On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



Affichage des articles dont le libellé est écologie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est écologie. Afficher tous les articles

dimanche

La Normandie exploitée

Trop souvent on reproche au militant régionaliste de tenir des propos excessifs, quand ils ne sont pas jugés extrémistes, pour dénoncer la mise ne coupe réglée dont il s'estime victime.
Trop souvent le parisien, si ce n'est le béat local, oppose que la région est belle, qu'il l'aime bien lui aussi la province, avec ses petits coins tranquilles où il vient se reposer de ses dures semaines de labeur là bas dans la capitale. Que nous ne savons pas goûter notre chance, surtout en Normandie, où tout est richesse des verts pâturages aux ressources en granulats… qui alimentent principalement Paris.
Ainsi la Normandie est belle, avec ses plaines alluviales gorgées de petits cailloux et ses unités pétrochimiques, et si personne ne s'offre de résidence secondaire au Petit-Couronne – c'est la Shell que j'aime – à Port-Jérôme ou Notre-Dame-de-Gravenchon, ce n'est peut-être que le résultat d'un préjugé trop hâtif qui bloque le développement du tourisme dans ces hauts lieux de notre richesse locale.
Par contre, les deux-tiers des 350 millions de tonnes de granulats exploitées par et pour la Compagnie des Sablières de la Seine, les Bétons et Chantiers de Normandie et Beauvais Béton, forts de leurs 190 emplois, organisent le pillage irrémédiable de notre sous-sol que l’on recouvre d’un pudique voile d’arbres (1500 à l’hectare, maigre consolation) une fois la cicatrice creusée.

Est-ce pour le plaisir de reboiser que les cimentiers français se sont opposés à la création d’un pôle d’importation sur le port de Rouen. Le fallacieux problème des emplois ne concernait pas les 190 Normands mais bel et bien les 2500 emplois générés par le pillage de nos ressources.
Ressources qui sont bien loin d’être inépuisables puisqu’elles devraient être épuisées dans 13 ans.

Épatant, non, d'être une région riche ?

Surtout pour la bonne conscience, car ce ne sont malheureusement pas que des préoccupations de régionaliste attardé, le préfet Quyolet lors de son départ de Rouen, en 1992, soulignait « les dangers d'une surexploitation des carrières régionales » ainsi que les ardeurs extractrices de certains professionnels peu scrupuleux.

samedi

Paysages en sursis

Jamais dans l'histoire le paysage ne fut aussi menacé que de nos jours dans sa qualité, sa véracité, son harmonie. Jamais non plus il n'avait été l'objet d'un si grand nombre de soins officiels, de mesures de protection, de tentatives de sauvegarde. « Plans paysages », « plan d'occupation des sols », « schémas directeurs », autant de tentatives pour protéger les sites encore vierges ou pour modeler la pression menaçante exercée par l'extension des villes, des industries, des implantations touristiques sur le milieu nature !

Salutaire réaction face à la dégradation de notre cadre de vie ? Ou tentative un peu vaine de palier les effets pervers d'une modernité que nul n'est prêt à remettre en question ? L'histoire de notre paysage est évidemment liée à l'histoire de l'architecture et de l'urbanisme, eux-mêmes résultant d'une volonté politique ou religieuse. Les premières traces de l'homme dans le paysage occidental sont d'ordre vénérable, religieux. Les mégalithes du Finistère, dont l'ordonnance date de 4600 ans avant notre ère, sont des monuments funéraires. Avec la civilisation gallo-romaine, le paysage français est né : un paysage communautaire fait de villes, de villages, de régions agricoles dont les structures évolueront de façon cohérente et ne seront plus remises en question avant le déclin de l'autarcie régionale dû à l'avènement des moyens de communication ultra rapides de l'ère moderne. Jusqu'à cette date, en effet, l'homme « conquiert » la nature, mais cette conquête est civilisatrice et non pas destructrice; domestication de la forêt, extension des cultures, développement des villes, des villages et des monastères, ceux-ci étant probablement le moteur essentiel de l'aménagement de notre territoire après la conquête romaine. Au XVIIème siècle, la ville défensive cède définitivement la place à la ville d'agrément : l'esprit, classique l'organise selon les principes (d'ailleurs redécouverts de l'Antiquité) de la rue rectiligne et de la perspective. Avec le XVIIIème siècle, l'intérêt se porte sur la nature elle-même, mais une nature que l'on voudrait idéale. La mode est alors aux jardins chinois, à l'esthétisme de Rousseau. L'apparition de cette nature abstraite devenue élément de jouissance coïncide avec celle du tourisme et avec la diffusion des guides à l'intention des voyageurs. Le paysage devient ainsi décor, prestation pourrait-on dire : dérive annonciatrice du concept pragmatique et contemporain d'environnement écologique.

La révolution industrielle du XIXème siècle va exacerber ce nouveau mode d'attachement à la nature : si l'industrie procure à l'homme de plus grands biens matériels, un déplacement plus rapide, elle lui impose aussi de grandes architectures d'usines et des voies ferrées qui découpent le paysage, La circulation des matériaux de construction débouche dans le même temps sur l'uniformisation de l'architecture, répandue par l'image accessible à tous de la maison du garde-barrière, ancêtre du pavillon individuel.
Le paysage change ainsi d’échelle : il est désormais régi par une échelle nationale, voire internationale... et non plus par l'échelle régionale jusqu'alors en place.

 

Pressentiment des menaces que fait peser sur le paysage l'avènement de la modernité ? L'idée d'organiser la protection du paysage naît elle aussi du XIXème siècle. Comme si, en se dotant de nouveaux moyens de productivité, de vitesse, l'homme avait immédiatement senti l'impact de ces « progrès » sur son environnement, et la fragilité de son patrimoine devant le déferlement de ces nouveaux biens. Le bilan politique est en réalité contrasté: si le dispositif mis en place a bien permis de protéger un grand nombre de sites, il n'a pas pour autant donné naissance à d'harmonieuses agglomérations. C'est qu'il n'a pas cherché à apprendre à ceux qui entendaient aménager la France à prolonger le paysage comme l'avaient fait les bâtisseurs des siècles précédents de notre histoire. Or, la protection administrative peut-elle relayer la vie d'un paysage ?

Peu de lieux subsistent en France où la main de l'homme n'ait laissé son empreinte organisatrice […].

C'est ainsi que pendant des siècles le paysage français a été protégé par des gens qui n'en avaient nulle conscience, Parce qu'il était tout simplement aménagé dans le respect de sa vocation naturelle. Alors que Sa politique de protection des sites consiste au contraire aujourd'hui à soustraire un certain nombre de paysages à leur siècle, à les placer sous cloche comme autant de pièces de musée. La question est de savoir où s’arrêter : on ne peut classer toute la France !

La limite du système tient à ce que les classements de sites ont un aspect artificiel : ils ne préservent que l'aspect inclus dans le périmètre défini. Au-delà, tout est possible. Parce que l'aménagement lui-même a cessé d'être, hors de ses limites, conçu comme une mise en valeur du paysage. Et qu'il est, le plus souvent, mené dans un parfait mépris du site. Le dessin des villes, villages, hameaux isolés bonifiait autrefois le paysage. Aussi n'était-il guère besoin de protéger les sites.

Aujourd'hui, c'est la vie qui détruit au contraire le paysage. Et les sites protégés peuvent être considérés comme autant de « réserves indiennes » où seraient conservés les témoignages d'un passé évanoui. « La volonté de protéger un paysage à l'échelle d'un site ou d'une région est inspirée au départ par un réflexe de défense, affirme Jacques Sgard, paysagiste contemporain. Le concept de protection doit aujourd'hui être relayé par celui d'aménagement et de gestion ».

Par-delà la pédanterie du dernier terme, il faut reconnaître dans ces propos, très représentatifs de la tendance en matière d'urbanisme, une évolution favorable. Après une période où la protection des sites a fait fureur, on découvre les limites de celle-ci. Dans la mesure où il n'est pas possible de doter l'ensemble du territoire d'une protection juridique, il est sans doute préférable de favoriser le réapprentissage de l'aménagement, résultat, de la vie économique et politique régionale, plutôt que de juxtaposer une protection excessive ici et un laisser-aller complet ailleurs. Mais pour être efficace, le réapprentissage devra prendre racine plus profondément que dans le simple réflexe esthétique ». […]

d'après Olivier MADELIN
Le Spectacle du Monde
août 1994

mercredi

Écologie, la nouvelle bataille de Normandie

La Normandie est non seulement un refuge pour les parisiens, c'est surtout une région dotée d'une industrie très puissante : la chimie, les raffineries, le nucléaire symbolisent son aspect fortement compromis en matière d'environnement.
56 sites visés par les directives « Seveso », 8 réacteurs nucléaires et l'usine de la Hague renforcent cette mauvaise présentation touristique. Mais, quoiqu'en disent les détracteurs de la qualité de vie en Normandie, en dix ans les chimistes « normands » ont diminué de deux-tiers leurs rejets de dioxyde de souffre, l'industrie des engrais ne rejette plus de phosphogypse en baie de Seine, Norsk-Hydro a fermé, l'autre stocke à terre (bénéfice trois cents chômeurs normands de plus), les rejets de matières organiques oxydables sont passés de trois cents tonnes à quatre-vingt tonnes par jour, les concentration de plomb et de poussière dans l'air ont été divisées par six en dix ans. Malgré ces efforts coûteux, en argent, mais surtout en emplois, il ne se passe pas de semaine sans que les risques industriels, les nuisances et atteintes à l'environnement dans notre région soient mises en exergue dans les médias ou brandies par des portes paroles d'associations ou de mouvements politiques ... Malheureusement, ces prises de position sont presque toujours isolées du contexte social et économique.
Diminuer l'impact des industries sur l'environnement est bien dans la volonté de chaque industriel responsable : la solution est-elle d'aboutir à une activité industrielle nulle et donc à une pollution nulle ?
Le péril en Basse-Seine n'est pas celui que l'on croit. Le vrai péril, c'est de rayer purement et simplement notre région de la carte des sites industriels et donc sa richesse et ses emplois.
Lorsque l'on effectue le total de toutes ces actions pour l'environnement menées par les industriels et les collectivités locales, on obtient la somme impressionnante de trois milliards de francs. Pourtant, les industriels locaux totalisent soixante-quinze pour cent des sommes investies, alors qu'ils ne sont responsables que de vingt-cinq pour cent de la pollution du fleuve. Si nous exigions des l'Ile de France qu'elle indemnise la Normandie pour les pollutions que nous subissons, une simple règle de trois nous autoriserait à réclamer la coquette somme de neuf milliards !
... C’est ce qu'ont décidé le Conseil régional et les Conseils généraux d'Ile de France avec l'Agence de Bassin Seine Normandie en décidant la mise en place d'un plan de dix milliards !

Mais l'Agence Seine Normandie ... ne sont-ce pas aussi les Normands qui devront mettre encore la main à la poche pour régler un cinquième de la note de leurs fortunés voisins ?
Jean HALOT

mardi

Bernard Frau crée l’E.D.E.N.

Le vert est dans le fruit !

Le vert solitaire du Conseil régional doit se déplacer dans les milieux pas toujours cohérents, et n’est pas facile à suivre…

Après avoir tenté de doubler Fabius, puis s’être fait doubler par Brice Lalonde, voici que Bernard Frau revient du côté de chez Laurent, sans être du côté de Fabius puisqu’il dit oui à Rocard et présente des candidats sans faire acte de candidature.

Comprenne qui peut…

Avec Bernard Frau, un seul vert et bonjour les dégâts !

mercredi

Pas d’autre vote que Normand !

Les élections législatives ne nous concernent pas, notre vocation Normande ne se satisfait que des seules consultations locales, régionales et européennes.

Nous ne rejetons et ne soutenons aucune tendance, mais réaffirmons que le seul vote utile est celui qui se porte sur la valeur personnelle des candidats, toutes tendances confondues, leurs positions, actes et volonté d'agir en qualité d'élus du peuple Normand.
Nous refusons donc tout monolithisme, chaque opinion est respectable, seuls les individus peuvent manquer de respect à leur fonction et à ceux qui les ont soutenus. Nous demandons que les candidats au suffrage des Normands se présentent en authentiques défenseurs des intérêts Normands.

La réunification

Les deux régions de programme, haute et basse Normandie, n'offrent que des solutions médiocres, à la mesure de leurs possibilités restreintes, leur résoudre les problèmes auxquels les Normands sont confrontés :

- Chômage.

- Image de marque incertaine,

- Incohérence des infrastructures,

- Incapacité à établir des relations avec Paris, Bruxelles ou les autres régions de France et d'Europe.

La réunification est la question en suspens depuis vingt-cinq ans, le personnel politique a montré son incompétence pour réaliser La condition de notre réussite.
Le principe de l'Unité normande doit être réaffirmé et un calendrier de rapprochement entre les deux régions administratives, qui perpétuent l'insupportable division de la Normandie est la seule base crédible leur toute profession de foi ou déclaration d'intention.

L'aménagement et l'équilibre du territoire

La division de la Normandie accentue les déséquilibres, que ce soit :

- Entre les villes et les campagnes, la Normandie et l'Ile de France,

- En matière démographique, à l'intérieur des villes, entre villes et campagnes, par les migrations journalières entre la Normandie et l'Ile de France, par la fuite des diplômés, et ce jusqu'à compromettre les résultats des formations scolaires, professionnelles et universitaires.

- Dans le domaine des infrastructures routières, ferroviaires, insuffisantes qui enclavent la Normandie et la relègue au rang de banlieue sous desservie.

- Pour l’environnement : pollutions atmosphériques, pollution des eaux, gestion des ressources : pas de politique Normande des eaux, pillage des gravières et des ballastières.

Mais, pire encore, cette division accentue de façon dramatique l'importance de l'Ile de France dans les décisions qui nous revient de prendre.
La Normandie doit-elle être maîtresse de ses choix ou vassale des intérêts parisiens ?

L’affirmation de l’identité culturelle Normande

Nous nous opposons à toute conception mondialiste de la culture : l’identité et la culture de chaque peuple étant un élément irremplaçable du patrimoine humain qu’il serait criminel de condamner.
Nous refusons l’obligation du cosmopolitisme et l’adoption du modèle « américain ».
De notre passé nous faisons le point de départ de notre réflexion culturelle et il est donc prioritaire d’affirmer et de promouvoir notre spécificité culturelle Normande :

- Enseignement et sauvegarde du patrimoine Normand,

- Révision des parts de budget culturels hexagonaux et régionaux,

- Politique culturelle, touristique et de loisirs régionale,

- Politique médiatique, indépendance des journaux locaux, développement des radios d’intérêt régional, autonomie des directions des télévisions régionales.

L’extension du pouvoir des régions

Les régions, dont la Normandie, détiennent une part de légitimité nationale.

Mais il reste beaucoup à faire pour que cette légitimité puisse valablement s’exprimer.
Notamment, après le referendum sur le traité de Maastricht que le gouvernement a soutenu, il convient de redéfinir les domaines qui reviennent aux régions, ceux qui restent à l’État central avant de remettre aux organismes communautaires la part qui leur revient.
De même, il convient de donner aux régions la représentation au Conseil des régions qui leur revient auprès de la Communauté européenne.
Qui dit pouvoir, dit moyens, aussi il faut redéfinir les prérogatives des communes et des départements, harmoniser les budgets des régions et de l’État, confirmer aux régions leur rôle dans les domaines de l’éducation, de la formation, de la culture, de l’aménagement du territoire et de l’environnement.
Nous demandons que les candidats au suffrage des Normands se présentent en authentiques défenseurs des intérêts Normands.
Il est évident que la défaite de chaque adversaire de la Normandie sera pour nous une source de satisfaction morale et politique

Paluel, Tchernobyl en Caux

« Le 20 janvier, lors d’un essai périodique à faible puissance, un refroidissement trop rapide du réacteur était intervenu au-delà des normes prescrites, en raison d’une défaillance du fonctionnement d’un robinet « vapeur » du circuit secondaire du réacteur, un tel refroidissement est de nature à accélérer la réaction nucléaire. »

Le sur-refroidissement n’a été arrêté qu’une heure et quart après le début de l’incident, l’indication, en salle de commande, de la position anormale n’ayant pas été prise en compte.
Bien que l’article 8 de la directive « post-Seveso » précise : « les États membres veillent à ce que les personnes susceptibles d’être affectées par un accident majeur […] soient informées d’une manière appropriée, sur les mesures de sécurité et sur le comportement à adopter en cas d’accident », cet incident qualifié de « risque [est] très faible, mais non nul » par la sûreté nucléaire d’E.D.F., n’a été déclaré que le 29 janvier à la Direction de la sûreté des installations nucléaire, et publié le même jour dans les pages du journal « Libération ».

Qui dit accident nucléaire civil renvoie à Tchernobyl. Dans les deux cas il s’agit d’un refroidissement trop rapide lors de manœuvres à faible puissance. La défaillance humaine ou mécanique s’aggrave dans les deux situations par le non respect des normes. Nos responsables peuvent être fiers d’avoir su se montrer en dessous de leurs homologues soviétiques !
Dans le cas de Tchernobyl, les canaux de communication ont fait défaut, six ans après, à Dieppe, les responsables français n’ont pas encore compris les vertus de la Glasnost !
Plus grave, l’évènement a été placé sur le terrain de la dissimulation, il aura fallu 10 jours pour que la population Normande soit avisée accidentellement du risque couru…

Et si le processus n’avait pas été corrigé ?

Les Normands apprécient les discours officiels lénifiants prononcés par des irresponsables.
Jean Halot

vendredi

SEINE NORMANDIE

Une fois de plus Paris, capitale oblige, entend régenter tout ce qui semble vital à sa survie sans vouloir prendre en compte les intérêts de ses « partenaires » réduits à une simple figuration muette… Qu'il s'agisse de gravières normandes sur exploitées pour le bâtiment et les travaux publics d'Île de France (13 000 F. le m² pour 140 000 logements d'ici 25 ans) ou de « politique » des eaux, tout doit aller au profit exclusif de nos incontournables voisins.

Depuis quelques mois des campagnes de « Promotion du Patrimoine Culturel » mettent en avant la volonté de l'agence « Seine Normandie » de dépolluer et de purifier les eaux de la baie du Mont Saint Michel... tandis que la Seine reste le principal vecteur de pollution en plomb, mercure et cadmium de la Manche.

« Jusqu'aux portes de la capitale, vous avez une eau claire, riche, l'éco-système est vivant dynamique » (Ghislain de Marcilly du C.N.R.S.). Après … 200 000 m3 d'eaux usées, non traitées sont déversées chaque jour dans le fleuve parce que les parisiens ont pétitionné contre l'extension de la station d'épuration d'Archères sous prétexte de mauvaises odeurs !

A Paris actuellement seuls 80% des eaux usées sont traitées, et ce traitement ne concerne ni les phosphates, ni les nitrates. Si la directive européenne du 31 mai 1991 était appliquée l'Île de France devrait effectuer une sérieuse mise en conformité de son réseau d'égouts « haussmannien », ce dont, semble-t-il, elle préféré réaliser l'économie en préconisant de cesser l'approvisionnement en eau le temps du passage d'une pollution.

Tout ceci serait plaisant si il ne s'agissait que de « cadre de vie », après tout « en province ... ». La croissance des nitrates constitue un réel danger pour la santé des populations les plus fragiles en s'attaquant aux globules rouges chez les petits enfants et en favorisant les cancers.

Une solution s'impose alors pour continuer d'alimenter en eau potable la population francilienne : le captage et l'adduction des sources des vallées de l'Eure et de l'lton.

Une fois de plus, les Normands font les frais d'une politique qu'ils subissent sans pouvoir véritablement défendre leurs intérêts vitaux.
Jean Halot

mardi

Hors-série n°2




Éditorial
...de Jean Mabire

Dans la forêt sont réunis l'arbre, la pierre et l'eau des sources ou des fontaines. Ces trois éléments caractérisent les sanctuaires des anciens, dont les croyances religieuses se célébraient parmi le chant des oiseaux et les frémissements de la lumière à travers les branches.

Comme la pierre, l'arbre devenait pour l'homme de cette époque une présence sacrée. C'était un être vivant, dont la vie même se chargeait de symboles et de forces divines. On n'adorait par l'arbre pour lui-même, mais pour ce qu'il se révélait en lui de supérieur et de divin.

L'arbre qui croit vers le ciel, qui perd ses feuilles à l'automne et les retrouve au printemps, incarne l'image sacrée de l'univers, de l'éternel flux et reflux de la vie et de la mort. Les anciens avaient du temps une vision cyclique différente de notre conception moderne.

La vie de l'arbre illustre parfaitement cette vision où la mort est nécessaire à la régénération de la vie. Comme l'homme, l'arbre a son destin, et sa mort n'est pas une fin en soi.

Rappelons que les Celtes croyaient tant à la vie dans l'autre monde qu'ils prenaient des paris remboursables après leur mort, dans l'au-delà ! L'homme subit les agressions du temps et de la vie, l'arbre celles des saisons et des intempéries. De la même manière que l'être humain, l'arbre est un réceptacle du sacré.

La forêt préserve les forces élémentaires et primordiales. Elle contient elle-même ce qui était, ce qui est, ce qui sera... La mort des vieux arbres enrichit la terre pour nourrir les nouvelles pousses. C'est le cycle cosmique des naissances et des destructions. Encore un motif de sacraliser la forêt.

La forêt n'est pas seulement une juxtaposition d'arbres. Elle est aussi un être collectif, un destin. Un monde fourmillant de vie, de présences, de mille petits bruits furtifs. Un monde clos où l'homme peut se sentir à la fois protégé et menacé, selon l'état de son propre cœur, selon la confiance qu'il porte en les dieux, en lui-même.

« HISTOIRE SECRETE DE LA NORMANDIE »
  ALBIN MICHEL -1984.

« Encore faut-il choisir sa vie
   et savoir ne pas sacrifier la qualité à la quantité »
Bernard FONTALIRAND

Vérités qui font mal sur l'agriculture

Depuis que les paysans se sont mis en tête de devenir des « entrepreneurs agricoles », répondant en cela à de funestes chimères technocratiques, tout va de Charybde en Scylla. Bienheureux le temps où, tout sentimentalisme désuet mis à part, le cultivateur-paysan respectait son environnement, conscient que sa valeur foncière représentait un patrimoine devant faire l'objet d'une gestion soignée pour qu'il y ait quelque chose à transmettre.

LA DÉSERTIFICATION DES ZONES RURALES S'APPARENTE A UNE DEVITALISATIION DE L'ESPACE RURAL.
Le rêve d'une France rurale a la vie dure. Pourtant les agriculteurs sont trois fois moins nombreux qu'il y a 30 ans, et ce ne sont plus des paysans. Avec 3 047 000 hectares la Normandie occupe 1,7% des terres de la C.E.E. ; 63 % des terres labourables y sont utilisées par rapport à la Surface Agricole Utile (S.A.U.), pour 77 500 exploitations agricoles en 1988, soit un recul de 15 000 exploitations (-17%) depuis 1970. La diminution de 2,2% par an des exploitations agricoles confirme la difficulté du remplacement des personnes en âge de prendre leur retraite, malgré le maintien de l'activité au-delà de 65 ans. Coûts d'installation, poids de l'investissement foncier, emprunts, manque de garanties pour les débouchés, limitation de la production ... entraînent un abandon des terres et de l'habitat contigu dans la proportion d'une installation pour cinq départs.
Les 105 169 nouveaux arrivants dans les communes rurales de « haute »-Normandie ne doivent pas faire oublier que, sur la même période, 8 000 habitants ont quitté les communes de moins de 200 habitants depuis 1970, il semble désormais acquis que la désertification des zones rurales, plus qu'un phénomène de dépopulation, s'apparente à une dévitalisation de l'espace rural.
L'attachement à la terre, lié aux idées de sous-développement, voire d'archaïsme, à laissé place à l'agriculture industrielle et à l'élevage intensif où !e patrimoine-terre n'est plus qu'un outil de travail se dévaluant. Depuis 1970 les sols arables ont perdu 46% de leur valeur en francs constants.

DES RESPONSABILITÉS POUR LE MOINS PARTAGEES.
Face à une situation aussi catastrophique – une exploitation agricole disparaît toutes les 20 minutes en France – on est en droit de se demander si – perdants d'hier, d'aujourd'hui et à venir mis à part – tout ce monde a bien lieu de se montrer aussi pessimiste. Le marché et les profits sont gigantesques, voire démesurés, et les enjeux dépassent, de loin, le seul aspect verdoyant de nos campagnes.
Aujourd'hui la mode est aux quotas laitiers, aux viandes contingentées à l'importation, au gel des terres agricoles. Il serait hâtif de conclure qu'il s'agit d'une évolution gravée dans le marbre des destins immuables, ou que la situation résulte des conséquences des tares de « la société ». Les responsables sont connus, ne se cachent même pas pour agir : « ils » occupent les rues pour y manifester leurs légitimes inquiétudes et mécontentements, donnent des conseils avisés aux gouvernements, qui n'en peuvent mais plient l'échine – à Bruxelles ou ailleurs – sous les ukases des Américains au sein du G.A.T.T. (1).
Beaucoup de monde… ou trop de monde ? Les responsabilités sont multiples et le nombre des intéressés ne justifie pas plus la seule dénonciation d'un seul groupe de responsables que le renvoi à des causes inconnues et indéfinissables. Il suffit de comparer l'évolution du nombre d'exploitations agricoles pour trouver le premier maillon de la chaîne des responsabilités. En 25 ans la proportion agricole du monde rural est passée de 50 à 22% ; en 25 ans la C.E.E. a perdu 15 millions d'emplois agricoles. Le paysan traditionnel, celui qui « respectait les lois de la nature », sous les encouragements des ingénieurs agronomes, s'est endetté pour se moderniser, s'agrandir, gagner sur les parcelles lors des remembrements, complice des industries chimiques gagner encore sur les rendements.
Là où le bât blesse, c'est lorsque l'on apprend que l'augmentation des excédents augmente les coûts de stockage, et a pour conséquence l'augmentation des prix de vente tout en abaissant les revenus agricoles. Ce schéma pourrait être corrigé par une baisse de production, il n'en n'est rien. Le gel des terres, au lieu d'être un stabilisateur du marché est un facteur déséquilibrant supplémentaire. Cette mise en jachère, proposée par la C.E.E. est une pratique abandonnée depuis plus de 60 ans en « haute » - Normandie. Les primes, inégales suivant les pays, ne couvrent même pas les charges de structure. La politique des quotas (2) a permis le maintien du prix du lait au détail au seul profit des gros producteurs laitiers qui ont renforcé leurs pouvoirs. En 25 ans, le prix du blé a augmenté de 25%. La politique céréalière a bouleversé le paysage économique, celle des prix a favorisé les excédents et l'hypercentralisation des entreprises agricoles, soit les 25% « plus performantes », a absorbé 75% des aides communautaires. Les excédents céréaliers ont été réinjectés dans la chaîne alimentaire des ruminants, mais, même sous forme de viande, nous ne pouvons absorber plus d'une tonne de céréales par habitant et par an.

LA MAUVAISE NOURRITURE N'EST QUE LE REFLET
DE LA MAUVAISE SANTÉ DE LA TERRE QUI NOUS NOURRIT.
Rompre le cycle en taxant les engrais qui sont à l'origine de ces rendements délirants causerait la ruine des céréaliers, mais surtout celle des industries chimiques (3) et agro-alimentaires (4) qui sont les vrais bénéficiaires des subventions agricoles, tandis que le consommateur, leur première victime, consomme en moyenne 1,5 kg. (5) de produits chimiques alimentaires par an. Stress, maladies cardio-vasculaires, cancers et autres « accidents » ne sont que le reflet de la mauvaise santé de la terre qui nous nourrit.
Mais qu'importe ! L'ouverture des nouveaux marchés vers les Pays de l'Est, nouveaux Eldorados ajoutent plus d'intérêt à la course à l'arme alimentaire. Les principaux acteurs sont les laboratoires de la pétrochimie où s'élaborent les nouveaux hybrides qui ne pourront se développer sans l'aide des engrais complémentaires indispensables à leur croissance.
Science fiction ?
Actuellement aux États Unis d'Amérique, trois organismes détiennent 80% des brevets du haricot, deux organismes contrôlent 100% du marché du chou-fleur, un organisme monopolise la production de l'aubergine. Et de bons penseurs ont déterminé que quinze espèces pouvaient suffire à assurer l'alimentation végétale de l'ensemble de la population humaine.
Propos alarmistes ?
D'ici 2050, un quart du patrimoine génétique végétai mondial, soit 60 000 espèces, aura disparu.
Au XIXème siècle, 10 000 variétés de pommes étaient recensées, aujourd'hui 4 sont commercialisées. De 9 blés cultivés, 3 sont encore utilisés parce que leurs rendements dépassent les 100 quintaux à l'hectare.

LE MONDE PAYSAN « PESE » ...
DEUX MILLIARDS DE DETTES.
Nous voici bien loin du « malaise paysan », mais s'il est éprouvant pour un exploitant agricole de « mettre la clef sous le paillasson », l'histoire ne fait qu'accélérer son mouvement depuis les prémices de la dernière révolution agricole. La course à la rentabilité, coûte que coûte, a aussi son revers. Les années d'aujourd'hui dites « mauvaises » auraient paru utopiques, il y a 30 ou 40 ans. Jamais la terre n'a autant donné, jamais l'âpreté n'a autant généré le besoin de gagner plus encore.
Produire, la belle affaire, lorsque les cours s'effondrent et qu'il faut, malgré tout, rembourser les annuités des beaux parleurs du Crédit Agricole. Et, malgré les faillites, la capacité productrice agricole doit être encore bien portante pour que le Crédit Lyonnais et la B.N.P. soient venus rejoindre le marché des prêts à l'agriculture !
Qu’est-il devenu le paysan d'hier, qui, prudent, mesurait son épargne ?
Il représente environ 10% du fond de commerce du Crédit Agricole, 20% de ses dépôts, mais aussi 40% des emprunts : il pèse 2 milliards de dettes, que le banquier a garanti par des hypothèques, se rendant virtuellement propriétaire des trois-quarts des surfaces agricoles.
En échange il a subi les bienfaits de la mécanisation, les nouvelles techniques, les nouveaux engrais ... Allant de miracle en miracle, chacun a tressé sa corde financière pour mieux se faire pendre.
Bilan attristant pour le monde agricole, alarmant pour notre société, sinistre pour notre Normandie. Hier prospère, fleuve de lait, paradis de la pomme ... Aujourd’hui amenée, après avis de personnes dûment diplômées à détruire ses haies, combler ses mares et ses talus, araser son Bocage et ses fossés, soit les deux tiers de son paysage d'il y a vingt ans.

DÉTÉRIORATION DES SOLS ET DE L'ENVIRONNEMENT.
Les techniques de production agricole entraînent une détérioration des sois, elles sont encouragées par la notion de « Surface de Référence Économique » (S.R.E.) qui a été substituée à celle de « Surface Minimale d'installation ». Le décret du 23 février 1988 a introduit le concept de rentabilité. Le S.R.E. conditionne l'octroi des aides à l'installation des jeunes agriculteurs et des prêts bonifiés à l'agriculture. C'est en fait une incitation à l'extension de la surface des exploitations et, donc, à l'accroissement de la surface des parcelles cultivées.
On pourra prétendre que les collectivités incitent au reboisement. Dérisoire ! Les aides en nature attribuées en 1988 représentaient 30 kilomètres de restauration (6). Le reboisement ainsi réalisé correspondrait â. 1,45 mètre en moyenne par exploitation cotisant aux caisses A.M.E.X.A.
La disparition des arbres et des haies est une des causes du problème rural. Ces barrières végétales avaient pour fonction de protéger les hommes, les cultures et les animaux des effets du vent. La réduction du vent, permise par les haies, modifiait le microclimat et les équilibres biologiques : gains de production pour les cultures et l'élevage, protection des habitations, préservation de la faune sauvage, approvisionnement de la filière-bois (foret linéaire), régulation des eaux.
Regrets passéistes pour une Normandie « carte - postale » ? Non ! Toutes ces déprédations, commises au nom du progrès, n'ont pas permis d'augmenter, à qualité égale, les sacro-saints rendements à l'hectare. Au contraire elles ont conduit à l'appauvrissement de la couche d'humus qui, par endroit, approche le seuil d'érosion, auquel sont déjà rendus 10 millions d'hectares de terres françaises (7),

LA MAIN MISE « MONDIALISTE » SUR L'AGRICULTURE.
Évolution des mentalités, industrialisation, endettement aux limites de la viabilité des exploitations ; sombre tableau, auquel il faut ajouter maintenant le risque de voir s'instaurer une mainmise des États ou du grand capital international sur l'agriculture par le biais des marchés céréaliers.
C'est un divorce entre l'homme et la terre autrefois nourricière, aujourd'hui objet de calculs de rentabilité, induisant, au-delà du profit immédiat, chômage agricole, maladie des consommateurs, pollution des sols et des eaux.
Lorsqu'en 1985 la C.E.E. déclare : « l'agriculture entretient et protège le paysage », l'Allemagne et la Grande Bretagne mettent en place un système de subventions pour encourager le maintien d'une agriculture traditionnelle. En France la F.N.S.E.A, refuse cette mission ! Quels intérêts véritables défend ce syndicat ? Des pays traditionnellement considérés comme les plus industrialisés d'Europe seraient-ils les seuls à pouvoir comprendre « qu'il ne peut y avoir de géographie qu'humaine » (M. Genevoix) ?
Le paysan est le grand perdant, entend-t' on dire. Oui, mais que reste-t-il de paysans chez ceux qu'on nous présente ? Ces entrepreneurs agricoles, ou « agri-managers », qui, avec leur bon sens, ont pollué les nappes phréatiques ? Ceux-là même qui nous parlaient du bon air de la campagne et ne savent plus que faire de leur lisier ? Ceux qui ont aidé à la reconversion du complexe militaro-industriel en épandant toujours plus de nitrates ? Peuvent- ils mériter mieux que l'équation trop de lait + trop de blé = trop de paysans ?
Alors que la diminution du nombre d'exploitations agricoles n'a jamais empêché la surproduction, les paysans sont devenus une élite ultra-performante condamnée par l'économie à la logique de la réussite, donc à leur disparition.

L'IMPÉRITIE DES PLANS TECHNOCRATIQUES PARISIENS ET BRUXELLOIS.
Syndicalistes, dirigeants de coopératives agricoles, banquiers, gouvernants, tous manquent d'imagination, de courage, de volonté. La friche des années 80 est la conséquence d'une abdication, c'est le renoncement, à valoriser le pays qui conduit à interroger les décideurs : un État reste-t- il pleinement souverain lorsqu'il n'est plus en mesure de contrôler le développement et l'occupation de son territoire ? On mesure maintenant dans toute l'étendue de leurs conséquences l'impéritie des plans technocratiques, parisiens ou bruxellois.

LUTTER CONTRE LA DESERTIFICATION.
Que l'on ferme les maternités de campagne, que les équipements scolaires deviennent ingérables faute de fréquentation suffisante, que les hôpitaux locaux semblent limiter à la gériatrie leurs actions médicales, sont autant de manifestations tangibles de la disparition de la population rurale. « La population (agricole) a lâché prise, laissant tout en place, comme on évacue en temps de guerre une position que l'on ne peut plus tenir » disait Fernand Braudel. L'habitat rural, son isolement, le délabrement voire l'insalubrité de certains cadres de vie, traduit sous une certaine forme d'abandon, un désespoir aussi certain qu'informel. Lutter contre la désertification, adapter l'espace rural, protéger et promouvoir le cadre de vie, intégrer les infrastructures sont les axes obligés de la défense de la spécificité de l'espace rural.
La qualité des paysages agricoles ne peut, à l'évidence, se limiter au seul aspect « folklorique » son entretien doit s'appuyer sur une certaine rentabilité. Devant l'incapacité de l'État à rétablir ce qu'il a laissé défaire par ses politiques successives, c'est aux collectivités territoriales de prendre le relais. Le sauvetage de l'agriculture Normande ne saurait se réaliser si la région ne pouvait défendre et faire appliquer ses décisions.
Maintenir les caractéristiques propres aux pays normands, conserver et améliorer ce que les hommes et le temps ont su leur apporter, constituent, outre l'aspect écologique, l'avantage de prouver notre volonté de conserver notre identité normande au travers de paysages travaillés à la mesure de notre histoire.
François DELAUNAY

(1) - G.A.T.T. : 87 pays contractants ; ensemble de règles régissant le commerce international et les tarifs douaniers depuis 1947, sous influence U.S.
(2) - En parfaite contradiction avec les articles 30 à 37 du traité de Rome.
(3) - L'industrie chimique a opéré sa reconversion après guerre, d'armement vers l'agriculture en proposant ses nitrates comme engrais !
(4) - 75% des aliments sont transformés industriellement et sont à l'origine de 45% des pollutions connues.
(5) – 800 produits chimiques nouveaux sont annuellement mis sur le marché sans contrôle prospectif.
(6) - Pour la seule Seine-Maritime, le CAUE. (Pont-aux-Vents, Rouen St-Sever) estime qu'il faudrait replanter 19 kms par an pour stabiliser le massif forestier linéaire…
(7) - Les engrais minéraux solubles ne s'intègrent pas aux sols :
  • 1 parcelle sur 2 n’a plus de réserves de sels minéraux
  • 1 parcelle sur 3 est en déficit de matières organiques.
  • 1 parcelle sur 5 est devenue trop acide.
sources :
 • Rapport du C.E.S.R. de haute Normandie "Quel Monde rural pour l’an 2 000 ? »
 • L'agriculture assassinée, de Jean-Clair Davesnes (Ed. de Chiré)
 • La France en friches, d'Éric Fottorino.
 • Le naufrage de l'agriculture française ; du Docteur Gheno.
 • Le krach alimentaire de Philippe des Brosses, chef e la délégation I.F.O.A.M., membre de la Commission au Ministère de l'Agriculture auprès de la C.E.E., du Parlement Européen.

L'administration, les structures professionnelles de la forêt Normande

Notre administration forestière régionale a la particularité d'être tantôt Normande (5 départements), tantôt haut-Normande et bas-Normande. Cette situation entraîne des chevauchements de compétence et une certaine dispersion des actes administratifs. À cela il faut ajouter une dispersion de la responsabilité de la gestion Nature Forêt en plusieurs organismes séparés dont :

- le S.R.A.F. (Service Régional d'Aménagement Forestier) : qui est chargé de l'organisation et de l'amélioration de la forêt privée ; du contrôle et de la gestion des investissements forestiers ; de la programmation des interventions du Fonds Forestier National ; des enquêtes statistiques ; de la surveillance de la qualité des eaux de rivière et police de la pêche ; des poursuites en matière de chasse ou de forêts ...

Le S.R.A.F., outre sa division calquée sur les deux régions croupion, a malheureusement un effectif de personnel insuffisant ce qui gêne son activité.

- le S.F.D. : au niveau de chaque Direction Départementale de l'Agriculture, il y a un Service Forestier Départemental (S.F.D.) qui a en charge la protection des formations boisées, des reboisements et équipements forestiers, le contrôle de la gestion des forêts privées ...
- l'I.F.N. : le Service de l'Inventaire Forestier National est chargé de l'inventaire de l'ensemble des forêts dont les résultats sont régulièrement publiés.
- le F.F.N. : le Fonds Forestier National financé par une taxe sur les produits forestiers, donne des aides au reboisement et à l'équipement forestier. Il participe également par des subventions au fonctionnement des C.R.P.F. (Centres Régionaux de la Propriété Forestière) et A.N.D.A. (Association Nationale pour le Développement Agricole).
- l'O.N.F. (Office National des Forêts). Établissaient Public National à caractère industriel et commercial. Sa mission est de gérer les forêts de l'État, celles des Collectivités Locales et des Établissements Publics soumises au régime forestier. Une seule direction régionale à Rouen.
- les C.R.D.A., Chambres Régionales et Départementales de l'Agriculture participent aux actions de développement forestier dans le cadre du Service d'Utilité Agricole : plantations, brise-vents, haies… petites surfaces incultes...
- le C.R.P.F. (Centre Régional de la Propriété Forestière) dont les missions sont : l'élaboration des orientations régionales de production et l'approbation des plans simples de gestion, le développement des groupements forestiers, la vulgarisation des méthodes de sylviculture intensive.

À tous ces organismes s'ajoutent les organismes syndicaux, coopératifs et techniques, groupements forestiers, groupement des producteurs et c...

Pour conclure ce long chapitre sur les diverses administrations forestières, prenons l'exemple d'un particulier propriétaire d'une forêt de trois hectares.
Cette personne peut faire partie d'un groupement forestier, d'une coopérative forestière, ou pas. Elle peut avoir un plan de gestion ou aucun. Si elle veut reboiser, elle peut demander une aide à la D.D.A., aide qui sera financée par le F.F.N. ; les plants seront fournis par une pépinière agrée par le S.R.A.F. ; la plantation peut être faite par une entreprise privée, par une coopérative forestière ou par l'O.N.F.. Le contrôle de la plantation sera effectué à posteriori par la D.D.A.. Si la plantation est un brise vents, des subventions peuvent être obtenues auprès des C.D.A. (1), voire d'un Parc Naturel Régional.
Ce même propriétaire pourra voir le personnel de l'I.S.F.N. passer prendre la mesure de ses arbres, celui du S.P.V. (2) pour estimer l'état sanitaire de sa forêt, les agents assermentés de l'O.N.C. (3) ou de l'O.N.F. pour effectuer les contrôles de la chasse ou de la pêche.

Dans ce long cortège nous en oublions sûrement, qu'ils acceptent nos excuses.

Bon courage tout de même à l'heureux propriétaire de forêt.
Pierre HENSEL

1 Chambre Départementale d'Agriculture.
2 Service de Protection des Végétaux.
3 Office National de la Chasse.

vendredi

Week-end en forêt de Brotonne

Les 16 et 17 novembre, Pierre Hensel – forestier notoire – a accueilli une dizaine de participants et leurs familles, pour une découverte « sur le terrain » de la forêt Normande.
Après une rapide présentation de la Forêt de Brotonne, une visite de différents sites permit d'illustrer les exposés que notre hôte commet mensuellement à Rouen. En fin de journée ; une discussion animée, autour de grillades et d'un pot amical, trouva son issue dans la définition d'un prochain numéro « Hors-série » de Runes, consacré à l'environnement, rural et forestier Normand.
Le lendemain nous conduisit sur les sites Gallo-romains de la Forêt de Brotonne : cimetière et villa furent l'objet d'une visite attentive. Un déjeuner « fin » prolongea la réunion jusqu'à l'heure de la séparation et nous nous promîmes un prochain rendez-vous.
Jean Halot

samedi

Échos … logiques

Haie, bocage bosquet, futaie …
Le territoire français évolue très vite vers une division du paysage en deux types bien distincts : un espace forestier, dont la superficie ne cesse de s'étendre depuis près de deux siècles, et un espace campagnard sans arbre, à l'exception des vergers. Depuis 1960, on évalue à 640000 hectares les superficies de haies d'arbres épars et de bosquets (bois d'une surface inférieure à un demi-hectare) qui ont disparu de l'espace rural français. Ces petits boisements linéaires ou ponctuels, qui font le charme de la campagne, occupent encore plus d'un million d'hectares (1 100 000 ha). Si le phénomène devait se poursuivre au même rythme que ces dernières années, l’espace campagnard serait complètement déboisé dans une période estimée à 55 ans. Le plus étonnant demeure que la majeure partie de l'espace boisé ainsi détruit est récupérée pour la production agricole, laquelle, on le sait, est excédentaire en France !
« Terre Sauvage » n°54, septembre 1991.

Mais que croyez-vous que le Conseil Général de Seine-Maritime aura investi en 1990 pour assurer la sauvegarde de notre environnement ?
– 593 millions de francs, soit les 50% d'augmentation de budget d'investissement sur les routes départementales en cinq ans qui feront de la Seine-Maritime un carrefour européen. L'on préfère détruire notre espace forestier d'un côté, tandis que de l'autre on « encouragera » les cultivateurs à geler leurs terres. Un bel esprit de suite souffle sur nos assemblées ...
« Faire et défaire, c'est toujours travailler » dit-on.
C.Q.F.D. Car refaire sur des directives horzaines c'est encore et toujours uniformiser plus. Et lorsque nos campagnes Normandes ne se différencieront plus des autres paysages, nous aurons perdu un peu plus de notre « âme Normande » que traduisaient nos espaces.
Jean HALOT