout du Plessis, Hamon le Dentu seigneur de Creuilly, les vicomtes de Bessin et de Cotentin Renouf de Briquessart et Néel de Saint-Sauveur) il semble bien que l'éminent historien les ait considérés comme des vassaux du duc, ou plus exactement du comte de Rouen.
Je ne le pense pas pour deux raisons dont l'une est tirée de Guillaume de Poitiers (3) l'autre de Wace dans le roman de Rou.
Dans les Gesta Willelmi on apprend des conjurés de 1047 qu'ils fomentent leur ligue dans le désir de conserver « la liberté dont ils avaient pris l'habitude d'user à leur guise de leurs propres biens et de piller ceux des autres ».
Que les guerres privées aient été fréquentes à cette époque même entre vassaux d'un même seigneur ne pourrait surprendre. Que des vassaux aient pris l'habitude de disposer librement de leurs biens est anormal ; c'est le fait d'hommes libres, d'alleutiers (4) non de tenanciers insérés dans le système féodal.
Voudrait-on soutenir que cette émancipation se serait produite pendant les troubles de la minorité du Bâtard ? Quelle preuve en pourrait-on donner ? Et pourquoi celte habitude ne daterait-elle pas des premiers temps de l'installation d'une armée viking dans l'ouest neustrien, installation qui aurait eu lieu « sans aucune relation avec l'entreprise de Rollon qui est plus récente d'un demi-siècle environ ». (5)
Ce ne sont, il est vrai, que présomptions. Le Roman de Rou les corrobore fortement et de façon qui semble définitive». (6)
Lucien Musset a insisté sur la crédibilité qu'il convient d'accorder au récit de Wace en raison de ses relations avec la cour de Normandie et de son long séjour à l'abbaye Saint-Étienne de Caen ou il acheva son poème vers 1170. Ce qui m'intéresse ce ne sont pas les péripéties du combat mais le dispositif des années, de celle des conjurés essentiellement.

Elle se compose de deux groupes distincts et ce n'est certes pas sans intention que le poète les a ainsi séparés. Ils n'appartiennent pas, malgré le serment qui les a liés, au même clan et leur comportement va le prouver.
À côté de l'ost des seigneurs de l'ouest, mais l'écart, se tient Tesson. L'important contingent qu'il commande inquiète le roi de France et son attitude l'intrigue. Guillaume aussitôt le rassure : « Je crois tous ces gens de mon côté. Leur seigneur n'a aucun motif d'hostilité ou de colère contre moi. »
Rien de tel au sujet des conjurés qui forment le gros de l'année. Guillaume sait donc que tous les autres seigneurs ont quelque grief à faire valoir contre lui.
Aurait-il manqué à ses devoirs de suzeraineté envers tous ces vassaux en même temps ? Le caractère personnel de l'hommage rend difficilement admissible une telle hypothèse.
C'est Wace qui donne lui-même en clair l'explication en nous transportant auprès de Raoul Taisson pour nous faire entendre les admonestations que lui prodiguent ses compagnons : «Qu'il se souvienne qu'il est l'homme de Guillaume, qu'il y a déjà longtemps qu'il lui a fait hommage et que quiconque livre combat à son seigneur perd ses droits sur le fief et la terre.». (6)
Raoul est le vassal du Rollonide. Il lui a rendu hommage ; il est son homme.
Peu importe la subtilité qui va lui permettre de s'exonérer de son serment de ligueur sans manquer à la foi jurée du vassal, avant de s'éclipser du champ de bataille. Ses fiefs il les tient de Guillaume. Il n'est pas un fils de Viking. Son père et sa mère sont angevins, venus en Normandie à la fin du Xème siècle car il y a des places à prendre sous l'autorité des descendants de Rollon.
Mais les autres, tous les autres conjurés, ils ne se révoltent pas contre un suzerain ! Ce sont des hommes libres qui vont livrer un dernier combat pour la sauvegarde de leurs biens et de leur indépendance qui est leur honneur.
Le fait que certains d'entre eux soient les représentants du pouvoir du comte de Rouen ne semble pas une objection dirimante. Pourquoi auraient-ils refusé un titre qui leur donnait un surcroît d'autorité pour, éventuellement, participer à la défense de la Neustrie viking ? Était-il pour cela nécessaire de se courber sous la férule de l'un d'entre eux et d'entrer dans le régime féodal dont ils rejetaient le principe même, la hiérarchie et la subordination.
Bataille du Val-ès-Dune ! Bataille décisive, non pas qu'elle ait mis fin à la rébellion de vassaux contre leur suzerain mais parce qu'après elle va s'épanouir enfin, « jusqu'au niveau du modèle » (7) une féodalité qui ne laisse nulle terre hors de son emprise.

Nulle terre ? Et le royaume d'Yvetot !
En a-t-on assez ri et médit de ce « fabuleux royaume » ! « C'est une calamité pour un pays d'être affublé dans l'Histoire et dans l'opinion publique d'un titre ridicule qui ne permet plus de le prendre au sérieux ». Tel est le sentiment du bon abbé Cochet de l'Académie de Rouen. (7b) Demain il ne sera plus possible d'en rire sans, par un juste retour, encourir le ridicule car l'apport de cette principauté pour la connaissance de la féodalité normande est exceptionnel, unique même.
L'indépendance totale de cette principauté pendant 650 ans environ en jouissant de tous les droits de la souveraineté, trouve son origine dans la période antérieure au prétendu traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911, Ivar, prince éponyme, s'étant installé sur les ruines des abbayes de Logium et de Fontenelle (son descendant en était encore suzerain en 1203) avant que Rollon ce tard venu se fut établi à Rouen.

Il faut donc renoncer à la théorie jusqu'alors admise après les thèses de MM. Lagouelle (8) et Carabie (9) de l'inexistence de terres libres aux premiers temps de notre province. C'est à la lumière de cette constatation qu'il faut remettre en cause certains aspects de la naissance de la Normandie, ce que permet également une interprétation nouvelle du « De Moribus » de Dudon de Saint Quentin (10). N'est-il pas temps, pour répondre aux sarcasmes de l'abbé Cochet et de quelques autres, que la ville d'Yvetot revendique le droit de porter désormais le nom d'Yvetot-le-Roi.

Et ce serait justice !
Jean Thorel

1 & 2 Michel de Boüard « Guillaume le Conquérant » PUF 1958 p.26 éd. FAYARD 1984 p.124
3 Guillaume de Poitiers « Gesta Willelmi Ducis Normanorum et Regis Anglorum » (Traduction R. Foreville. Paris 1952)
4 Propriétaire d'une terre ne relevant d'aucun supérieur, donc de pleine propriété contrairement à la tenure chargée en outre d'obligations et de services.
5 M. de Boüard 1984 p.41
6 Lucien Musset. Naissance de la Normandie dans « Documents de l'histoire de la Normandie » p.101 et 105
7 Fossier R. Enfance de l'Europe Xème XIIème siècles. Paris 1942
7b Abbé Cochet. Les églises de l'arrondissement d'Yvetot. T.2 p.312
8 Lagouelle N. Essai sur la conception féodale de la propriété foncière dans le très ancien droit Normand. Thèse Paris 1902
9 Carabie R. La propriété foncière dans le très ancien droit Normand XIème XIIIème siècles. Thèse Caen 1943
10 Dudon de Saint Quentin « De Moribus et Actis Primorum Normanniae Ducum » Édition Lair. Caen 1865

HUMEUR

Convoqués ... Vous avez dit convoqués !

J'étais présent lors du conseil d'administration du Mouvement Normand à Vimoutiers du 29 février 1992 où l'un des intervenants faisait remarquer que le conseil régional d'Île de France convoquait les représentants des conseils régionaux voisins afin d'harmoniser leurs plans de développement respectifs.

Cette petite phrase et ses sous-entendus m'ont parus très lourds de sens dans le débat sur la régionalisation française, En effet, si le C.R. d'Île de France se permet purement et simplement de convoquer les représentants des C .R. voisins, cela implique un rapport de subordination qui me semble totalement intolérable.

Qu'il soit bien entendu qu'il ne s'agit pas nullement, à mes yeux, de refuser toutes coopérations avec des régions voisines, y compris l’Île de France, mais je ne peux tolérer qu'un rapport de hiérarchie s'instaure entre régions qui, par définition, doivent être considérées comme égales entre elles selon le principe de l'organisation républicaine actuellement en vigueur en France, sauf erreur de ma part.
Que l’Île de France manœuvre pour conforter la prépondérance à laquelle elle ambitionne est déjà inquiétant et que nos représentants acceptent ce genre de traitement sans y trouver à y redire ne révèle, après tout, que leur manque de fierté pour les charges électorales qu'ils occupent, mais cela implique, et c'est là que le bât me blesse, que les électeurs, de toutes tendances d'ailleurs, qui les ont amenés à ces postes sont, par ce traitement, considérés comme des citoyens de seconde zone !

Sommes-nous donc les ressortissants d'une colonie, d'un dominion ? Les plans de développement inter régionaux ainsi « harmonisés » semblent, hélas, le prouver puisque les régions périphériques à l'Île de France sont mises en coupe réglée au bénéfice des seuls franciliens avec l'aval du gouvernement et des états-majors des partis nationaux. Nous arrivons à l'institutionnalisation d'une France à deux vitesses alors que dans le même temps, l'on nous rebat les oreilles avec la constitution d'une Europe confraternelle et surtout égalitaire entre ses différentes composantes. Dans une pareille perspective, Messieurs les beaux parleurs feraient bien, à mon sens, de revoir leurs positions sur cette « organisation » intérieure avant de tenter une construction somme toute assez hasardeuse sur des fondations présentant un tel défaut. (aussi peu fiables - un tel vice)

Dominique Delapierre