On trouvera ici, pour l'heure, les textes de Runes-Lettres d'O.D.I.N.
qui, à terme, seront complètés des réflexions du groupe de
travail de l'O.D.I.N.-76, de sa création jusqu'à sa dissolution en 1996.



vendredi

De la Norvège à la Normandie

Les expositions qui ont eu lieu cette année en Normandie (Musée de Normandie, à Caen, et Musée des Antiquités, à Rouen), ainsi qu'au Grand Palais à Paris, appartiennent hélas déjà au passé. Cependant, outre le souvenir de ces incursions nostalgiques dans le fabuleux univers artistique de nos glorieux ancêtres, il nous reste l'espoir que l'effort accompli avec les musées scandinaves et anglo-saxons ne s'arrêtera pas là. Il est évident que partout en France, et en Normandie notamment, les trésors archéologiques que l'on a pu découvrir avec émerveillement ont révélé une face trop ignorée du monde viking à bien des néophytes. Rien ne serait plus souhaitable que de voir cette coopération des musées de la « grande Scandinavie » * se prolonger. Bien des visiteurs ont découvert, de fibules en bracelets ciselés, de casques décorés en épées ouvragées, des racines oubliées de leur histoire. L'imagerie populaire du viking hirsute et sanguinaire change de visage : le roi des mers qui portait le casque de Sutton Hoo ne pouvait pas être un barbare, non plus que le propriétaire de cet étonnant nécessaire de toilette exposé à Caen.
Le farouche guerrier du Nord n'en a pas moins inscrit ses exploits en runes de sang sur le grand parchemin de l'histoire.


Ces « pirates qui fréquentent les baies » – puisque telle est l'étymologie du nom « Viking », ont assailli, dès le VIIIème siècle, les côtes proches de la Scandinavie.
S'aventurant à travers tout l'Océan Atlantique et jusqu'en mer Baltique où ils ont pris le nom de Varègues, ils se sont enrichis à force de pillages ou en colonisant les terres conquises.
Habiles navigateurs, excellents cavaliers, leur stratégie sans cesse imprévue les rendait plus redoutables que leur nombre,
Leur expansion s'est déroulée en deux temps. Le premier allant de 800 à 930, le second de 980 à 1030. Cinquante années d'interruption séparent ces deux périodes dues à la consolidation des Sociétés Scandinaves, à la conversion au christianisme et à la mise en place d'un réel système d'échange monétaire.
De nombreuses causes sont à l'origine des invasions : l'accroissement démographique, les changements politiques (mise en place de la monarchie) et les progrès de la navigation, constituent des facteurs essentiels mais ils ne sont pas seuls à engendrer ce mouvement. Il semble en fait que la structure des Sociétés Nordiques soit à l'origine de cette dynamique. Le prestige militaire et l'accumulation de richesses s'avèrent en effet les seuls moyens de progresser socialement.

Cette condition va donc favoriser les expéditions lointaines. L'appât du gain, devenu objectif essentiel, va conduire a de véritables opérations de pillage. Le « Danegeld », ou tribut versé aux Danois en échange de leur départ, finira de ruiner les territoires envahis.
Face à ce déferlement, l'agresseur se heurte à peu de résistance. Les Anglais et les Francs installeront sur leurs fleuves des ponts fortifiés, mais ceux-ci feront pâle figure devant la détermination de l'ennemi. En effet, l'Empire Carolingien demeure sans vaillance au combat. Effrayés par ces ravages, les Rois Francs préféreront renoncer et céder partie de leur royaume : Rouen et la Basse-Seine en 911 tomberont aux mains de Rollon. En échange de ce traité signé à Saint¬Clair-sur-Epte avec Charles le Simple, le Chef Scandinave s'engagera à protéger l'entrée du fleuve et à se convertir au Christianisme. Cette page d'histoire scelle le premier acte de conciliation entre Vikings et populations envahies et marque une nouvelle phase de l'assimilation.
À l'issue de cette aventure, les dégâts subis par l'occident sont énormes. Nombre de Régions sont exsangues et dépossédées de leurs biens. La plupart des églises et des bibliothèques ont brûlé. Les cadres intellectuels et les ecclésiastiques se sont enfuis, emportant avec eux l'ensemble des reliques.
Néanmoins, cette avancée a eu pour conséquences favorables, de créer de nouveaux courants commerciaux et a réanimé une économie jusque là engourdie.
Grâce à ces échanges, la Normandie ainsi esquissée prendra son essor à l'époque suivante, sous l'impulsion des Ducs Normands dont la figure de proue sera Guillaume le Conquérant.

Ces deux cent cinquante ans de dynamisme nordique nous auront laissé un fabuleux héritage. En six mois, nos expositions vikings ont réussi à ouvrir chez le public un appétit vorace qu'il conviendrait de satisfaire. Runes, par ce numéro « hors-série », apporte sa part pour ce faire. Le passionnant monde nordique nous a ouvert ses portes magiques, il nous appartient de perpétuer le souvenir de ce legs qui, à chaque rafale de vent norois, nous rappelle que les racines primordiales de la Normandie sont bien scandinaves.
G. Lambert

* de l'Islande à la Baltique et de la Normandie à la Finlande.

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