On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



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samedi

Régions à la coupe...

La décentralisation-régionalisation est vraiment le plus incroyable serpent de mer de la vie politique et administrative française. Depuis le célèbre « Paris et le désert français » que Jean-François Gravier publia dès 1947, la prise de conscience de cette question fondamentale a eu peu d'occasion de se concrétiser en prise de décision. Le serpent de mer grandit, nourri de toutes les fausses réformes et de tous les vrais atermoiements, du référendum avorté et détourné du général De Gaulle en avril 1969 aux velléités réformatrices de Georges Pompidou deux ans plus tard. Puis vinrent les socialistes. Certes, il y eut quelques sceptiques mais beaucoup crurent que cette fois là, les questions seraient examinées à fond tant leur programme et leurs déclarations étaient précis et clairs en la matière. Il était bien ancré dans l'esprit de tous que les socialistes étaient les meilleurs défenseurs de l'« idée régionale » face aux « horribles jacobins de droite » et étaient des hommes de terrain connaissant par coeur les incohérences et les aberrations de l'hyper-centralisation des administrations françaises.

Dès le mois qui suivit leur arrivée en masse à l'Assemblée Nationale, leurs députés « planchaient » sur ce qui allait devenir la Loi Relative aux Droits et Libertés des Communes, Départements et Régions, le 2 mars 1982. Une loi aux objectifs plus que louables : rapprocher les lieux de décision des administrés concernés, supprimer le contrôle a priori et la tutelle omniprésente du pouvoir central, créer un nouvel équilibre local. En bref, commencer à moderniser les structures administratives françaises en s'inspirant de celles qui fonctionnent correctement dans la plupart des pays occidentaux. De la part d'hommes politiques qui, dans un même temps, mettaient en place l'Assemblée Régionale Corse et promettaient des assemblées élues au suffrage universel dans toutes les régions de France, tous les espoirs étaient permis... L'optimisme et la naïveté faisaient bon ménage.

Gérard Landry
À côté du grand nombre de régions qui se satisfont de leurs limites (on va les persuader maintenant du contraire !), cela fait 20 ans que des pseudos régions, des régions-croupions ou des « sans-régions » bougent, râlent, pétitionnent, protestent sous l'œil indifférent des gouvernements successifs. Vingt ans que les Normands veulent leur réunification, que les Bretons réclament Nantes, leur deuxième capitale et que la Savoie, noyée dans « Ronalp » aspire à son autonomie. Seule la Corse a eu gain de cause, sans doute grâce à quelques bombes et à sa forte capacité de mobilisation. Que vont nous « pondre » les parisiens avec cette nouvelle réforme ? Sans doute quelques bonnes choses pour commencer, puisque monsieur Roccard a assuré que le gouvernement ne ferait plus d'opposition à de nouvelles limites réclamées par les élus (le cas le plus flagrant étant la Normandie). Mais on peut craindre aussi les surprises, les conglomérats nés de calculs électoraux. Car le but affiché est de créer de « grandes régions » qui « fassent le poids » vis à vis des autres régions européennes ; il faut donc regrouper les 22 régions pour aboutir à une dizaine (manifeste du P.S.).

La thèse est recevable ? Est-ce que les régions, pour être viables, pour avoir du poids, non seulement vis-à-vis des autres régions d'Europe mais surtout vis-à-vis de Paris (c'est là le gros problème français jamais abordé !). Regardons autour de nous : les 20 petites régions italiennes, les 17 « communautés autonomes » d'Espagne ont, malgré leur taille, des compétences étendues, bien plus que n'en auraient en France un « Grand Sud-Ouest » ou un « Grand Nord-Est » tels que le rêvent certains. La Sarre ou le Schleswig-Holstein, de dimensions réduites n'ont rien à envier à la puissante Bavière ou à la Rhénanie-Westphalie. Alors où est le problème ? Il est bien sûr dans le rôle que l'on veut faire jouer à ces régions. Ce n'est pas la préoccupation de la classe politique, qui se demande (Fabius) si en collant la « haute »-Normandie à la Picardie, cela lui ferait une majorité de « gauche » ou encore (Mauroy) si en collant le Nord à la Picardie, il n'aurait pas, lui, cette majorité.

Le rôle que nous voulons leur voir jouer n'est pas un rôle de figurant muet dans une tragédie moderne du théâtre parisien, mais un rôle actif qui renouerait avec l'Histoire. II faut pour cela deux conditions : une forte personnalité et un pouvoir étendu.

Cette réforme annoncée par les socialistes en 1982, puis délaissée, occultée dans le débat actuel, devrait régler les conflits de compétences entre départements, régions et administrations d'État, conflits coûteux humainement et financièrement. Cette réforme poserait la question du maintien du cadre départemental qui apparaît de plus en plus comme « de trop ».

Être prêt pour 93, rêve et cauchemar de la classe politique, ne se mesurera donc pas au nombre de régions mais à leur capacité de mobilisation (inversement proportionnelle à leur caractère artificiel) et à leur degré d'autonomie. Cette réforme est urgente.

Marc Wattiez
« Le courrier des Pays Bas Français » n°11 et 59

« Les promesses électorales n'engagent que ceux qui les écoutent »

Charles Pasqua, ministre de l'intérieur et au plan 1986-1988, 1991-...

Aménagement du territoire ?

Traiter de l'aménagement du territoire dans Runes…
Voilà qui n'est pas nouveau !
Mais était-il réellement nécessaire de constituer un cahier sur le sujet après toutes les imprécations que nous avons formulées ? Il nous faut bien admettre qu'entre les hauts-de-cœur que nous éprouvons à la lecture de la presse et les convictions, même les plus tempérées, de nos contemporains, il y a souvent un gouffre qui mérite que l'on reconsidère la question : – les régions, depuis le temps qu'on nous en parle, sont-elles enfin arrivées à l'âge adulte, ou bien, à l'instar de la chaîne de télévision « France (régions ?) 3 », la tutelle de l'État ou de tout autre organe supérieur est-elle une nécessité pour les citoyens reconnus définitivement irresponsables. En qualité « d'irresponsables notoires » il nous a semblé que cette introspection se justifiait suffisamment pour que, après étude, notre cercle de formation produise quelques éléments qui ont enrichi notre réflexion et nos a priori.
Avons-nous traité « objectivement » le sujet ?
Méritait-il vraiment que nous restions objectifs ? Runes est un support d'information autant que d'information, mais ce sont surtout les « Lettres d'O.D.I.N. », donc nous sommes restés de mauvaise foi, et cette mauvaise foi ne nous donne pas mauvaise conscience : – tout montre que nous sommes tenus délibérément à l'écart des décisions qui nous intéressent, par tous les niveaux de « compétences ».
François Delaunay

vendredi

Mur de la honte !

1994, chacun le sait, sera l'année de la commémoration du cinquantenaire de la libération de l'Europe qui, comme tout le monde se le rappelle, commença en Sicile.
Depuis quelques années, les dénominations démocratiques et fédérales ne sont plus en Allemagne que le souvenir vétuste d'une époque révolue qu'acheva la chute d'un certain édifice dressé entre les deux composantes d'un même peuple.

Depuis cinquante ans la Normandie est, elle, toujours divisée et sa partition inspire d'autres réflexions aux représentants du pouvoir parisien dans la Duché. Pour mieux faire comprendre que les Normands sont coupables devant l'histoire, (de quoi grands dieux, le saurons-nous un jour ?) un certain préfet de « haute » Normandie se mit en devoir de faire ériger un mur du meilleur béton devant son officielle résidence rouennaise !
Un mur de la honte destiné a protéger le bunker de la préfecture de Rouen ; les membres de la kommandantur auraient-ils à craindre les manifestations d'hostilité d'une population normande occupée depuis 1450 ?

Finalement, l'embryon bétonnier sera détruit avant que l'affaire fasse plus de bruit, mais avec l'argent du contribuable qui pourra ainsi collaborer à la restauration de son propre patrimoine.
Curieuse époque où l'on demande aux populations de régler elles-mêmes la note des dommages causés par d'autres. Comprenne qui veut

lundi

Runes, automne 1993


Éditorial


de … Philippe Woodland

Notre mouvement s’est donné pour but de réanimer les forces vives de la Normandie, de faire gagner aux Northmen le pari du vingt-et-unième siècle et, d’abord, d’obtenir la réunification de notre Pays. Son rôle s’apparente donc à celui d’un groupe de pression. Car si notre action possède une dimension politique, le politique ne constitue pas sa finalité unique […] mais existe-t-il des types d’élections adaptés à sa vocation ?

Les affaires communales et départementales ont un caractère particulier. Si leur solution est, en réalité, liée à l’essor de la Région toute entière, les élus locaux suffisent à y donner satisfaction. Les militants régionalistes ne peuvent tenir tous les fronts en même temps, ce qui n’empêche nullement certains d’entre eux d’assumer des responsabilités locales et d’y sentir la nécessité d’une vraie régionalisation.

Les élections nationales. Elles ne correspondent pas, en principe, à notre action […] il est certain que les députés représentent une volonté qui s’exprime au niveau national. Même si l’essentiel de leur rôle consiste à appuyer les dossiers de leur circonscription.

Quand aux sénatoriales, le système électoral en fait le domaine réservé des notables.

Il faut également songer que les partis nationaux sont armés pour ce genre de confrontation et, en général, bien implantés. Notre vocation n’est pas de les affronter sur leur propre terrain, mais de rappeler sans relâche les idées régionalistes. Celles-ci constituent pour les partis le domaine habituel des promesses non tenues ; et l’opinion s’y laisse trop souvent abuser. Cette constatation pourrait nous pousser à agir, car force est de constater que « notre terrain naturel », celui des élections régionales, est tout à fait insuffisant.

Nous sommes très loin de l’électoralisme. Car celui-ci constitue une fin en soi. Alors que notre souci primordial reste l’efficacité du combat pour les idées Normandes. Mais cette efficacité peut commander de porter notre action sur le terrain électoral, pour y être les empêcheurs de faire tourner en rond la machine des élections qui exclue le régionalisme de son jeu.

Notre but ne saurait être seulement de faire des voix. Si tel était le cas, il vaudrait mieux renoncer tout de suite. On peut malgré tout observer que nos voix pèseraient plus lourd que celles de la « majorité silencieuse ». et les dernières élections présidentielles ont montré que les partis politiques importants pouvaient faire très peu de voix. L’essentiel pour nous est que naisse un courant, non pas vraiment d’opinion, car celle-ci est versatile, mais d’intérêt et, pourquoi pas, de militantisme en faveur de la cause Normande. Témoigner de l’existence d’un mouvement comme le nôtre n’est pas un résultat négligeable […]

En définitive, le plus important est qu’il existe un large consensus au sein du Mouvement sur le ses de l’action à entreprendre […] De la discussion jaillit la lumière. À condition toutefois de parler le même langage. Tous les militants du Mouvement normand partagent une certaine vision de l’avenir de notre pays, les espoirs que nous plaçons dans les idées régionalistes. C’est à eux que reviendra la décision. Quelle qu’elle soit, nous ne doutons pas qu’elle permettra d’assurer la continuité du combat pour nos idées.

Haro-l’Œuf n°99
Septembre 1972

mercredi

Indécence, insolence ou imbécillité ?

Entre les épithètes il n'est pas facile de choisir, et l'heure commanderait plus à la concertation et au regroupement de nos énergies qu'à leur dispersion. Mais il y a des idées, des paroles qui confinent à la trahison des intérêts normands. Que la Normandie ne soit qu'un mythe au regard de quelques parachutés de tous poils, peu nous chaut, nous les tenons et les combattons pour ce qu'ils sont : des horzains. Mais que, dans nos propres rang, des normands se mêlent à la curée nous navre et nous révolte !
Qu'à cela ne tienne, nos messieurs préfèrent jouer l'air des querelles intestines entre Caen et Rouen, organiser quelques colloques où tout ce qui avait déjà été dit l'est à nouveau, de sorte que, la réunionite devenant plus importante que le but assigné, ils se trouvent au moment du Plan sans avoir rien avancé de leurs doctes travaux.
Alors reviennent les vieilles lunes, celles qui dispersent les efforts que les deux demi régions font pour se retrouver, pas trop vite, mais l'idée fait son chemin. Les exclus des prébendes n'ayant plus de moyens de manifester leur puissance, refont leur apparition. L'Observatoire de Prospective, puisque c'est de lui qu'il s'agit, ayant vu partir en fumée son désir de réaliser l'unité de la haute Normandie et de la Picardie, a voulu relancer le débat au mois de mai 1993, en l'Hôtel des Sociétés Savantes de Rouen, avec un dénommé Germond, qui présentait son chef d'œuvre de géographe autorisé, puisqu'il enseigne à la faculté de Rouen. Les thèses de ce monsieur sont simples, sinon simplistes, et il est navrant que de telles élucubrations aient pu susciter tant d'émoi. Selon ce personnage, la « haute »-Normandie se trouve devant deux horizons (sic), le premier est Paris, le second c'est au lecteur de le trouver ... (de qui se moque-t-on ?) Car, Paris est une chance pour la Normandie plus que pour les autres régions, à condition que, comme au judo, les normands jouent sur leur agilité pour entraîner leur puissant voisin, (ben voyons, au lieu de laisser tomber Paris, nous tomberions avec !)

Pour les attardés, précisons que la Normandie n'est pas dans l'Arc Atlantique parce qu'elle n'a pas de plan routier, ni de zones franches, tout au plus devons-nous déplorer que l'on exploite sans vergogne ses gravières et qu'on y importe des petits vieux. Émaillant son exposé de propos dénotant un mépris certain : « le Limousin et la Corse sont au-dessous de zéro, la « haute »-Normandie égale la Corse et le Limousin pour les décentralisations ! » voire une insolente ignorance pour un si grand géographe qui compare la faiblesse des moyens de la « haute »-Normandie à « la force d'une région comme la Rhénanie ou la Belgique ». Ce ne fut qu'un vibrant plaidoyer pour que nous acceptions le principe d'une Normandie parisienne, plutôt que de devenir parisiens petit à petit.
Ces propos furent repris un illustrissime caennais, François Geindre, qui ne se trouve être « que » maire d'Hérouville-Saint-Clair, qui est si près de Caen dont il voudrait être le chef de file au SIVOM, pour faire pendant à son ami Laurent de Rouen ? Aussitôt, par l'aubaine alléché, notre troisième couteau se rue dans les colonnes de Ouest-France, où les dirigeants rennais sont trop heureux de trouver une cloche qui donne un son flatteur pour les oreilles des managers d'un Arc Atlantique enfin débarrassés de Rouen. Car, pour Geindre comme pour ces messieurs, Rouen est, horror referens, la cité des perditions d'emparisianisés dont il faut se défaire avant que la Normandie, en recouvrant ses esprits, ne prenne une trop belle place dans cet Arc Atlantique qui veut bien du littoral normand pour mieux défendre sa cause, mais ne l'irriguera des subventions reçues qu'à la manière d'un certain comité pour le développement du tourisme dans l'ouest qui ignora superbement ... le département de la Manche venu faire cavalier seul en si avenante compagnie.
François DELAUNAY

mardi

Au regret de ce qu’Il n’a pas fait

Monsieur Jean Lecanuet est mort.

Paix à son âme.

Un chroniqueur proposa, dans le journal « Les Affiches de Normandie », que l’épitaphe « rouennais » (en latin pour faire plus « humaniste ») fut apposée sur sa tombe.

Résumé oh combien juste du personnage, car hormis sa dimension nationale de sénateur de l’État français, Jean Lecanuet fut rouennais.
Malheureusement, à nos yeux, car il le fut trop et ne fut pas assez Normand. Au détriment d’une carrière politique régionale qu’il avait la stature de mener, et qui aurait pu faire de lui une sorte de « Duc de Normandie », il préféra un destin de sénateur-maire de Rouen, privilégiant ainsi une vision locale de la politique. Son action fut sans doute positive pour sa cité, conséquence de cette mise en avant. Il se retrouva, par la suite, à défendre son « œuvre » contre tout ce qui pouvait, selon lui, lui porter atteinte. De ce fait, s’il refusa de faire de Rouen « une perle de la couronne de Paris », ce qui ne peut que nous réjouir (l’avenir nous dira ce que ce refus vaudra dans les prochaines années) il freina la réunification de la Normandie, de peur que « sa ville » n’y perde, éventuellement ! la place prépondérante qu’elle occupe dans cette création administrative que l’on appelle « haute » Normandie. Ce qui ne peut, dans ce cas, qu’entraîner notre désapprobation la plus virulente. Nous pensons, en effet, que l’avenir de la Normandie, pris dans son ensemble historique, ne peut être mis en balance avec le devenir d’une seule de ses cités, fut-elle parmi les plus prestigieuses. La défense de la Normandie doit être appréhendée dans son ensemble et non cité par cité, département par département. Ce genre de vision localiste a été et demeure l’un des principaux freins au renouveau de la Normandie en tant qu’Euro région alors que sa situation au carrefour Nord-Ouest du continent lui permet naturellement d’y prétendre si ses habitants et ses élus politiques en avaient la volonté ferme et déterminée.
Christian Camille

mercredi

Pas d’autre vote que Normand !

Les élections législatives ne nous concernent pas, notre vocation Normande ne se satisfait que des seules consultations locales, régionales et européennes.

Nous ne rejetons et ne soutenons aucune tendance, mais réaffirmons que le seul vote utile est celui qui se porte sur la valeur personnelle des candidats, toutes tendances confondues, leurs positions, actes et volonté d'agir en qualité d'élus du peuple Normand.
Nous refusons donc tout monolithisme, chaque opinion est respectable, seuls les individus peuvent manquer de respect à leur fonction et à ceux qui les ont soutenus. Nous demandons que les candidats au suffrage des Normands se présentent en authentiques défenseurs des intérêts Normands.

La réunification

Les deux régions de programme, haute et basse Normandie, n'offrent que des solutions médiocres, à la mesure de leurs possibilités restreintes, leur résoudre les problèmes auxquels les Normands sont confrontés :

- Chômage.

- Image de marque incertaine,

- Incohérence des infrastructures,

- Incapacité à établir des relations avec Paris, Bruxelles ou les autres régions de France et d'Europe.

La réunification est la question en suspens depuis vingt-cinq ans, le personnel politique a montré son incompétence pour réaliser La condition de notre réussite.
Le principe de l'Unité normande doit être réaffirmé et un calendrier de rapprochement entre les deux régions administratives, qui perpétuent l'insupportable division de la Normandie est la seule base crédible leur toute profession de foi ou déclaration d'intention.

L'aménagement et l'équilibre du territoire

La division de la Normandie accentue les déséquilibres, que ce soit :

- Entre les villes et les campagnes, la Normandie et l'Ile de France,

- En matière démographique, à l'intérieur des villes, entre villes et campagnes, par les migrations journalières entre la Normandie et l'Ile de France, par la fuite des diplômés, et ce jusqu'à compromettre les résultats des formations scolaires, professionnelles et universitaires.

- Dans le domaine des infrastructures routières, ferroviaires, insuffisantes qui enclavent la Normandie et la relègue au rang de banlieue sous desservie.

- Pour l’environnement : pollutions atmosphériques, pollution des eaux, gestion des ressources : pas de politique Normande des eaux, pillage des gravières et des ballastières.

Mais, pire encore, cette division accentue de façon dramatique l'importance de l'Ile de France dans les décisions qui nous revient de prendre.
La Normandie doit-elle être maîtresse de ses choix ou vassale des intérêts parisiens ?

L’affirmation de l’identité culturelle Normande

Nous nous opposons à toute conception mondialiste de la culture : l’identité et la culture de chaque peuple étant un élément irremplaçable du patrimoine humain qu’il serait criminel de condamner.
Nous refusons l’obligation du cosmopolitisme et l’adoption du modèle « américain ».
De notre passé nous faisons le point de départ de notre réflexion culturelle et il est donc prioritaire d’affirmer et de promouvoir notre spécificité culturelle Normande :

- Enseignement et sauvegarde du patrimoine Normand,

- Révision des parts de budget culturels hexagonaux et régionaux,

- Politique culturelle, touristique et de loisirs régionale,

- Politique médiatique, indépendance des journaux locaux, développement des radios d’intérêt régional, autonomie des directions des télévisions régionales.

L’extension du pouvoir des régions

Les régions, dont la Normandie, détiennent une part de légitimité nationale.

Mais il reste beaucoup à faire pour que cette légitimité puisse valablement s’exprimer.
Notamment, après le referendum sur le traité de Maastricht que le gouvernement a soutenu, il convient de redéfinir les domaines qui reviennent aux régions, ceux qui restent à l’État central avant de remettre aux organismes communautaires la part qui leur revient.
De même, il convient de donner aux régions la représentation au Conseil des régions qui leur revient auprès de la Communauté européenne.
Qui dit pouvoir, dit moyens, aussi il faut redéfinir les prérogatives des communes et des départements, harmoniser les budgets des régions et de l’État, confirmer aux régions leur rôle dans les domaines de l’éducation, de la formation, de la culture, de l’aménagement du territoire et de l’environnement.
Nous demandons que les candidats au suffrage des Normands se présentent en authentiques défenseurs des intérêts Normands.
Il est évident que la défaite de chaque adversaire de la Normandie sera pour nous une source de satisfaction morale et politique

vendredi

Maastricht : la Normandie dit non !

Pour la première fais dans son histoire, la Normandie infirme l'analyse d'André Siegfried (La France de l'Ouest) et se prononce contre le pouvoir en place, contre l'appareil politicien ...

Calvados :
inscrits 420614 ; abstentions 124244 ; OUI 146396 ; NON 146974.
Manche :
inscrits 340961 ; abstentions 100407 ; OUI 115190 ; NON 125364.
Orne :
inscrits 209403 ; abstentions 59701 ; OUI 72450 ; NON 77252.
Eure :
inscrits 345343 ; abstentions 100354 ; OUI 106006 ; NON 138993.
Seine-Maritime :
inscrits 804903 ; abstentions 244700 ; OUI 255513 ; NON 304590.
Ensemble de la Normandie :
inscrits 2121234 ; abstentions 632406 ; OUI 695655 ; NON 793173

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« L'Europe ne se construira pas sur un magma de culture uniformisées... elle a besoin de se nourrir de la diversité et de la richesse de ses traditions.

« Les régions constituent des interlocuteurs privilégies, appelés à se concentrer sur leurs missions essentielles. L'espace européen qui n'est pas homogène appelle en effet des traitements différenciés.

« Certes, dans la compétition à laquelle nous ne pouvons échapper, la Normandie serait mieux armée si elle réunissait enfin les cinq départements qui la composent. »

Pierre Albertini
Conseiller Régional de Normandie

mardi

Sur un fond de campagne normande

L'élection au suffrage universel des Conseils régionaux ferait figure d'actualité dans l'histoire de nos coutumes. Décrire notre dépit avec de simples mots serait faible eu égard a ce que nous ressentons après cette « campagne ». Force est d'admettre que l'attitude de la classe politique, tous partis confondus, a apporté la preuve que la pratique de la chose régionale chez ces gens là est à leur image :

NULLE

Août 1985, dans l'Unité normande, un article rappelait l'essentiel d'un avenir régional Normand :

Unité Normande d'abord !
« C'est la priorité de notre combat régionaliste. Et quand bien même la réunification ne serait pas la panacée à tous les maux qui tuent la Normandie, nous savons que c'est la condition sine qua non de notre redressement ».

En 1986, Yves Loir, secrétaire du Mouvement Normand, faisait sensation en déclarant que les élections régionales constituaient un non événement ! Sauf de façon anecdotique, le débat régional a été aussi inexistant qu'il y a six ans et pendant leur premier mandat nos élus ont montré leur incapacité à réaliser tout ce qui était vital de promouvoir pour l'avenir de notre région.

En mai 1986, Didier Patte, président du Mouvement normand, soulignait que les élections régionales n'avaient pas permis que se posent les termes d'un débat régional parce qu'elles se déroutaient en même temps que les élections législatives, avouait ses craintes dans la mesure où la région était la structure de décentralisation la moins puissante, la moins ancrée dans l'esprit des citoyens...

La dernière campagne, polarisée par des débats à connotations idéologiques ou prospectives, étrangères au cadre régional, confirme les propos d'hier, hypothèque lourdement l'avenir de la Normandie.

Culture, agriculture, désertification de l'espace rural, emploi, formation, développement, élargissement des pouvoirs des régions – lesquelles se substituent de plus en plus à l'État – sont autant de thèmes que nous n'auront pas eu le plaisir de voir développés pour que nous puissions nous déterminer, enfin, sur notre avenir Normand !
Malgré son souci à se vouloir l'« élue du peuple », la classe politique se montre, plus que jamais, décidée à ne pas prendre fait et cause pour cette Normandie qui fait notre caractéristique.

« Quand on dit le peuple, aujourd'hui, on fait de la littérature, et même des plus basses, de la littérature électorale, politique et parlementaire »
« Il n'y a plus de peuple. » disait Charles Péguy.
François DELAUNAY

vendredi

RUNES, Hiver 1991-92


Éditorial


... de Jean NAPOLEON

« Normands jusqu'à l'absurde »

La réunification de l'Allemagne, en train de s'accomplir et qui était inscrite dans le droit fil de l'Histoire, ou, si l'on préfère, dans le cours inéluctable des choses, m'a fait irrésistiblement penser à celle de la Normandie, qui, elle, attend toujours sa réalisation en dépit de l'évidente nécessité économique, politique et historique.

Les Allemands de l'Ouest et de l'Est disaient couramment, quand il y avait deux Allemagne : « Un seul peuple, deux États ». Nous pourrions dire à propos de notre patrie Normande : « Une seule province, deux régions ».

Les lecteurs habituels de cette revue, membres ou sympathisants de la Société Alfred Rossel, savent bien que, pour respecter leurs opinions politiques, philosophiques ou spirituelles, nous n'avons jamais publiquement pris parti pour telle ou telle thèse ou doctrine susceptible de nous diviser et que notre association ne prend jamais part à une manifestation de caractère politique.
Qu'il me soit néanmoins permis, sans choquer qui que ce soit et sans faillir à nos statuts, de proclamer notre « normandité » (le mot est de L. Sédar Senghor) et notre amour du pays qui nous a donné le jour, qui est celui de nos parents, ou que nous avons adopté pour nôtre.
Ne partageant pas l'outrance de Louis Beuve qui se voulait Normand avant d'être Français je ne saurais renier ma fierté d'être Français... en même temps que Normand. Il n'y a ni incompatibilité ni choix à faire. Par contre, je serais enclin à faire mienne l'affirmation d'Émile de La Bédollière selon laquelle « la Normandie est une Nation » si l'on donne à ce mot le sens de communauté humaine caractérisée par la conscience de son identité historique et culturelle. Oui, l'identité Normande existe, du Pays de Caux à l'Avranchin et de Cherbourg à Alençon. Elle n'est pas seulement dans les cœurs et les esprits. Elle est inscrite dans les mœurs et souvent sur le sol et contre cela le pragmatisme des politiques sera toujours inefficace. Elle découle de l'Histoire et cette identité Normande pourrait bien s'appeler « Unité ».
La personnalité Normande a été bâtie et façonnée par les Ducs successeurs de Rollon. Solide comme nos cathédrales – mais n'en ayant peut-être pas toujours eu la fierté, hélas ! – elle a défié les siècles et les tempêtes révolutionnaires ou guerrières. C'est pourquoi je suis pleinement d'accord avec le Mouvement normand qui lutte pour que les deux régions Normandes n'en fassent plus qu'une. Mais, dans nos cœurs l'Unité n'a jamais cessé d'exister. Plut au ciel qu'un jour prochain, en dépit d'oppositions aux motifs pas toujours avouables, elle se réalise dans les faits.
Certains technocrates ou aménageurs du territoire osent parler de « Grand Ouest » ou « d'Arc Atlantique », dans lequel serait imbriqué la « Basse » Normandie alors que la « Haute », elle, serait associée à la Picardie ou au Bassin de Paris. Ce serait l'horreur, la négation du « fait » Normand, alors qu'il serait si simple et naturel de reconstituer une véritable région Normande.
Nous sommes peut-être, aux yeux de ces gens-là de doux rêveurs irréalistes. Qu'importent pour eux l'Histoire et les sentiments ! Ernest Renan, qui n'était pourtant pas normand n'a-t-il pas écrit : « Les hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du Passé » ?
Que ceux qui nous gouvernent s'inspirent de cela et qu'ils aillent dans le bon sens – celui de l'Histoire – afin que la Normandie profonde soit enfin une réalité : une Grande Normandie conforme à son passé comme â son destin...

« LE BOUES JAUN »
4ème série n°13 « SAINT DENIS » 1990