On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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dimanche

Ironies de l’Histoire

Ça y est, le 6 juin 1944 est passé.

Mais on s'en souviendra dans quelques semaines seulement car, ironie de l'histoire ou relecture qui devient familière, on avait oublié de faire débarquer les pauvres gars venus des U.S.A., de l'empire britannique et quelques européens du continent en période de vacances nettement plus propices à l'exploitation commerciale et politique du sacrifice de leur vie.

Quitte à faire du pognon sur le compte des morts, disons que la Normandie, grande perdante de l'époque, n'y gagne encore rien matériellement et moralement. Ce fait d'arme va être traité (exploité) sans que l'on parle du champ de bataille. Les producteurs de gadgets, aliments, vêtements estampillés 6/6/44 vont toucher le jakpot, quelques hôteliers ont annulé les réservations de vétérans et en même temps terni notre image. Ni les élus, ni l'Office du tourisme Normand n'ont su faire de l'événement un phénomène catalyseur des énergies de la région et obtenir des équipements comme, n'importe quel organisateur de Jeux Olympiques sait le faire. Il faut dire que les querelles politiciennes s'en sont mêlées ; de certains coqs de village – appelés maires ou présidents de comité – au gouvernement en passant par un président de demi-région qui voulait faire croire que la Normandie se résumait à trois départements. Sous les bombes, de Saint-Lô au Havre en passant par Caen, Rouen – sans oublier Dieppe deux ans plus tôt – de nombreuses villes ont perdu leur cachet et une fraction non négligeable de leurs populations qui ne sont jamais revenues.
Puisque nous sommes sur le chapitre des morts utiles pour le cynisme, touillons un peu. Les G.I.'s ne sont pas morts pour rien, ils ont remplacé l'occupant allemand par la dictature du Père, du Fils et du saint Esprit, c'est-à-dire Mc Do, Coca et Euro Disney, qui étant plus insidieuse ne sera pas non plus facilement délogée.
Continuons. Pourquoi le respect des morts devrait-il être sélectif ? Les Allemands n'ayant pas le don d'ubiquité, il faut bien admettre que si les tortionnaires étaient dans les camps, on avait en Normandie des unités d'élite, comme chacun le sait, qui à ce titre méritent le respect. D'autant plus que certains de ces merveilleux soldats, même si adversaires, ont ensuite parfaitement servi la France en Indochine dans les rangs de la Légion. Quant aux exactions qu'elles ont pu commettre en marge des combats, je les garderais en réserve de la mémoire de la république jusqu'au jour où la lumière sera faite sur les heures noires de l'épuration – un mot très à la mode – et que les décomptes seront possibles.
Les Droits de l'Homme sont universels et intemporels, c'est bien connu. Ayons donc une pensée pour les françaises et leurs bébés enterrés dans les cimetières allemands entre 1945 et 1947, morts des mauvais traitements qui leur étaient infligés dans les camps où avaient été regroupées celles qui avaient fait de la collaboration amoureuse, avant que le M.L.F. vienne dire qu'elles pouvaient disposer de leur corps dans la banlieue de leur choix. Allez voir ces tombes avant qu'un émissaire d'un ministre spécialiste des questions raciales et nationales obtienne du gouvernement allemand qu'elles aillent dans une fosse commune au nom de la réconciliation franco-allemande comme n'importe quel vendéen parce que la notion de crime contre l'humanité est aussi impartageable qu'imprescriptible.

Pire que le cynisme et l'amnésie sélective, il y a le ridicule qui tuera peut-être beaucoup de monde sauf les acteurs. Le débat sur la présence du chancelier Khôl aux cérémonies commémoratives me fait penser que les britanniques ne nous ont jamais invités à commémorer Azincourt et Waterloo. Par contre si on voulait culpabiliser les allemands nés après 1940, on ne s'y prendrait pas mieux. Ce rejet exacerbé créera un ressentiment analogue à celui des années 20 qui a rendu possible l'accession d'Hitler au pouvoir. L'ironie et l'irresponsabilité, la bêtise et le cynisme, les Droits de l'Homme à usage politique ou commercial – show business oblige – sont à la portée de tout le monde comme cet article le démontre. En réalité, finalement, la Normandie a encore manqué une occasion de se mettre en valeur avec dignité et à amorcer une sortie du marasme économique.

Pour conclure, la seule commémoration que je m'autorise c'est de remercier les acteurs du 6 juin 44 qui m'ont permis d'écrire ces lignes. C'est une liberté que je crois encore avoir, qui ne sera peut-être pas payante, mais que je leur dois. Parmi les gens « politiquement corrects » (sic) qui critiqueront ces lignes de dissident, combien sont allés modestement au pied d'un monument aux morts le 8 mai depuis cinquante ans et en particulier ne serait-ce que cette année de commémoration en fanfare qui oublie les victimes Normandes ?
Éric Valin

lundi

GATT : Reprise de dialogue sur ton de guerre économique.

Les États-Unis, gendarme du Monde, veulent désormais régler l'ensemble des activités de la planète à visage découvert. Si leur méthode est aussi bonne que celle utilisée en Somalie, ils n'ont pas fini de regretter leurs exploits Indochinois. Mais, n'est pas somalien qui veut, et l'Europe cherche toujours, sinon des capitaines, des chefs, éventuellement pugnaces, puisque la mode est au style « correspondant de guerre ».

Notre propos de juin sur le sous-développement des U.S.A. n'était donc pas dénué de bon sens.

Le premier ministre du gouvernement français a haussé le ton en juin de cette année. Édouard Balladur a osé mettre en préalable à la réunion des « sept grands » « la levée des sanctions unilatérales prises par les Américains, notamment sur l'acier », refusant de nous soumettre « à une loi nationale qui n'est pas le respect d'une loi internationale ».
Agréer le préaccord de Blair House, « signé » entre la Communauté Européenne et les américains, en n'utilisant pas le droit de veto reviendrait, de la part des représentants français, à un acte de conciliation indécente, pour ne pas écrire : de soumission déguisée. Outre le fait que nous bradons notre indépendance alimentaire durement acquise au prix d'une restructuration agricole, dont l'empirisme a eu des effets négatifs tant pour le monde agricole que pour la qualité de notre environnement, c'est négocier un deal avec des gens dont les intérêts sont d'aboutir à la mainmise sur l'économie mondiale. Comme si les velléités théâtrales d'une république canonnière pouvaient auréoler les américains d'une quelconque autorité morale. Les États-Unis n'ont pas plus de morale que ceux qui compromettront leur signature sur un préaccord qui n'a existé qu'après qu'on en ait abreuvé abusivement l'opinion publique. Si nous n'en n'étions qu'à vouloir sacrifier l'agriculture sur l'autel de la bienveillance de l'oncle Sam ce serait déjà une trahison. Mais, au-delà des cultures agraires, ce sont les Cultures identitaires des peuples d'Europe et du Tiers Monde que nous offririons au lavage de mémoire. Sous le parc Eurodisney pointe le symbole de cet abandon lâche et criminel qui devrait interdire à certain homme politique de prodiguer ses avis, surtout quand on sait les discours faits en Amérique Centrale et les ponts d'or offerts pour geler les terres franciliennes sous la manifestation d'une culture impérialiste. Le donneur de leçons Lang servira-t-il de modèle de compromission à Édouard Balladur ?

Dans un premier temps le GATT semblait ne s'intéresser qu'à l'agriculture, soit une minorité d'actifs. Puis, ce furent les industries, dans lesquelles nous montrions notre compétitivité, qui furent l'objet de mesures restrictives et protectionnistes. Aujourd'hui, c'est l'essence même de nos peuples que l'on veut remettre en cause, car la culture « de masse » est un marché où l'hégémonie libertarienne doit pouvoir, là aussi, s'affirmer.
Les paysans nous ont montré la voie. Les pays du Tiers-Monde résistent eux aussi. Les peuples de l'est de l'Europe, déçus des espoirs qu'ils avaient placé en nous, confient de nouveau leur destin à ceux qu'avant hier ils avaient destitué. Seule la Russie, pour qui les aides continuent d'arriver, semble ne pas regretter l'« Ancien Régime », mais pour combien de temps ?

Devrons-nous, sous prétexte d'une solidarité contre un danger que l'on ne veut pas plus nommer que combattre, devenir les artisans de notre futur esclavage ?

François Delaunay