On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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dimanche

Runes : novembre 1994


Le combat millénaire de la Normandie une véritable nation en lutte pour ses libertés et son identité

C'est sans hésiter que j'emploie le terme « Nation » à propos de la Normandie. Il y a cela plusieurs raisons.

La première, c'est qu'en dépit de la regrettable confusion créée par l'expression « État-Nation » consacrée en langue française – la nature de la Nation et celle de l'État sont différentes – je préfère, personnellement, la forme anglaise Nation-State, ou Nation-État, qui me paraît à la fois plus proche de la réalité et prêter moins à confusion.
C'est la Nation, société civile globale « parfaite » en sa complexité, qui est première. L'État, superstructure politique est second et de caractère subsidiaire.
La preuve en est que, si les deux concepts sont distincts, celui de Nation est dissociable de l'État alors que l'inverse ne l'est pas. On a vu et l'on voit toujours des Nations exister sans État ou écartelées entre plusieurs États : Israël, l'Irlande, la Pologne, la Nation basque, la Nation kurde pour ne citer que quelques exemples pris au hasard. Par contre, on ne connaît pas d'État sans le substrat d'une ou plusieurs Nations, à l'exception peut-être des États-Unis d'Amérique.

La seconde raison, particulière à la Normandie, c'est que son caractère de Nation distincte lui a toujours été reconnu et l'est toujours jusqu'à nos jours
[…]
Le sentiment de la spécificité Normande n'a pas disparu malgré le régime colonial interne institué au profit de Paris par la république française. Parti d'un mouvement qui affectait toutes les provinces de France – le régionalisme – ce sentiment national Normand s'affirma avec éclat dans le sillage du mouvement romantique d'une part et dans la contestation de l'État jacobin par un homme comme Arcisse de Caumont et les membres de l'Association Normande qu'il créa. Caumont est le premier sans doute à avoir compris le lien entre la réforme de l'État issu de la révolution et la restauration de ces Nations que sont les grandes provinces historiques. Il dépassait une réaction romantique quelque peu échevelée pour l'encadrer dans un projet politique et administratif radical. Caumont a également plus que pressenti le lien entre l'union de l'Europe, la réforme de l'État et la restauration des provinces historiques.

Le caractère de Nation de la Normandie éclate aux yeux de tous, Normands, concitoyens français et nombreux étrangers venus des pays Scandinaves, anglo-saxons et d'Italie du sud lors de l'extraordinaire Millénaire de la Normandie célébré avec un exceptionnel sens de la grandeur en 1911.

Enfin, la spécificité Normande est reconnue dans les temps modernes et de nos jours encore par les hommes politiques et des observateurs qui font autorité.
Dans les années 1950, d'abord André Siegfried, maître ès-sciences politiques et humaines incontesté, vaste esprit embrassant du regard la totalité du monde, qui donnait le 4 février 1955 à Rouen, à l'Association des Études Normandes une remarquable conférence sur la « Psychologie du Normand ».
Ensuite, Jean Dantain publia, toujours dans les Études, Normandes (4ème trimestre 1954) une étude sur « La mentalité Normande et les influences Nordiques ».
[…]
Enfin, en 1981, deux anthropologues, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd notaient dans « L'invention de la France » de nombreux caractères spécifiques de la Normandie... « Cette province, très proche des régions de plus dense peuplement celte, fut cependant colonisée tardivement par des Scandinaves, par des Normands dont Marc Bloch avait bien senti qu'ils n'étaient pas simplement une poignée de chefs, mais une communauté complexe et complète, incluant un grand nombre de paysans, capable de coloniser en profondeur une partie du territoire occupé. »

C'est Léopold Sedar Senghor, champion de la négritude et de la francophonie qui, en 1983 définit la « Normandité » comme un lyrisme lucide. Admirable définition de nos âmes de glace et de feu. Saluons la sûreté d'intuition de l'Africain enraciné dans sa culture et la finesse de l'analyse d'un grand lettré.
Paul-René ROUSSEL
L'Europe, La Nation Normande et la France
éditions de l'Esnèque, mai 1988

samedi

Régions à la coupe...

La décentralisation-régionalisation est vraiment le plus incroyable serpent de mer de la vie politique et administrative française. Depuis le célèbre « Paris et le désert français » que Jean-François Gravier publia dès 1947, la prise de conscience de cette question fondamentale a eu peu d'occasion de se concrétiser en prise de décision. Le serpent de mer grandit, nourri de toutes les fausses réformes et de tous les vrais atermoiements, du référendum avorté et détourné du général De Gaulle en avril 1969 aux velléités réformatrices de Georges Pompidou deux ans plus tard. Puis vinrent les socialistes. Certes, il y eut quelques sceptiques mais beaucoup crurent que cette fois là, les questions seraient examinées à fond tant leur programme et leurs déclarations étaient précis et clairs en la matière. Il était bien ancré dans l'esprit de tous que les socialistes étaient les meilleurs défenseurs de l'« idée régionale » face aux « horribles jacobins de droite » et étaient des hommes de terrain connaissant par coeur les incohérences et les aberrations de l'hyper-centralisation des administrations françaises.

Dès le mois qui suivit leur arrivée en masse à l'Assemblée Nationale, leurs députés « planchaient » sur ce qui allait devenir la Loi Relative aux Droits et Libertés des Communes, Départements et Régions, le 2 mars 1982. Une loi aux objectifs plus que louables : rapprocher les lieux de décision des administrés concernés, supprimer le contrôle a priori et la tutelle omniprésente du pouvoir central, créer un nouvel équilibre local. En bref, commencer à moderniser les structures administratives françaises en s'inspirant de celles qui fonctionnent correctement dans la plupart des pays occidentaux. De la part d'hommes politiques qui, dans un même temps, mettaient en place l'Assemblée Régionale Corse et promettaient des assemblées élues au suffrage universel dans toutes les régions de France, tous les espoirs étaient permis... L'optimisme et la naïveté faisaient bon ménage.

Gérard Landry
À côté du grand nombre de régions qui se satisfont de leurs limites (on va les persuader maintenant du contraire !), cela fait 20 ans que des pseudos régions, des régions-croupions ou des « sans-régions » bougent, râlent, pétitionnent, protestent sous l'œil indifférent des gouvernements successifs. Vingt ans que les Normands veulent leur réunification, que les Bretons réclament Nantes, leur deuxième capitale et que la Savoie, noyée dans « Ronalp » aspire à son autonomie. Seule la Corse a eu gain de cause, sans doute grâce à quelques bombes et à sa forte capacité de mobilisation. Que vont nous « pondre » les parisiens avec cette nouvelle réforme ? Sans doute quelques bonnes choses pour commencer, puisque monsieur Roccard a assuré que le gouvernement ne ferait plus d'opposition à de nouvelles limites réclamées par les élus (le cas le plus flagrant étant la Normandie). Mais on peut craindre aussi les surprises, les conglomérats nés de calculs électoraux. Car le but affiché est de créer de « grandes régions » qui « fassent le poids » vis à vis des autres régions européennes ; il faut donc regrouper les 22 régions pour aboutir à une dizaine (manifeste du P.S.).

La thèse est recevable ? Est-ce que les régions, pour être viables, pour avoir du poids, non seulement vis-à-vis des autres régions d'Europe mais surtout vis-à-vis de Paris (c'est là le gros problème français jamais abordé !). Regardons autour de nous : les 20 petites régions italiennes, les 17 « communautés autonomes » d'Espagne ont, malgré leur taille, des compétences étendues, bien plus que n'en auraient en France un « Grand Sud-Ouest » ou un « Grand Nord-Est » tels que le rêvent certains. La Sarre ou le Schleswig-Holstein, de dimensions réduites n'ont rien à envier à la puissante Bavière ou à la Rhénanie-Westphalie. Alors où est le problème ? Il est bien sûr dans le rôle que l'on veut faire jouer à ces régions. Ce n'est pas la préoccupation de la classe politique, qui se demande (Fabius) si en collant la « haute »-Normandie à la Picardie, cela lui ferait une majorité de « gauche » ou encore (Mauroy) si en collant le Nord à la Picardie, il n'aurait pas, lui, cette majorité.

Le rôle que nous voulons leur voir jouer n'est pas un rôle de figurant muet dans une tragédie moderne du théâtre parisien, mais un rôle actif qui renouerait avec l'Histoire. II faut pour cela deux conditions : une forte personnalité et un pouvoir étendu.

Cette réforme annoncée par les socialistes en 1982, puis délaissée, occultée dans le débat actuel, devrait régler les conflits de compétences entre départements, régions et administrations d'État, conflits coûteux humainement et financièrement. Cette réforme poserait la question du maintien du cadre départemental qui apparaît de plus en plus comme « de trop ».

Être prêt pour 93, rêve et cauchemar de la classe politique, ne se mesurera donc pas au nombre de régions mais à leur capacité de mobilisation (inversement proportionnelle à leur caractère artificiel) et à leur degré d'autonomie. Cette réforme est urgente.

Marc Wattiez
« Le courrier des Pays Bas Français » n°11 et 59

« Les promesses électorales n'engagent que ceux qui les écoutent »

Charles Pasqua, ministre de l'intérieur et au plan 1986-1988, 1991-...

vendredi

Runes : Mars 1994


Le sens d'un combat


... Yves LESSARD

D'un combat pour la Normandie, bien sûr !

Combat serein dans lequel la meilleure arme réside dans la force des convictions qui nous animent.

Conviction que la Normandie dispose des ressources intellectuelles et matérielles suffisantes pour permettre l'épanouissement de la personne humaine.
Conviction que nous sommes les héritiers d'une tradition que nous avons le devoir de conserver, d'approfondir et des transmettre à nos enfants.
Conviction que le véritable universalisme suppose une parfaite connaissance de soi-même et des siens.

Depuis longtemps, la Normandie est victime, comme beaucoup d'autres régions françaises, d'une émigration massive. Il en résulte un véritable écrémage de la population normande.

L'agriculture demeure une activité régionale essentielle, la façade maritime offre des possibilités de développement encore mal exploitées, l'industrie est essentiellement une industrie de main d'œuvre.

Autant de caractères propres à l'économie normande qui réclament l'adoption de mesures particulières. Mais comment faire lorsque l'on sait la dépendance étroite de notre économie régionale vis-à-vis de l'extérieur. Les centres de décision des entreprises normandes ont quitté la région comme le montre la localisation des sièges sociaux.

La culture normande ne peut se développer que dans une Normandie prospère. En période de déclin économique, la création culturelle est à peu près impossible. Devons-nous limiter notre action à la défense et l'illustration du passé, si brillant soit-il ?
Nous ne pouvons accepter que la culture normande, qui a si profondément marqué l'Occident, soit ravalée au rang de « culture musée ». Nous ne voulons pas être seulement les conservateurs de la culture de nos pères. Le développement culturel est lié en grande partie au développement économique. Mais pour parvenir à redonner à la Normandie confiance en elle-même, il faut entreprendre une action résolument volontariste.

À quoi bon réagir ? De nouvelles sources de richesses sont apparues et la Normandie n'a pas été favorisée !
C'est oublier un peu vite que l'économie d'aujourd'hui – et celle de demain encore davantage – est le résultat du travail et du génie de l'homme. D'autres régions ont mieux su tirer profit des mutations de notre temps.

Nous avons choisi de nous battre car justement nous ne sommes pas résignés. Nous savons que nous ne sommes que les maillons d'une chaîne qui se poursuit de génération en génération. Nous n'avons pas le droit de lâcher prise, ce serait trahir.
Il se trouve que nous avons compris la nécessité d'une action vigoureuse de renouveau, pour la Normandie. Nous avons entrevu des solutions.

Désormais il nous faut continuer le combat.

Le résultat sera à la mesure de notre travail et de notre intelligence mais il est vain de croire que nous puissions renoncer.
Mais la prise de conscience régionale à laquelle nous appelons nos compatriotes normands ne saurait servir de prétexte à une attitude de repli sur soi. C'est au contraire la méconnaissance de nos origines, la négation de notre identité, l'appauvrissement de notre région, l'effacement de notre culture, qui conduisent aux réactions conservatrices et xénophobes. C'est avec la grande tradition normande, celle des fondateurs de la Duché, celle des conquérants de l'Angleterre et de la Sicile, celle des pionniers de la Nouvelle France qu'il nous faut renouer.
Tout cela demeure possible. Nous en avons la certitude. Tel est le sens de notre combat.
Yves LESSARD
3 avril 1981
Haro Nouvelle série N° 1

dimanche

Runes, hors-série 2/93

Éditorial


Adresse aux français amis des lois et de la paix

Jusqu'à quand, ô malheureux Français, vous plairez-vous dans le trouble et dans les divisions ? Assez et trop longtemps, des factieux, des scélérats ont mis l'intérêt de leur ambition à la place de l'intérêt général ; pourquoi, ô infortunés, victimes de leur fureur, pourquoi vous égorger, vous anéantir vous-mêmes, pour établir l'édifice de leur tyrannie sur les ruines de la France désolée ? Les factions éclatent de toutes parts ; la Montagne triomphe par le crime et l’oppression ; quelques monstres abreuvés de notre sang conduisent ces détestables complots et nous mènent au précipice par mille chemins divers.
Nous travaillons à notre propre perte avec plus de zèle et d'énergie que l'on n'en mit jamais à conquérir la liberté ! Ô Français, encore un peu de temps, et il ne restera de vous que le souvenir de votre existence !
Déjà les départements indignés marchent sur Paris ; déjà le feu de la Discorde el de la guerre civile embrase la moitié de ce vaste empire ; il est encore un moyen de l'éteindre, mais ce moyen doit être prompt. Déjà, le plus vil des scélérats, Marat, dont le nom seul présente l'image de tous les crimes, en tombant sous le fer vengeur, ébranle la Montagne et fait pâlir Danton et Robespierre ; les autres brigands assis sur ce trône sanglant, environnés de la foudre, que les Dieux vengeurs de l'humanité ne suspendent sans doute que pour rendre leur chute plus éclatante, el pour effrayer tous ceux qui seraient tentés d'établir leur fortune sur les ruines des peuples abusés !
Français ! Vous connaissez vos ennemis. Levez-vous ! Marchez ! Que la montagne anéantie ne laisse plus que des frères et des amis ! J'ignore si le ciel nous réserve un gouvernement républicain, mais il ne peut nous donner un Montagnard pour maître que dans l'excès de ses vengeances...
O France ! ton repos dépend de l'exécution des lois ; je n'y porte pas atteinte en tuant Marat ; condamné par l'univers, il est hors la loi. Quel tribunal me jugera ? Si je suis coupable, Alcide l'était donc lorsqu'il détruisait les monstres ; mais en rencontra-t-il de si odieux ? O amis de l'humanité, vous ne regretterez point une bête féroce engraissée de voire sang. En vous, tristes Aristocrates que la Révolution n'a pas assez ménagés, vous ne le regrettez pas non plus ; vous n'avez rien de commun avec lui.
O ma patrie ! Tes infortunes déchirent mon cœur ; je ne puis t'offrir que ma vie, et je rends grâce au ciel de la liberté que j'ai d'en disposer. Personne ne perdra par ma mort ; je n'imiterai point Paris en me tuant, je veux que mon dernier soupir soit utile à mes concitoyens, que ma tête portée dans Paris, soit un signe de ralliement pour tous les amis des lois ; que la Montagne chancelante voie sa perte écrite avec mon sang ; que je sois leur dernière victime, et que l'univers vengé déclare que j'ai bien mérité de l’humanité ! Au reste, si l'on voyait ma conduite d'un autre œil, je m'en inquiète peu :
Qu'à l'univers surpris, celte grande action
Soit un objet d'horreur ou d'admiration
Mon esprit, peu jaloux de vivre en la mémoire,
Ne considère point le reproche ou la gloire :
Toujours indépendant el toujours citoyen,
Mon devoir me suffit, tout le reste n'est rien.
Allez, ne songez plus qu'à sortit de l’esclavage !
(Voltaire)
Mes parents et amis ne doivent point être inquiétés ; personne ne savait mes projets. Je joins mon extrait de baptême à cette Adresse, pour montrer ce que peut la plus faible main conduite par un entier dévouement. Si je ne réussis pas dans mon entreprise, Français ! je vous ai montré le chemin, vous connaissez vos ennemis. Levez-vous, marchez, frappez !
Marie Anne CHARLOTTE CORDAY

lundi

Runes, automne 1993


Éditorial


de … Philippe Woodland

Notre mouvement s’est donné pour but de réanimer les forces vives de la Normandie, de faire gagner aux Northmen le pari du vingt-et-unième siècle et, d’abord, d’obtenir la réunification de notre Pays. Son rôle s’apparente donc à celui d’un groupe de pression. Car si notre action possède une dimension politique, le politique ne constitue pas sa finalité unique […] mais existe-t-il des types d’élections adaptés à sa vocation ?

Les affaires communales et départementales ont un caractère particulier. Si leur solution est, en réalité, liée à l’essor de la Région toute entière, les élus locaux suffisent à y donner satisfaction. Les militants régionalistes ne peuvent tenir tous les fronts en même temps, ce qui n’empêche nullement certains d’entre eux d’assumer des responsabilités locales et d’y sentir la nécessité d’une vraie régionalisation.

Les élections nationales. Elles ne correspondent pas, en principe, à notre action […] il est certain que les députés représentent une volonté qui s’exprime au niveau national. Même si l’essentiel de leur rôle consiste à appuyer les dossiers de leur circonscription.

Quand aux sénatoriales, le système électoral en fait le domaine réservé des notables.

Il faut également songer que les partis nationaux sont armés pour ce genre de confrontation et, en général, bien implantés. Notre vocation n’est pas de les affronter sur leur propre terrain, mais de rappeler sans relâche les idées régionalistes. Celles-ci constituent pour les partis le domaine habituel des promesses non tenues ; et l’opinion s’y laisse trop souvent abuser. Cette constatation pourrait nous pousser à agir, car force est de constater que « notre terrain naturel », celui des élections régionales, est tout à fait insuffisant.

Nous sommes très loin de l’électoralisme. Car celui-ci constitue une fin en soi. Alors que notre souci primordial reste l’efficacité du combat pour les idées Normandes. Mais cette efficacité peut commander de porter notre action sur le terrain électoral, pour y être les empêcheurs de faire tourner en rond la machine des élections qui exclue le régionalisme de son jeu.

Notre but ne saurait être seulement de faire des voix. Si tel était le cas, il vaudrait mieux renoncer tout de suite. On peut malgré tout observer que nos voix pèseraient plus lourd que celles de la « majorité silencieuse ». et les dernières élections présidentielles ont montré que les partis politiques importants pouvaient faire très peu de voix. L’essentiel pour nous est que naisse un courant, non pas vraiment d’opinion, car celle-ci est versatile, mais d’intérêt et, pourquoi pas, de militantisme en faveur de la cause Normande. Témoigner de l’existence d’un mouvement comme le nôtre n’est pas un résultat négligeable […]

En définitive, le plus important est qu’il existe un large consensus au sein du Mouvement sur le ses de l’action à entreprendre […] De la discussion jaillit la lumière. À condition toutefois de parler le même langage. Tous les militants du Mouvement normand partagent une certaine vision de l’avenir de notre pays, les espoirs que nous plaçons dans les idées régionalistes. C’est à eux que reviendra la décision. Quelle qu’elle soit, nous ne doutons pas qu’elle permettra d’assurer la continuité du combat pour nos idées.

Haro-l’Œuf n°99
Septembre 1972

mercredi

Runes, été 1993


Éditorial

... Riccardo Petrella


Que nous le voulions ou non, nous subissons des définitions. Nous utilisons des mots qui sont le plus souvent ambigus, donc imprécis. Le mot « région » en est un. Son ambiguïté est due au fait qu'il est utilisé pour définir des réalités vécues comme extrêmement hétérogènes.

Ainsi, nombreux sont les Catalans, les Basques, les Écossais, les Gallois, parmi quelques exemples, qui sont vivement opposés à l'usage du terme « région » pour désigner la communauté à laquelle ils appartiennent. Pour eux, « région » est un terme réducteur, car il renvoie à celui de « nation » : d'où il y aurait des nations (celles qui se caractérisent par un État) et des régions (parties d'un État), alors que – disent-ils – la Catalogne, les Pays Basques, l'Écosse, etc., sont des nations sans État

Le mot « nation » revient chez d'autres populations, au sein desquelles des groupes parlent de plus en plus fréquemment de nation bretonne, alsacienne, corse, sarde ... Les réactions négatives que soulève une telle appropriation du mot nation sont dues – disent-ils – au fait que l'on a systématiquement et délibérément confondu nationalité et citoyenneté, nation et État-nation. Alors que la nation est un groupe relativement stable et de formation récente en Europe, qui constitue, à l'heure actuelle, l'une des formes de la vie collective associée, l'État-nation a prétendu réduire au niveau du fait étatique (l'État) le fait national, en essayant (souvent avec succès) d'éliminer la multiplicité des nationalités.

Il a rendu identique dans les principes et dans la pratique ce que d'autres États n'ont pas rendu identique : d'une part, la nationalité (par exemple slovène, macédonienne, ukrainienne, etc.) et, d'autre part, la citoyenneté (yougoslave, soviétique, etc.).

Bien que la conscience d'être une nation ne paraisse pas, pour l'instant du moins, être aussi manifestement ressentie par l'ensemble des populations mentionnées ci-dessus, il n'en est pas moins vrai que, parmi les habitants de ces « régions », il existe une conscience diffuse d'appartenir à un espace humain, culturel et historique distinct.

Chaque époque, chaque génération écrit son histoire et produit l'image qu'elle se fait de son passé. En ce sens, elle réinterprète l'histoire écrite par les générations précédentes. Réinterpréter l'histoire ce n'est pas seulement le fait d'historiens professionnels qui apportent de nouveaux éclairages. C’est aussi le fait de groupes qui prennent conscience de leur histoire et, soucieux de leur avenir, jettent de nouveaux regards sur le passé.

Ainsi, on assiste ces dernières années à un regain d'actualité du débat sur l'identité, l'unité et la diversité culturelle de l'Europe.

Pour les uns, l'Europe est une civilisation, un Kulturkreis (espace culturel) fait d'héritages sans cesse repris et sans cesse réadaptés, tels que les libertés primitives celtiques, germaniques et slaves ; l'ordre juridique romain ; l'apport grec dans l'art, le théâtre, la poésie, la science, la philosophie, la théologie ; la religion judéo-chrétienne.

D'autres nient l'existence d'une unité culturelle et d'un espace européens. Certains parce que, pour aux, les seuls espaces qui peuvent être reconnus sont les espaces nationaux. Selon eux, le fait national est celui qui, dans l'histoire de l'Europe, a eu la seule dynamique de développement évidente, permanente : c'est le fait qui resterait permanent dans l'avenir. En outre, opérant une grave confusion entre le fait national et le fait État-nation, ce courant d'opinion estime que la cristallisation de patries et d'États nationaux est le phénomène dominant de l'histoire de l'Europe. À ceux qui objectent que l'histoire nationale et, à plus forte raison, l'histoire de l'État-nation demeurent incapables d'expliquer les faits culturels de l'Europe, car pour juger et comprendre ces faits, c'est toujours au-delà et en deçà de la nation et de l'État-nation qu'il faut faire appel, ils rétorquent que ces faits culturels ont été spécifiés, précisés, au niveau de la nation et de l'État-nation.

D'autres, encore nient cette unité parce que ce qui leur parait évident, c'est l'existence de plusieurs Europes, dont les liens et les interrelations ne sont pas de nature à permettre de considérer ces différentes Europes comme parties intégrantes d'un tout.

Dès lors, plutôt que de chercher l'unité culturelle de l'Europe, il importe davantage d'essayer de comprendre comment sont nés et se sont développés les différenciations et les rapports inégaux entre régions ; en fonction de quels mécanismes les États-nations se sont constitués, pour donner à l'Europe l'histoire que l'on connait; et pourquoi on assiste à l'heure actuelle à cette explosion de conflits et d'oppositions au sein des États-nations entre la périphérie et le centre.
La renaissance des cultures régionales en Europe
Éditions Entente 1978

mardi

Runes, Printemps 1993


Editorial ...

De BERNARD CHANTEBOUT


La Nation

Le mot lui-même est ancien : on le trouve chez Rutebeuf en 1270 ; et à l'université de Paris, comme d'ailleurs à celle de Londres, les étudiants étaient organisés en quatre nations. C'est au cours de la seconde moitié du dix-huitième siècle seulement qu'il apparaît dans le vocabulaire politique comme désignant une communauté ayant vocation à l'exercice d'un pouvoir souverain. Les premiers à l'utiliser dans ce sens sont, semble-t'il, les membres des Parlements – c'est-à-dire des Cours de Justice de l'Ancien Régime. Ils s'en servent pour légitimer leur fronde contre le pouvoir monarchique.

Ainsi, initialement, l'idée de nation est un brûlot lancé contre l'absolutisme monarchique. Mais très vite, la bourgeoisie prend le pouvoir, construit un État nouveau, et l'idée de nation va devenir un instrument au service de l'absolutisme de cette classe et de cet État.

L'idée nationale a, pour la bourgeoisie, une double fonction idéologique. La première fonction de l'idée de nation est de constituer le peuple comme nouveau titulaire de la souveraineté, pour abroger le principe de souveraineté de droit divin qui puisait sa force dans une tradition presque millénaire et dans le sentiment religieux, il fallait lui trouver un substitut crédible, ce ne pouvait être que la souveraineté du peuple.

Mais l'idée nationale avait, pour la bourgeoisie, un autre avantage, plus substantiel à terme, qui était de la mettre à l'abri d'une revendication du pouvoir par le peuple réel.

L'idée de souveraineté nationale permettait de conjurer ce péril. Avec elle, le peuple est bien souverain : mais il l'est en tant que nation. La souveraineté n'appartient pas aux individus qui la composent, mais à un être fictif, la nation, qui les réunit tous. La nation est une personne morale : en tant que telle, elle a des intérêts propres, qui peuvent être distincts de ceux des citoyens considérés isolément

Ainsi, l'aboutissement concret de la théorie de la souveraineté nationale, – en tant que nation – reste bien le titulaire théorique de la souveraineté, celle-ci est exercée par une petite élite – la classe politique – qui ne peut guère, en pratique à l’époque, se recruter que parmi les bourgeois et qui saura promouvoir les intérêts de cette classe.

Au moment où Sieyès rédige « Qu'est-ce que de le Tiers-état ? » La nation française – au sens moderne du terme – n'existe pas encore. La France n'est toujours, selon le mot de Mirabeau, qu'« un agglomérat inconstitué de provinces désunies ». Pour donner du corps à sa doctrine, la Révolution va devoir s’employer à créer la nation ; et elle le fait très activement : le 14 juillet 1790, les provinces abdiquent leur privilèges et leurs particularismes pour se fondre dans un cops unique. Le découpage du pays en départements aux dimensions égales et au statut uniforme vient entériner cette fusion. Les jacobins l'emportent, et leur nom devient pour toujours synonyme de « centralisateurs ». Lorsque, le 25 septembre 1792, la Convention proclame la République, elle ne dit pas que la France est une république ; elle proclame : « la République est une et indivisible ». Ces deux qualités apparaissent ainsi d'emblée comme consubstantielles à l’idée de république…

La première conséquence de cette politique est un fantastique renforcement de l’État : à partir du moment où la nation, ainsi créée par une volonté systématique, existe réellement, un lien nouveau se forge entre les gouvernés et le pouvoir. La nation constitue le concept intermédiaire, le terme moyen, d’un nouveau syllogisme : – 1) le peuple 2) État = nation, 3) donc État = peuple – qui est à inscrire parmi les plus belles escroqueries politiques de ce temps.

Aujourd’hui l’idée d’État-nation, cause de tant et tant de morts en Europe, poursuit sa ronde funèbre à travers le monde. Partout les peuples s’entre-exterminent parce qu’ils coexistent au sein d’un même État, et que l’Europe leur a expliqué que cela ne se faisait pas, et qu’à chaque État ne pouvait correspondre qu’une seule et unique nation. Devant tant de ravages, peut-être serait-il temps de s’interroger sérieusement sur le concept même de nation.

La nation c’est donc la communauté de tous ceux qui sont favorables – ou au contraire définitivement hostiles – à l’État dont ils sont les sujets. Il en résulte que lorsque l’État se dit au service de la nation, il ‘est en fait au service que de lui-même : une politique « nationale », c’est une politique qui permet à l’État de tirer de la collectivité qu’il domine le maximum de ressources en vue d’accroître sa puissance. À cette politique, on voit aisément ce que gagnent les gouvernants : ceux qui les gênent ne sont plus seulement des adversaires politiques, ce sont des traîtres à la nation ; et les crimes que le pouvoir commet contre ses propres ressortissants échappent à toute censure au nom du principe de souveraineté et de non-immixtion : toujours du sang et des larmes ; si elle perd, la ruine ; si elle gagne et obtient le rattachement à son État de quelques territoires étrangers, son particularisme, qui est en principe sa raison d’être, s’en trouve menacé.

mercredi

Runes, Hiver 1992-93



Editorial

... du Comte de Paris


Il est actuel de disserter sur l'aliénation de la souveraineté nationale à des organismes allant des Hautes Autorités à quelque assemblée européenne, Atlantique ou mondiale. Certains se complaisent à ces perspectives, d'autres s'en irritent ou s'en offusquent (...) fréquemment (aussi) ces comportements tiennent soit au désir inavoué de faire résoudre par quelque instance supérieure les difficultés que ne peuvent plus affronter les États nationaux, soit au souci de défendre des intérêts particuliers menacés par les dispositions internationales nouvelles.

Aussi n'est- il pas superflu de creuser ce concept de souveraineté soit disant intégrale et intangible des nations ! N'est- elle pas déjà hypothéquée de cent manières avant même qu'on y porte atteinte par un contrat quelconque d'association. N'est- elle pas aliénée en fait ici et là, c'est- elle pas lésée dans de nombreux pays dont le nôtre, par la désagrégation de ses propres fondements ?

Si l'on entend par souveraineté nationale l'autorité suprême et sans contrôle de la nation sur elle-même, la libre capacité d'agir d'un État à l'intérieur de ses propres frontières, alors une mesure comme le Pool charbon-acier est révolutionnaire et crée une véritable solution de continuité historique.

Mais ne faudrait-il pas réviser cette conception formelle et juridique de la souveraineté à la lueur de l'évolution historique ? L'exercice de cette souveraineté ne doit- il pas nous préoccuper davantage que la souveraineté elle- même ?

La souveraineté nationale m'apparaît réelle et concrète seulement lorsque les conditions de son exercice sont remplies, c'est-à-dire lorsque dans un pays, les volontés de tous sont unies pour réaliser l'idéal moral, intellectuel et matériel que la notion c'est défini (...)

Si ces conditions n'existent pas, la souveraineté, même lorsqu'elle est fondée en Droit n'est plus qu'une coquille vide.

La souveraineté nationale repose donc autant que sur l'indépendance de droit à l'égard de autres nations, sur l'indépendance de fait et celle-ci tient à l'équilibre harmonieux et à l'exploitation de toutes les forces composant une nation en vue de la réalisation de son bien commun.

L'essentiel ne m'apparaît pas être la gravité des entorses légales à l'autorité suprême au profit de quelque organisme supranational, mais les atteintes insidieuses que font déjà peser sur la souveraineté la surpuissance des deux grandes nations antagonistes, aggravées par la désarticulation du pays.

Nous ne pouvons rien changer au fait que deux nations comptent 200 et 156 millions d'habitants, au fait que la seconde possède une capacité de production égale à la moitié de la production mondiale.

Nous pouvons par contre agir sur les conditions d'efficacité de notre souveraineté. La Suède, la Suisse, la Grande-Bretagne, vivent dans le même univers que la France, sont exposées aux mêmes tiraillements aux mêmes attractions, aux mêmes pressions, et pourtant ces pays qu'ils soient neutres ou associés à la politique atlantique, sauvegardent leur indépendance.

L'Histoire assigne à la France dans un délai réduit une mission et des obligations (...) La mission est d'inventer les formes de fusion ou de dépassement des souverainetés qui éviteront aux nations d'Europe l'absorption ou la colonisation ; l’obligation c'est de refaire rapidement la cohésion et l'unité du pays, de forger la volonté de vivre, car pour être à même de sacrifier tel fragment de souveraineté il faut d'abord la posséder toute entière.

Bulletin du 27 septembre 1952

vendredi

Runes, hors série n°4 1992


Éditorial

... Jean MABIRE

Tout mythe National s'enracine dans l'histoire pour la transfigurer et susciter une véritable « relance » d'un sentiment qui se transforme à son tour en événement. L'avenir s'enchaîne sur le passé. Il en privilégie certains aspects et donne un éclairage qui devient parfois contrainte, exaltant et réduisant tour à four. Le mythe devient fait.

Ainsi ce que l'on nommera un jour l'idée Nordique est-elle devenue, au fil des ans, inséparable de la réalité Normande. Elle a peu a peu conquis le régionalisme, jusqu'à s'identifier avec lui. L'originalité fondatrice de la Normandie se réclame d'abord de sa source scandinave.

C'est l'histoire de celle prise de conscience septentrionale que l'on voudrait évoquer ici. Qu'il soit bien entendu qu'il ne s'agit point d'un travail d'érudition qui prétendrait ne rien laisser dans l'ombre parmi tant d'efforts méconnus, mais bien plutôt d'une promenade sentimentale, au hasard des souvenirs, des partis pris et des injustices ... Il ne s'agit pas d'érudition, mais d'hommage à ceux qui, avant nous, selon la formule de Charles Théophile Féret, ont préféré servir la Normandie plutôt que de s'en servir. Jusqu'au début du XIXème siècle, la conscience des origines n'était pas à la mode. Certes, les historiens Normands ne manquaient pas de rappeler le rôle des scandinaves dans la constitution de l'antique duché, devenue avec Guillaume royaume Anglo-normand, mais cela était un fait tellement évident qu'il ne suscitait pas de réaction particulière.

Seuls quelques érudits isolés peuvent insister sur celte continuité de l'histoire Normande, qui fait d'une province annexée dès le début du XIIIème siècle, une Nation encore consciente de son fait et attachée à soin droit.

L'Ancien Régime avait connu la longue résistance silencieuse et sceptique des Normands. On garde la mémoire des récits des chroniqueurs latins, Dudon de Saint Quentin, Odéric Vital, Guillaume de Jumièges, Benoît de Saint-More, on fonde un véritable nationalisme sur l'œuvre de maître Robert Wace, le poète patriote de Guernesey, qui explique l'origine même du nom de Normands et conclut par ce qui va devenir l'acte de foi essentiel de tous ceux qui se reconnaissent dans Rolf et les siens :

« En North allons, de North venon
   En North fum nez, en North manon.»

Les Vikings en Normandie
Éditions COPERNIC, 1979

lundi

Runes, hors série n°3 1992


Éditorial

Lettre à un cousin de Bretagne


« Certes l'identité des peuples occidentaux est atteinte, spirituellement et physiquement, mais le ressort n'est pas cassé puisque les peuples d'Europe se réveillent, s'ébrouent et brisent leurs chaînes », disait l'orateur.

Matérialisme scientifique ou libéralisme avancé (entendez : «matérialisme marchand ») les deux se rejoignent et se complètent. Leur idée conductrice commune est de réduire l'âme des peuples, leur culture et leurs traditions. L'œuvre aurait pu réussir, mais le plus immédiatement insupportable de ces deux totalitarismes, celui sur lequel pointe toujours, figé dans l'airain, l'index accusateur des bonnes consciences qui se sont tues durant tant d'années, provoque la répulsion à laquelle nous assistons aujourd'hui. Si les peuples de l'Est ont rompu le charme maléfique qui les envoûtait depuis soixante-dix ans, il ne faudrait pas conclure que le « modèle » occidental doive constituer une référence absolue : le libéralisme est, lui aussi, sous son apparence anodine, une machine à tuer les peuples.

« Une Nation peut-elle mourir sur son propre sol ? » posait Joseph de Maistre. Les courbes de natalité des pays de la Communauté Européenne « Élargie » sont une partie de la réponse. Les Européens de l'Ouest, avant même d'exister en tant qu'entité politique, ne s'aiment déjà plus, annoncent leur morbide volonté de plus être.

Ils n'ont plus de goût pour leurs cultures, leurs traditions : leurs avenirs leurs sont obscurs et incertains, ils refusent de se transmettre.

« Nos peuples, abrutis par les commissaires politiques et les amuseurs télévisés, sont voués à la lâcheté et à la bêtise, au reniement et à la trahison.
« Partout on apprend aux gens de notre monde à avoir honte d'eux-mêmes, on répand la mauvaise conscience, on prêche l'abandon de nos valeurs et de nos traditions. »
(Jean Mabire 06/1964)

Comment oser soutenir, à partir de ce constat d'auto destruction planifiée, que, pour quelque système de valeurs morales auquel on tienne, l'Autre pourra être aimé ?
O.D.I.N.-76

jeudi

Hors-série N°2 LE HAVRE

Ville neuve, ville moderne, LE HAVRE est réputée être la ville la moins normande de la province. N'en déplaise a ceux qui ne jurent que par Rouen ou Caen, nous la jugeons totalement normande cette ville ouverte sur le monde dont la population s'est toujours montrée opiniâtre et prête à relever les défis du temps.
Limiter l'image du Hâvre à celle d'une ville sans âme, brisée par les combats de la Libération, c'est céder un peu trop facilement devant les fantasmes des « touristes » qui voudraient que la Normandie ne soit qu'une plaisante carte postale.
Le Hâvre, comme beaucoup de villes, est un espace où sont réunis des hommes qui ont une vie culturelle qui se manifeste au travers d'associations, d'institutions qui font le passé, fondent le présent et l'avenir d'une cité riche de talents.
Le Hâvre c'est un port, c'est aussi une université. Le développement d'un espace cohérent à partir d'un patrimoine, d'un savoir faire, n'est pas une idée neuve au Havre. Depuis toujours le génie de l'homme s'est manifesté dans ce finistère où il s'est forgé une mémoire collective. Car Le Hâvre n'est pas une ville sans mémoire : son passé, on le retrouve dans les rues, on le rencontre aussi chez les hâvrais qui, mieux que quiconque, savent raconter leur ville. Pour remonter plus avant dans le temps, ce sont les centres culturels, scientifiques et techniques, maritimes et portuaires, les musées du « Prieuré de Graville », de « L'Ancien Hâvre » ou le « Muséum d'Histoire Naturelle », qui abrite la vénérable « Société Géologique de Normandie ». Cette dernière diffuse ses publications dans vingt sept pays et cent cinquante laboratoires, bibliothèques ou instituts.
Mais Le Hâvre ne vit pas que sur son seul passé, l'activité culturelle se manifeste à l'École Nationale de Musique et de Danse, des Beaux Arts, ou au Musée des Beaux Arts André Malraux. Ce musée possède diverses belles pièces anciennes, mais surtout de riches collections permettant de suivre l'évolution de l'art, des précurseurs de l'impressionnisme à nos jours et Raoul Dufy.
Pourtant, tournés vers la mer, assis sur l'estuaire de la Seine, première « autoroute de Normandie », les hâvrais chaque jour font flotter haut les couleurs de la Normandie. Hier, Tancarville, demain le Pont de Normandie.
Le Hâvre Porte Océane, comme le disait Édouard Herriot, ou le Hâvre porte de l'avenir normand ? Peut-être les deux à la fois.
François DELAUNAY

La Seine-Maritime a puisé sa prospérité dans la terre,
elle a bâti sa puissance industrielle avec l'eau, la mer et la Seine.
L'avenir de la Seine-Maritime passe par l'avenir de ses ports.
Jean Lecanuet

mardi

RUNES, Printemps 1992




Éditorial
HISTOIRE DE NORMANDS

Bien sûr, la Normandie avait une histoire avant l'arrivée des Normands, mais ni elle, ni ses habitants n'avaient encore de nom. La succession de différents peuples, celtes, latins, saxons, francs, a préparé l'originalité de ces « pays » sans être capable toutefois de sceller une unité régionale indéfectible. La diversité des caractères physiques rappelait l'absence de cohésion géographique de terres tenant tantôt au Bassin Parisien, tantôt au Massif Armoricain. La vallée de la Seine apparaissait comme une coupure. Et c'est par elle que sont arrivés ceux qui devaient jeter les bases d'un destin collectif. La Normandie est un rivage d'où sont venus les Vikings qui, peu nombreux mais efficaces, lui donnèrent des cadres de vie originaux et un passé indépendant. En effet, la région ne constitue une entité historique que depuis 911, lorsque Charles le Simple, roi de France, céda ce territoire à Rollon, chef des « Northmen » ? Avec eux, une civilisation s’est mise à vivre et pas seulement dans les limites d’une frange littorale inscrite en Bresle et Couesnon. Le Québec, les Îles Anglo-Normandes, l'Angleterre conservent aujourd'hui les traces linguistiques d'une aventure longtemps commune. Il s'agit d'une civilisation de l'arbre et de la mer, de l'élevage et de la pêche, des courses lointaines et du calme des monastères. Marins, pêcheurs, colons, missionnaires, exilés emportèrent avec eux sur tous les océans un langage riche de l'intimité humide du bocage et de l'animation des quais. Les Normands gagnèrent aussi des apports à cette ouverture vers le large. André Siegfried, Normand étudiant le comportement de ses proches, ne manque pas de souligner ce trait britannique qui fait préférer les réalités et les personnages aux idéologies.

Aujourd'hui, l'attrait de la mer a perdu de sa force et les ducs de Normandie ne sont plus qu'un souvenir. Mais n'oublions pas qu'il y a plus de deux cents ans, les Normands réclamaient déjà la création d'Assemblées Provinciales. Ils revendiquaient les droits d'un héritage historique leur conférant la gestion de leurs propres affaires. De nouveau, le passé doit être invoqué : la région subit de rapides mutations ; comme ailleurs le parler se meurt, les diversités s'accusent, la concentration industrielle, en quelques lieux, vide les campagnes, la proximité de Paris active le renouvellement constant des populations des villes.

L'administration elle-même distingue deux régions de programme en opposant haute et basse Normandie. Ainsi, les caractères originaux et les hauts lieux deviennent des cartes postales. Mais une continuité demeure, une unité Normande existe, une vocation maritime est évidente, des forces vives doivent surgir. Partons alors à la découverte de ce qui fit une région, un peuple, une langue, sans nier surtout la multiplicité des réalités locales. Prenons le temps d'éliminer les images complaisantes afin de faire le partage entre le folklorique et ce qui vit, entre les évocations passéistes, empreintes de nostalgie et les aménagements possibles inscrits dans l'histoire.

MADELEINE, PASQUALINI, ROUX et FOLLEAS
Préface à l’« HISTOIRE DES NORMANDS »
F.NATHAN éd., juin 1985

Hors-série n°2




Éditorial
...de Jean Mabire

Dans la forêt sont réunis l'arbre, la pierre et l'eau des sources ou des fontaines. Ces trois éléments caractérisent les sanctuaires des anciens, dont les croyances religieuses se célébraient parmi le chant des oiseaux et les frémissements de la lumière à travers les branches.

Comme la pierre, l'arbre devenait pour l'homme de cette époque une présence sacrée. C'était un être vivant, dont la vie même se chargeait de symboles et de forces divines. On n'adorait par l'arbre pour lui-même, mais pour ce qu'il se révélait en lui de supérieur et de divin.

L'arbre qui croit vers le ciel, qui perd ses feuilles à l'automne et les retrouve au printemps, incarne l'image sacrée de l'univers, de l'éternel flux et reflux de la vie et de la mort. Les anciens avaient du temps une vision cyclique différente de notre conception moderne.

La vie de l'arbre illustre parfaitement cette vision où la mort est nécessaire à la régénération de la vie. Comme l'homme, l'arbre a son destin, et sa mort n'est pas une fin en soi.

Rappelons que les Celtes croyaient tant à la vie dans l'autre monde qu'ils prenaient des paris remboursables après leur mort, dans l'au-delà ! L'homme subit les agressions du temps et de la vie, l'arbre celles des saisons et des intempéries. De la même manière que l'être humain, l'arbre est un réceptacle du sacré.

La forêt préserve les forces élémentaires et primordiales. Elle contient elle-même ce qui était, ce qui est, ce qui sera... La mort des vieux arbres enrichit la terre pour nourrir les nouvelles pousses. C'est le cycle cosmique des naissances et des destructions. Encore un motif de sacraliser la forêt.

La forêt n'est pas seulement une juxtaposition d'arbres. Elle est aussi un être collectif, un destin. Un monde fourmillant de vie, de présences, de mille petits bruits furtifs. Un monde clos où l'homme peut se sentir à la fois protégé et menacé, selon l'état de son propre cœur, selon la confiance qu'il porte en les dieux, en lui-même.

« HISTOIRE SECRETE DE LA NORMANDIE »
  ALBIN MICHEL -1984.

« Encore faut-il choisir sa vie
   et savoir ne pas sacrifier la qualité à la quantité »
Bernard FONTALIRAND

vendredi

RUNES, Hiver 1991-92


Éditorial


... de Jean NAPOLEON

« Normands jusqu'à l'absurde »

La réunification de l'Allemagne, en train de s'accomplir et qui était inscrite dans le droit fil de l'Histoire, ou, si l'on préfère, dans le cours inéluctable des choses, m'a fait irrésistiblement penser à celle de la Normandie, qui, elle, attend toujours sa réalisation en dépit de l'évidente nécessité économique, politique et historique.

Les Allemands de l'Ouest et de l'Est disaient couramment, quand il y avait deux Allemagne : « Un seul peuple, deux États ». Nous pourrions dire à propos de notre patrie Normande : « Une seule province, deux régions ».

Les lecteurs habituels de cette revue, membres ou sympathisants de la Société Alfred Rossel, savent bien que, pour respecter leurs opinions politiques, philosophiques ou spirituelles, nous n'avons jamais publiquement pris parti pour telle ou telle thèse ou doctrine susceptible de nous diviser et que notre association ne prend jamais part à une manifestation de caractère politique.
Qu'il me soit néanmoins permis, sans choquer qui que ce soit et sans faillir à nos statuts, de proclamer notre « normandité » (le mot est de L. Sédar Senghor) et notre amour du pays qui nous a donné le jour, qui est celui de nos parents, ou que nous avons adopté pour nôtre.
Ne partageant pas l'outrance de Louis Beuve qui se voulait Normand avant d'être Français je ne saurais renier ma fierté d'être Français... en même temps que Normand. Il n'y a ni incompatibilité ni choix à faire. Par contre, je serais enclin à faire mienne l'affirmation d'Émile de La Bédollière selon laquelle « la Normandie est une Nation » si l'on donne à ce mot le sens de communauté humaine caractérisée par la conscience de son identité historique et culturelle. Oui, l'identité Normande existe, du Pays de Caux à l'Avranchin et de Cherbourg à Alençon. Elle n'est pas seulement dans les cœurs et les esprits. Elle est inscrite dans les mœurs et souvent sur le sol et contre cela le pragmatisme des politiques sera toujours inefficace. Elle découle de l'Histoire et cette identité Normande pourrait bien s'appeler « Unité ».
La personnalité Normande a été bâtie et façonnée par les Ducs successeurs de Rollon. Solide comme nos cathédrales – mais n'en ayant peut-être pas toujours eu la fierté, hélas ! – elle a défié les siècles et les tempêtes révolutionnaires ou guerrières. C'est pourquoi je suis pleinement d'accord avec le Mouvement normand qui lutte pour que les deux régions Normandes n'en fassent plus qu'une. Mais, dans nos cœurs l'Unité n'a jamais cessé d'exister. Plut au ciel qu'un jour prochain, en dépit d'oppositions aux motifs pas toujours avouables, elle se réalise dans les faits.
Certains technocrates ou aménageurs du territoire osent parler de « Grand Ouest » ou « d'Arc Atlantique », dans lequel serait imbriqué la « Basse » Normandie alors que la « Haute », elle, serait associée à la Picardie ou au Bassin de Paris. Ce serait l'horreur, la négation du « fait » Normand, alors qu'il serait si simple et naturel de reconstituer une véritable région Normande.
Nous sommes peut-être, aux yeux de ces gens-là de doux rêveurs irréalistes. Qu'importent pour eux l'Histoire et les sentiments ! Ernest Renan, qui n'était pourtant pas normand n'a-t-il pas écrit : « Les hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du Passé » ?
Que ceux qui nous gouvernent s'inspirent de cela et qu'ils aillent dans le bon sens – celui de l'Histoire – afin que la Normandie profonde soit enfin une réalité : une Grande Normandie conforme à son passé comme â son destin...

« LE BOUES JAUN »
4ème série n°13 « SAINT DENIS » 1990

mardi

RUNES Hors-série n°1



ÉDITORIAL

... de Jacques TRICOT

«Les Baltes, et tout particulièrement les Estoniens et les Lettons sont des Normands ; et ce que vous ne savez sans doute pas, c'est qu'ils en sont particulièrement conscients. Tallinn, cela veut dire « la ville des Danois » et ce n'est pas un hasard, quand j'en ai parlé au ministre estonien de la culture, le compositeur Lepo Sumera, (s')il s'est montré tout à fait d'accord...

Les Normands dorment-ils ?
La Normandie est-elle définitivement plongée dans une sorte de léthargie ?
On pourrait le croire…

Les Normands, qui se proclament avec fierté « sire de seï », sont-ils devenus de vagues sujets, tout juste bons à être colonisés par l'administration de la puissance occupante ?

À l'heure où tes Lituaniens n'hésitent pas à dire à Mikhaïl Sergueivitch Gorbatchev ce qu'ils pensent de la colonisation russe, et envoient au Soviet suprême des députés qui n'hésitent pas à mettre les pieds dans le plat sans aucune gène ni hésitation, les Normands se contentent de déléguer à la soi-disant « assemblée nationale » un ramassis de « béni-oui-oui », dont on attend encore qu'ils élèvent quelque peu la voix pour défendre, ne fut-ce que timidement les intérêts de leur pays.

Les Pays Baltes ont réussi à ne pas être russifiés, ni par les Tzars, ni même par Staline qui ne lésinait pourtant pas sur les moyens, alors que les Normands s'en trouvent réduits à quémander aux technocrates snobinards parisiens le droit d'être eux-mêmes.

Les Pays Baltes ne sont pas un sujet qui peut nous intéresser de loin, mais bien au contraire, être au premier plan de nos activités. »

« UNITÉ NORMANDE n° 142- 01:1991 »
« UNITÉ NORMANDE n° 144- 03:1991 »

DAVANTAGE DE CULTURE !
DAVANTAGE DE CULTURE EUROPÉENNE
SOYONS DES ESTONNIENS, MAIS DEVENONS AUSSI DES EUROPEENS !
Gustav SUITS

samedi

RUNES Automne 1991




Éditorial
... de Jean MABIRE

Toi qui nous lis, toi qui n'aime pas ce vilain papier, cette présentation de misère, toi qui ne comprends pas tout ce vocabulaire nouveau.
Camarade à qui on a si peu ou si mal parlé du pays de tes pères, à qui on n'a jamais raconté la vie de ceux qui labourèrent nos champs et bâtirent nos villes, à qui on n'a jamais montré la mer d’où sont venus les hommes du Nord.
Toi qui es seul dans ton « coin de province » dans ton « trou de campagne », toi qui ne retrouves plus ton chemin dans les ruines de ta ville ou dans le désarroi de tes croyances.
Mais qui veux quand même agir, qui veux quand même espérer – camarade qui veux rester « jeune » au milieu de tout ce monde de petits vieux
Toi qui t’accroches et qui en emmènes d'autres : frères, camarades, copains des auberges, garçons et filles des groupes folkloriques ...
Toi qui sais encore sourire et qui crois à cette force merveilleuse de notre âge. Viens avec nous –
Écris à « Vikings » – Assure la diffusion du journal. Groupe des camarades autour de toi. Fais des abonnés. Envoie-nous des suggestions et des articles. Critique-nous si tu n'es pas d'accord. Mais ne dors plus camarade, ne reste plus tout seul dans ton coin, les mains dans les poches.
C'est par un grand courant d'amitié et par une volonté farouche que nous pourrons redonner à la jeunesse de Normandie la foi et la confiante qui lui manquent
Ne trouves-tu pas cette aventure magnifique ? Nous partons à la découverte, mais c'est nous-mêmes, c'est notre propre pays qu'il nous faut découvrir. Mais non pas isolés, le dos tourné à tous ces jeunes qui cherchent aussi, la main fermée à tous ces garçons et à toutes ces filles que rien ne distingue de nous à travers la France, à travers la vieille Europe.
Mais comme te dit le chant de route « la main dans la main ».
Camarade viens avec nous, viens allumer des feux, viens chanter, viens vivre. Embarque-toi pour un immense voyage.
Sois un des premiers du premier « drakkar ».
« VIKING n°1 – 1949 »
« SI TU ES QUELQU'UN DE MA RACE
IL FAUT QUE TU PRENNES EN MAIN MA CAUSE ... »
Chant populaire danois.