On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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samedi

Rendre le pouvoir au peuple ?

Comment fonctionne, aujourd'hui, en France, la démocratie ? La volonté du peuple peut-elle vraiment s’exprimer ? Le peuple exerce-t-il effectivement le pouvoir ? En réalité, de plus en plus, la volonté du peuple se trouve morcelée, son pouvoir confisqué, et son intérêt masqué. Les corps des classes intermédiaires évoluent comme l'aristocratie sous l'Ancien Régime : elles passent des services aux privilèges, et des privilèges aux prétentions. Elles se coupent ainsi progressivement du peuple. Conservatrices de leur propre pouvoir, elles freinent le progrès, notamment social, de la nation.

« Par définition, dit Yvan Blot, l'ensemble des consommateurs n'a pas de compétence particulière. Et pourtant il assure, par ses choix, une régulation de l'économie très supérieure à celle des planificateurs de l'État. En effet, le mécanisme expérimental des essais et erreurs façonné par l'évolution historique et appliqué à des millions d'êtres humains permet d'accumuler une connaissance des réalités bien supérieure à celle que peut obtenir un bureau centralisé à l'aide de statistiques ».

L'Occident n'a atteint son degré de civilisation que parce qu'il a toujours su admettre la remise en cause des données scientifiques acquises et la remise en cause des pouvoirs acquis.

Territoire et destin en friche

À force d'avoir le nez dans les étoiles (y compris les douze européennes), les peuples ont oublié qu'ils avaient les pieds sur terre, à défaut d'aménager intelligemment leur territoire pour conforter leur démarche...

L'économie incontournable

L'aménagement du territoire ; ardente obligation ou bonne gestion, légitime aspiration ou véhémente revendication selon les uns ou les autres mais évidence pour tous... à notre époque. Cela n'a pas toujours été aussi évident. Notre pensée qui se veut visionnaire n'est que l'aboutissement très temporel d'un processus multi séculaire que l'on projette dans un court ou moyen terme hypothétique. Pourtant les concepts et effets de l'aménagement du territoire ont en commun d'être aussi longs à mettre en place qu'à s'effacer. Grossièrement, la France (selon le même principe que tous les autres pays « développés ») avec ses cinquante-cinq millions d'habitants produit les cinq cent mille ingénieurs et techniciens réellement utiles ; le reste a un rôle de vivier et de consommation, le nombre sert les économies d'échelle. Les pays en voie de développement fournissent les mains d'œuvres nécessaires aux grandes séries de production ou traitement à faible coût. Le quart monde constate et regrette à l'exception de la coopération qui, comme l'a dit un ministre de Mrs Thatcher, consiste à verser des fonds aux riches des pays pauvres grâce à une ponction fiscale opérée sur les pauvres des pays riches.

La répartition internationale du travail autorise les profits n'importe où sans l'obligation d'aménagement durable des sites et la prise en compte des difficultés sociales des habitants locaux.

En marge de ce survol historique, notons que, de l'espace tribal à la circonscription électorale en passant par la féodalité, le territoire a toujours été fondateur et référentiel du pouvoir, des lois, des coutumes, de la communauté d'intérêt et des conditions de vie.

Vive l'État-Nation

Le libéralisme reconnaît à l'État deux droits justifiant son existence : fournir les infrastructures du développement économique, panser les plaies des laissés pour compte du dit développement ; l'adage récent « État moderne, État modeste » fait tristement suite aux célèbres « Laissez faire, laissez passer » et « Enrichissez-vous ».
Allégorie célébrant la nouvelle division du royaume en départements égaux en 1790.
Avec ce découpage les circonscriptions administratives sont féodalisées au profit des notables localistes qui « gouvernent » sous la tutelle des préfets.

Plutôt que de s'enfermer dans des querelles de définition et attribution des rôles (comme celles suscitées par la notion de subsidiarité dans le Traité de Maastricht ou la préparation avortée du Xleme Plan ou par l'enquête de Pasqua sur l'aménagement du territoire) considérons les trois fonctions régaliennes qui justifient l'existence de l'État et son intervention pour aménager le territoire :
- assurer la subsistance du peuple (économie et fiance)
- assurer la paix intérieure (justice, solidarité et condition de vie)
- assurer la paix extérieure (diplomatie et défense)

Pour plus d'efficacité, cela suppose l'homogénéité ethnique et culturelle sur un territoire, selon une histoire pour un destin.

La seconde légitimation d'un État repose sur sa réussite dans ces trois fonctions plus que par le degré de démocratie qui l'a porté au pouvoir. Une dictature, illégale au départ, peut se légitimer, donc accéder au stade supérieur de la perfection politique, en aménageant correctement le territoire et en assurant ses fonctions régaliennes dont le point « de vie décente » devient crucial pour le jugement de l'Histoire. La dictature peut-être utile pour la préparation nécessaire d'une forme de démocratie conforme à un peuple pour gérer son espace vital. La première légitimation d'un État est d'être l'aboutissement logique d'une synthèse comprenant les éléments de l'histoire, de la géographie, de la culture d'un peuple qui adhère naturellement au système. L'intervention de l'État dans le domaine des relations extérieures pour l'économique et le social, au sein de l'Union Européenne ou de l'Organisation Mondiale du Travail, n'est pas l'objet de cet article mais elle doit rester présente à l'esprit. En effet, il faut tenir compte d'une part des besoins en matières premières et des besoins de débouchés pour nos entreprises, d'autre part d'un système de concurrence et imbrications internationales qui sont des réalités contraignantes pour longtemps encore. Ce n'est pas d'hier que les bourgeois, commerçants et affairistes, ont porté les beffrois plus haut que les clochers en même temps qu'ils faisaient du système urbain le pôle économique prépondérant au détriment du système rural. L'aménagement du territoire est peut-être l'amorce de la revanche posthume des féodaux qui prenaient en compte la terre nourricière et source de puissance avec les serfs qui y étaient, affectés. Ces derniers trouvant là une sécurité d'emploi et de protection face aux agressions des « voisins » que l'on rencontre de moins en moins dans nos banlieues.

Acteurs et conditions.

Les acteurs de l'aménagement du territoire peuvent être regroupés en trois catégories :
- les institutionnels : l'État, les collectivités locales, les entreprises nationales.
- les ambigus : entreprises privées, les multinationales.
- les zombies : l'Union Européenne, les partis politiques.

Bien évidemment, l'aménagement du territoire est plus facile en période de prospérité, mais c'est, justement à ce moment qu'il est le moins nécessaire. À cela s'ajoutent les difficultés dues à un jacobinisme persistant dont s'accommodent les fonctionnaires, les quémandeurs, les dépourvus d'imagination, de repères ou d'envergure.

Autre problème d'ordre intellectuel ; le mépris du monde rural parce qu'il existe un mythe de la ville source de progrès, de profit de confort, de loisirs, de services, de vie, de démocratie, de convivialité et toutes autres bonnes choses que l'on constate de moins en moins, mais qui existent aussi en milieu rural, même si cela est de façon différente. Les révolutions industrielle et informatique ont relégué le secteur primaire dans le domaine des parcs et des musées, maintenant il faut payer ces erreurs.

Critères et finalités

L'aménagement du territoire n'est pas une fin en soi mais a une finalité. C'est un moyen qui a lui-même besoin de moyens. Les critères d'action sont déterminants et révélateurs du pouvoir qui ordonne (au double sens de ‘dirige’ et ‘détermine une disposition’). On peut partir des ressources locales, créer des conditions artificielles, utiliser des faits, les finalités contribuent toutes à l'unité nationale ; ce peut-être un paradoxe du régionalisme, les finalités sont aussi le reflet des peuples, des pouvoirs, de leurs histoires. Quelques exemples :

- U.R.S.S. : organiser l'interdépendance des régions en les spécialisant (imbrication pour dominer).
- Allemagne : quadrillage du territoire à des fins stratégiques mais permettant à chaque allemand d'accéder de façon égalitaire à tout le territoire (longue tradition de länder, indépendants puis fédérés) à l'opposé du réseau en étoile autour de Paris (conception différente de l'État mais même résultat de « bornage » dans l'esprit du peuple).
- Italie fasciste : assèchement des marais pour l’agriculture ; œuvre paternaliste de nourriture (deux des quatre pulsions fondamentales de l'homme) mais aussi fierté de vaincre et féconder la nature.
- Conquête de l'Ouest américain : exemple type d'une puissance assise sur un territoire ou l'égalité de droit et de propriété crée un intérêt commun et une solidarité.
- Les colonies de peuplement israéliennes : dans les zones occupées ; ré appropriation du soi dans le cadre du mythe biblique.
- La planification française : esprit cartésien qui quantifié tout le projet avec une rigueur mathématique peu compatible avec la vie. La planification ne s'y fait pas en termes qualitatifs, coordonnés, d'objectifs sans délai. On rêve de disposer d'une mine et d'un port en Savoie comme en Vendée ou en Lorraine. Les jacobins croient que « Unité » est synonyme « d'Uniformité ». Les phénomènes d'interaction et de dépendance des secteurs ne sont pas pris en compte.

L'aménagement du territoire est donc tout sauf une clause de style dans la vie politique. Pour pasticher, je crois même que c'est une affaire trop sérieuse pour les hommes politiques, il vaudrait mieux le laisser aux hommes qui ont le sens de l’État ainsi qu'une conception claire de leur appartenance nationale et de leur fonction.

Une constitution fédérale serait une bonne solution pour l'aménagement du territoire, donc pour la France.
Éric Valin

Nous sommes tous des pêcheurs Normands

Depuis longtemps nous avons exprimé notre sympathie pour la cause de la pêche Normande. En 1980, nous participions à la grande manifestation des pêcheurs Normands à Paris où les drapeaux aux léopards ou à croix de saint Olaf flottèrent sur le pont de Bir-Hakeim. Nous garderons de ce jour là l'impérissable souvenir de la colère Normande s'exprimant face à l'indifférence de l'État central... Concernant la question des îles de la Manche, quelles soient sous souveraineté britannique ou sous domination française, elles sont toutes Normandes, elles font partie intégrante de la Grande Normandie !

La situation n'est pas sans rappeler la fameuse distinction maurrassienne entre le Pays Légal et le Pays Réel... Et c'est quand le Pays Légal ne prend pas en compte les problèmes du Pays Réel qu'alors se déchaînent les violences légitimes. Car le Pays Légal ne connaît et n'excuse que les violences abusives, sinon comment oublier les étranges impunités dont bénéficient les « casseurs » des banlieues ? Alors que, lorsque le Pays Réel a le sentiment que la coupe des avanies déborde, les violences légitimes auxquelles peuvent se livrer certaines populations désespérées sont sévèrement réprimées, tandis que les revendications les plus justifiées sont plus ou moins ridiculisées par la clique médiatique parisienne et les moralistes en chambre de la classe intellectuelle...

Être du côté de ceux qui, bien que travaillant dur, sont spoliés du fruit de leur labeur, est un devoir sacré, et quand on méprise certaines professions nous savons bien qu'on insulte tout ce qui fait la grandeur quotidienne du peuple Normand. Pour faire plaisir à des notables en quête de casquettes gratifiantes, on a arbitrairement divisé la Normandie en deux régions. La Normandie ne s'en remet pas. Ni la « haute », ni la « basse »-Normandie ne savent tirer leur épingle du jeu dans la grande partie de Monopoly que constitue l'Aménagement du Territoire et nos petits roitelets – présidents de régions-croupions – n'ont pas l'entregent suffisant pour exiger de l'État central une nouvelle prise en compte des problèmes de certaines de nos catégories sociales et professionnelles.

Veut-on un exemple ?
Comment a-t'on pu tolérer que l'État français ferme son consulat en l'île de Jersey alors que Madame le Consul, aux dires mêmes des représentants de la profession, avait toujours su défendre au mieux les intérêts de nos pêcheurs ?

Qu'a fait le président de la région de « basse »-Normandie devant cette dérobade étatique ? Et son collègue de « haute »-Normandie, qui n'a même pas du se sentir concerné ? Rien, bien évidemment ! Eussent-ils, d'ailleurs, protesté, qu'ils l'auraient fait de façon discordante et donc, inopérante. Voilà le résultat de la division Normande !

Rapportez cela au problème des routes, à celui du chemin de fer, aux investissements structurants et vous comprendrez alors pourquoi, aujourd'hui, en ce mois d'avril 1994, la Normandie se trouve dans une situation dramatique au plan économique et social, avec 200 000 demandeurs d'emploi officiellement recensés, le triste record de France de l'endettement des ménages et un retard scandaleux en matière de communications.

Dans l'affaire des archipels des Minquiers et des Ecrehous, il est navrant que ces îlots soient interdits à nos marins-pêcheurs et que six à sept cents familles pâtissent de cette forme d'exclusion de la part de nos compatriotes Normands des îles de la Manche qui ne font pas partie de l'Europe communautaire. C'est bien la raison pour laquelle ils peuvent s'opposer à l'accès des eaux de l'archipel Normand, puisqu'elles ne sont pas communautaires...

Il est étonnant que le gouvernement français ait accepté l'entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun sans exiger que les îles de la Manche fussent concernées... Là est la vraie question.

Et cette question date de 1204. C'est a dire de l'annexion par un royaume continental d'esprit d'une Normandie maritime par essence... Paris a « oublié » les îles en 1204, parce que les français ignoraient la réalité maritime. La France a perdu devant le Tribunal International de La Haye en ce qui concerne les Minquiers et les Ecrehous parce que ses juristes, notoirement insuffisants en matière de droit maritime, ont été surclassés par les spécialistes en Droit Normand que les britanniques ont eu l'intelligence de mettre en avant !

Oui le jugement de la Cour de La Haye est inique.
Mais à qui la faute ?
Grugés à La Haye, évincés des Minquiers et des Ecrehous, les Normands du continent sont en plus méprisés par Paris.
Voilà la réalité ! Et tant que nous n'exigerons pas que la Normandie soit réunifiée et puisse, de ce fait, prendre en mains son destin, nous connaîtrons des désastres.

Prenons-nous le chemin d'un réveil de la Normandie ?
Nos régions, puisqu'il faut parler au pluriel, sont-elles à même, de profiter de l'émergence du pouvoir régional, depuis les fameuses Lois Déferre de 1982 ?
La réponse est non !
Et ce pour deux raisons :
– les responsables régionaux, depuis 1982, n'ont pas su, ou n'ont pas voulu coordonner leur action. Les contrats de plan État-Région qui ont été signés l'ont été sans concertation entre l'Abbaye aux Dames et la Caserne Jeanne d'Arc. Cette situation est déplorable. Elle livre la Normandie aux appétits boulimiques du Grand Bassin Parisien qui, dans son contrat de plan inter régional inclus intégralement la Normandie.
– la première mouture du projet de loi sur l'aménagement du territoire est une régression de vingt ans. La région, dont les français pensent que c'est l'échelon où doit s'organiser l'aménagement du territoire, se voit dépouillée de ses prérogatives et, surtout, de ses moyens financiers qui sont transférés aux départements.

Voilà la grande réforme Pasqua !

Croyez-vous qu'avec cela la Normandie va redevenir la communauté vivante, dynamique que nous appelons de nos vœux ?

Croyez-vous que les Normands seront mieux défendus par de petits chefs de chefs-lieux de canton n'ayant d'autre ambition que leur réélection, d'autre action que l'assistanat social intéressé, d'autre vision d'ensemble que celle de l'arrondissement sur lequel régnera un sous-préfet aux ordres ?

La réforme Pasqua, c'est la revanche du corps préfectoral et de la multitude des petits potentats qui laissent l'État totalitaire gérer les vraies affaires. Pouvons-nous nous satisfaire de la manière dont l'État central a su défendre les intérêts Normands en générai, des marins-pêcheurs en particulier ?
Didier Patte

dimanche

Les Normands et leurs révoltes

Peu portée à la violence, la Normandie ne présente guère de terre traditionnelle de révolte que le Bocage. Encore s'agit-il de bien saisir le caractère de ces flambées de violence et de cette protestation populaire : ces réactions spontanées et brutales tendent à la défense de situations et de privilèges menacés par une modernité qui dérange. Jamais elles ne s'appuient sur un idéal progressiste. La Normandie sera une terre d'élection pour la chouannerie.
L'examen des mouvements populaires, urbains et ruraux en « haute » Normandie conduit à peu près aux mêmes appréciations. On y a trouvé de l'irrévérence, de la fronde, des violences à caractère folklorique, mais rien qui ne soit de nature à troubler l'ordre public établi.
– 996, les paysans s'organisent, élisent des délégués pour contester les nouveaux droits féodaux et la suppression des droits traditionnels.
– 1258, rédaction du « Grand Coutumier de Normandie », qui est une compilation du droit local Normand.
– 1276, 1292, émeutes antifiscales.
– 1315, établissement de la « Charte aux Normands ».
– 1337, des représentants de la noblesse, du clergé et des communes se réunissent à Pont-Audemer, constituant les États de Normandie.
– 1339, refus du Subside, l'impôt ne peut plus être levé s'il n'a pas été voté par les États Provinciaux.
– 1351, compte tenu de l'état désastreux de la Normandie la perception du Subside entraîne des émeutes à Rouen. Sur le plan politique, pendant cette « Guerre de Cent ans », les Normands ne prennent position ni pour les français, ni pour les anglais.
– 1356, en janvier, Geoffroy d'Harcourt refuse le serment vassalique au Dauphin Charles, tant que la « Charte » ne sera pas solennellement confirmée.
, en février, la noblesse Normande refuse la levée de l'impôt sur ses domaines. Capturés, lors d'un banquet au château de Rouen, Jean d'Harcourt, les sires de Granville et de Mainemare sont décapités et leurs corps pendus au gibet.
– 1382, la clameur de Haro est lancée contre les aides extraordinaires, c'est la Harelle contre la politique de la régence qui ne respecte pas ses engagements envers la « Charte », et les officiers royaux qui se conduisent comme en pays conquis.
– 1435, 1447-50, brigandages anti-godon dans les forêts, le Bocage, au sud de Caen, le Pays de Caux et alentours de Bayeux, le Pays de Lyons et l'Avranchin.
Pourtant l'« expérience anglaise » a renforcé le particularisme Normand en rétablissant l'Échiquier à Rouen et en instituant l'Université de Caen.
– 1461, Ligue du « Bien Public », – nobles contre l'autorité royale.
– 1530, la Normandie est une « terre de Réforme », autant par réaction sociale que pour manifester son particularisme. Malgré les Guerres de Religion, le seizième siècle marque une apogée économique. La population s'accroît malgré la récession et la peste.
– 1540, le Parlement de Rouen se réfugie à Bayeux et refuse d'enregistrer l'édit de Villers-Cotterêts qui impose le parler d'Ile de France. Parallèlement, la révolte des « Nu-pieds » confirme l'hostilité croissante des populations contre les horsains.

Le Cardinal-duc de Richelieu se méfiait
des Normands qui
« ont tendance à porter haut
et à se souvenir d’avoir eu un Duc. »

– 1635-38, l'augmentation de la Taille, l'institution d'« Emprunts obligatoires » causent des troubles sanglants à Avranches, Bayeux, Vire, Coutances, Tinchebray, Caen, Mortain, Rouen, Saint-Lô ; noblesse, clergé, communes, tous les corps sociaux Normands s'associent à la clameur de Haro. L'Échiquier donne raison à la Normandie contre l'administration.
– 1639, la Normandie, pays de « franc salé », se voit soumise à la juridiction des pays de « grande gabelle », ce qui entraîne la révolte des « Nu-pieds » ; l'accroissement des taxes sur les teintures et les cuirs cause des émotions populaires à Rouen et à Caen. La suppression du Parlement de Rouen sera la conséquence de ces révoltes contre la présence française.
– 1666, la Normandie adhère à la Fronde, en représailles la « Charte » sera supprimée et la Duché divisée en trois Généralités.
– 1685, révocation de l'Édit de Tolérance.
En supprimant les États Provinciaux de Normandie et en révoquant l'Édit de Nantes, Louis XIV a démantelé toute la vie politique et économique de la Normandie ; la natalité est en baisse et la spéculation sur le grain entraîne la spéculation foncière.
– 1762, création du JOURNAL DE ROUEN. Boulainvillers, pour qui la noblesse est d'origine franke et saxonne, déclare : « Le roi n'est que le premier, chacun des seigneurs reste maître de ses terres, comme il est maître de lui – même ».
– 1771, à la faveur de la réforme Maupeou, suppression du Parlement de Rouen.
– 1786, le Traité de Versailles est signé avec l'Angleterre, ce qui est une bonne chose pour la marine en est une autre pour l'industrie et ... la contrebande avec les Iles Normandes qui fait vivre une frange de la population au Sud de la Normandie.
– 1788, révoltes à Cherbourg, contre la cherté des grains et la suffisance de ce que l'on appellera bientôt fonctionnaires.
– 1789, Alençon, pétition en faveur de réunions périodiques d'États Provinciaux.
Nombre de paroisses demandent « que la Province soit réintégrée dans les droits qu'elle a droit de réclamer : que les États Provinciaux soient rétablis ; que la Charte normande soit respectée et exécutée », comme à Saint Martin de Maromme, baillage de Rouen.
Les cahiers de doléances, montrent, ici aussi, le souci de s'affirmer différents. Que l'on tienne pour les anciennes institutions, ou pour les idées nouvelles, la permanence du particularisme normand a été un élément décisif dans l'adhésion de la Duché aux « principes de 89 », et ce en réaction aux effets d'un centralisme croissant. Seulement, c'est une constante, les normands sont légalistes. Les débordements des mouvements parisiens et l'appropriation exclusive de la chose publique par les jacobins ont, plus que dérangé les normands, créé un sentiment de frustration en s'ingérant dans les affaires de la Normandie. Ce sera la cause de la désaffection de la majorité des normands. Si l'on a pu voir quelques figures se distinguer dans les différents camps, ce furent plus celles de défenseurs intéressés d'institutions que d'idéologues. La Normandie marque, ici encore, de son lyrisme lucide des idées, des rêves tous empreints d'une patiente détermination.
Francois DELAUNAY

lundi

Vers un nouvel aménagement du territoire !

La classe politique française ne sait plus comment faire face à la situation économique et sociale. Certains semblent redécouvrir les vertus de l'aménagement du territoire, mais négligent de préciser qu'aucun progrès ne sera réalisé s'il n'est mis fin à l'hypertrophie de l'Ile de France où sont concentrés tous les pouvoirs et les moyens qui règlent nos destinées.

L'aménagement du territoire n'est pas la panacée qui résout tous les problèmes après quelques incantations. C'est une politique à long terme dont le but doit être l'harmonisation des ressources humaines et matérielles pour assurer l'intérêt général.

La France est, sans aucun doute, le modèle du centralisme, inégalable au moins dans la durée. Les structures bureaucratiques omniprésentes offrent une impunité à ses serviteurs qui ferait pâlir d'envie tous les dictateurs. Les résultats d'un tel système sont éclatants : l'Ile de France est, en poids, la première des régions ; elle concentre sur deux pour cent de l'hexagone un tiers de la richesse nationale, deux-tiers du "tertiaire" supérieur, soixante-sept pour cent des diplômés de l'enseignement supérieur. Cette richesse de moyens n'attire pas que la richesse et si le ministre de l'Intérieur décide d'ouvrir un débat national sur l'aménagement du territoire, ce n'est certainement pas pour, subitement, partager ses meilleures cartes avec des partenaires provinciaux.

– L'Ile de France prend conscience que l'ouverture des partenaires européens vers l'Est a déplacé l'axe industriel de la communauté européenne vers l'Orient, minimisant la place de Paris, donc de la France, dans le concert des douze. Les atermoiements de la Bundes Bank lors de l'assaut estival contre le Franc en sont un avertissement.

– L'Ile de France est une région, son territoire n'est pas extensible. La croissance démographique et les mœurs actuelles ne permettant pas de continuer indéfiniment d'entasser verticalement ses nouveaux habitants, un partenariat s'impose avec les autres collectivités du Bassin parisien.

– La première solution envisagée a été le Grand Bassin Parisien. Cette machine de guerre contre les provinces limitrophes aurait impliqué une approche trop longue et trop de moyens pour mettre Normandie, Champagne et autres Picardie en coupe réglée.

– La seconde possibilité c'est de présenter un aménagement du territoire profitable pour l’ensemble des régions périphériques. Tout le monde a son mot à dire et sa part de responsabilités à assumer, pour que des cadres supérieurs qui peuvent supporter les coûts de vie ou immobiliers d'une mégalopole restent près de la capitale et les autres : jeunes, cadres intermédiaires du tertiaire et moins jeunes, puissent trouver de nouvelles terres d'asile à la portée de leurs moyens.
Ce second scénario, qui s'inscrit localement dans le sens des conclusions du Projet Régional d’ Aménagement du Territoire "haut" Normand, autant que dans les souhaits vertueux de Charles Pasqua, sera certainement la solution retenue pour la plus grande satisfaction de tous. Bien que ...

Réfléchissons bien.

Compte tenu de la situation économique, les jeunes rencontrent de plus en plus de problèmes pour s'intégrer à la vie active. La crise que nous traversons est dénoncée depuis vingt ans comme liée à la conjoncture, mais si elle était structurelle comme quelques uns commencent à le dire ? Cela nous changerait du credo entendu ! Le problème irait alors, donc, en croissant.

Les actifs du tertiaire ? Activité merveilleuse, non polluante ... c'est bien le tertiaire, mais avons-nous assez marqué notre opposition aux turbo-profs pour accepter que la région devienne un dortoir en contrepartie du plat de lentilles que figurerait l'amélioration des communications qu'on nous refuse depuis vingt ans ? Allons-nous nous résigner à dépenser un milliard six cents millions pour former des diplômés qui iront produire ailleurs ?

Quant au troisième âge – en dehors de toute considération financière (puisque passé cinq ans les coûts sociaux sont à la charge des collectivités d'accueil, que la retraite est à soixante ans et que l'espérance de vie s'accroît de trois mois tous les ans) – reconnaissons que ce n'est pas une hypothèse de développement régional très dynamique.

Il faut malgré tout raison garder. Le département de Seine-Maritime est le premier de France pour le surendettement. L'industrie Normande est soumise à des pressions extérieures de plus en plus fortes à mesure que ses centres de décisions s'éloignent de Normandie. Il n'est pour exemple que de se rappeler l'affaire des cimentiers des mois de juillet-août à propos d'implantation sur le Port « Autonome » de Rouen. Enfin, la Normandie, même avec les îles, ne représente pas le tiers des résidents d'Ile de France.

Il nous faut donc composer Nous ne sommes en mesure d'imposer nos volontés que pour sauvegarder ce qui nous est essentiel, et pour commencer l'identité de notre peuple Normand.

Faute de volontés politiques, nous n'avons pas été en mesure de contrôler l'occupation de notre territoire sur l'axe séquanien, si bien que jusqu'à Vernon nous somme plus emparisiannisé que Louis Beuve ne pouvait le dire de l'embretonnement du sud de la Manche. Il est donc nécessaire, sinon urgent, de tout mettre en œuvre pour qu'au-delà des contreparties techniques qui nous seront offertes d'ici la fin du IXème Plan, c'est à dire 2015, nous affirmions avec la plus grande énergie notre volonté de rester Normands en Normandie, que nous prouvions notre capacité à exister en tant que tels.

Nous ne voulons pas d'une Normandie où la certitude de limiter notre déclin s'échangerait avec celle de notre disparition.
Gilbert Crespin

mercredi

Runes, été 1993


Éditorial

... Riccardo Petrella


Que nous le voulions ou non, nous subissons des définitions. Nous utilisons des mots qui sont le plus souvent ambigus, donc imprécis. Le mot « région » en est un. Son ambiguïté est due au fait qu'il est utilisé pour définir des réalités vécues comme extrêmement hétérogènes.

Ainsi, nombreux sont les Catalans, les Basques, les Écossais, les Gallois, parmi quelques exemples, qui sont vivement opposés à l'usage du terme « région » pour désigner la communauté à laquelle ils appartiennent. Pour eux, « région » est un terme réducteur, car il renvoie à celui de « nation » : d'où il y aurait des nations (celles qui se caractérisent par un État) et des régions (parties d'un État), alors que – disent-ils – la Catalogne, les Pays Basques, l'Écosse, etc., sont des nations sans État

Le mot « nation » revient chez d'autres populations, au sein desquelles des groupes parlent de plus en plus fréquemment de nation bretonne, alsacienne, corse, sarde ... Les réactions négatives que soulève une telle appropriation du mot nation sont dues – disent-ils – au fait que l'on a systématiquement et délibérément confondu nationalité et citoyenneté, nation et État-nation. Alors que la nation est un groupe relativement stable et de formation récente en Europe, qui constitue, à l'heure actuelle, l'une des formes de la vie collective associée, l'État-nation a prétendu réduire au niveau du fait étatique (l'État) le fait national, en essayant (souvent avec succès) d'éliminer la multiplicité des nationalités.

Il a rendu identique dans les principes et dans la pratique ce que d'autres États n'ont pas rendu identique : d'une part, la nationalité (par exemple slovène, macédonienne, ukrainienne, etc.) et, d'autre part, la citoyenneté (yougoslave, soviétique, etc.).

Bien que la conscience d'être une nation ne paraisse pas, pour l'instant du moins, être aussi manifestement ressentie par l'ensemble des populations mentionnées ci-dessus, il n'en est pas moins vrai que, parmi les habitants de ces « régions », il existe une conscience diffuse d'appartenir à un espace humain, culturel et historique distinct.

Chaque époque, chaque génération écrit son histoire et produit l'image qu'elle se fait de son passé. En ce sens, elle réinterprète l'histoire écrite par les générations précédentes. Réinterpréter l'histoire ce n'est pas seulement le fait d'historiens professionnels qui apportent de nouveaux éclairages. C’est aussi le fait de groupes qui prennent conscience de leur histoire et, soucieux de leur avenir, jettent de nouveaux regards sur le passé.

Ainsi, on assiste ces dernières années à un regain d'actualité du débat sur l'identité, l'unité et la diversité culturelle de l'Europe.

Pour les uns, l'Europe est une civilisation, un Kulturkreis (espace culturel) fait d'héritages sans cesse repris et sans cesse réadaptés, tels que les libertés primitives celtiques, germaniques et slaves ; l'ordre juridique romain ; l'apport grec dans l'art, le théâtre, la poésie, la science, la philosophie, la théologie ; la religion judéo-chrétienne.

D'autres nient l'existence d'une unité culturelle et d'un espace européens. Certains parce que, pour aux, les seuls espaces qui peuvent être reconnus sont les espaces nationaux. Selon eux, le fait national est celui qui, dans l'histoire de l'Europe, a eu la seule dynamique de développement évidente, permanente : c'est le fait qui resterait permanent dans l'avenir. En outre, opérant une grave confusion entre le fait national et le fait État-nation, ce courant d'opinion estime que la cristallisation de patries et d'États nationaux est le phénomène dominant de l'histoire de l'Europe. À ceux qui objectent que l'histoire nationale et, à plus forte raison, l'histoire de l'État-nation demeurent incapables d'expliquer les faits culturels de l'Europe, car pour juger et comprendre ces faits, c'est toujours au-delà et en deçà de la nation et de l'État-nation qu'il faut faire appel, ils rétorquent que ces faits culturels ont été spécifiés, précisés, au niveau de la nation et de l'État-nation.

D'autres, encore nient cette unité parce que ce qui leur parait évident, c'est l'existence de plusieurs Europes, dont les liens et les interrelations ne sont pas de nature à permettre de considérer ces différentes Europes comme parties intégrantes d'un tout.

Dès lors, plutôt que de chercher l'unité culturelle de l'Europe, il importe davantage d'essayer de comprendre comment sont nés et se sont développés les différenciations et les rapports inégaux entre régions ; en fonction de quels mécanismes les États-nations se sont constitués, pour donner à l'Europe l'histoire que l'on connait; et pourquoi on assiste à l'heure actuelle à cette explosion de conflits et d'oppositions au sein des États-nations entre la périphérie et le centre.
La renaissance des cultures régionales en Europe
Éditions Entente 1978

Les villes,les départements et les régions au secours de l'État.

Confortement des quais de la Seine
Participation de la ville [de Rouen] :
« La ville participera, à hauteur de neuf millions de francs, à la consolidation des quais rive droite de la Seine, entre la section actuellement en travaux (en aval du Pont Guillaume le Conquérant) et le môle des bassins Saint Gervais, soit environ deux kilomètres. »

Lesquels kilomètres sont administrés par le Port Autonome, c'est-à-dire l'État !

M. Paul Caron, député, s'interroge sur les dépenses d'aides médicales liées au R.M.I. en ces termes :
« Ce nouveau système pèse sur les finances locales, et en particulier sur celles du département dont les dépenses d'aides médicales sont accrues de vingt-cinq pour cent ».

Alors que selon la loi de 1992, les départements n'ont aucun contrôle sur ces budgets ainsi distraits par l'État.

M. Daniel Colliard, élu régional et député, s'alarme à propos de la pêche :
« La situation est grave et plonge dans le désarroi des milliers de professionnels sur nos côtes ... Ils se retrouvent couverts de dettes. Ce sont les économies régionales qui sont frappées au cœur. Beaucoup reste à faire pour le secteur de la pêche, comme pour l'ensemble du monde maritime. »

L'ennui, c'est que la France n'a jamais voulu saisir l'intérêt de sa façade maritime, alors pour ses régions ...